BRUXELLES, 23 juil (IPS) – Les ministres de l'Union européenne (UE) ont étendu les sanctions pour couvrir les 72 membres du gouvernement et responsables de la ZANU-PF du président Robert Mugabe au Zimbabwe.
Cette décision fait suite aux sanctions que l'UE avait prises le 18 février contre Mugabe et une vingtaine de responsables de son entourage dont certains membres du gouvernement. "Les sanctions rapides" incluent une interdiction de voyager en Europe et le gel des avoirs financiers.
Les sanctions ciblées couvrent maintenant tous les ministres restants du gouvernement, les secrétaires du bureau politique du parti, les vice-ministres, et la femme du président, Grâce Mugabe.
Les nouvelles sanctions ont été décidées à une réunion des ministres des Affaires étrangères de l'UE à Bruxelles lundi. Les sanctions supplémentaires avaient été proposées par le ministre britannique des Affaires étrangères, Jack Straw.
Les ministres de l'UE ont souligné que les sanctions supplémentaires avaient été imposées en réponse à la violence politique continue, aux sérieuses violations des droits de l'Homme, et aux restrictions sur la presse.
Les ministres ont condamné la "politique de réforme agraire accélérée" au Zimbabwe comme une cause majeure de la crise humanitaire en Afrique australe. Mais les ministres ont également reconnu "la nécessité de réduire la pauvreté en réparant le déséquilibre historique dans la distribution de la terre au Zimbabwe".
La plupart des fermes rentables appartiennent à la minorité blanche du Zimbabwe. Le programme de réforme agraire de Mugabe, qui inclut le déplacement forcé des fermiers blancs de leurs fermes, a interrompu presque la production sur les vastes fermes appartenant aux Blancs. Ces fermes produisaient des céréales pour le Zimbabwe, mais également pour nombre de pays d'Afrique australe.
Ces pays voisins ont été également affectés par la crise alimentaire.
Certains des plus durement touchés, à part le Zimbabwe, sont le Malawi, la Zambie, le Lesotho, le Mozambique et le Swaziland.
Selon le Programme alimentaire mondial, la situation au Zimbabwe est la plus fragile dans la région. Environ 75.000 tonnes de produits de première nécessité devraient être distribuées jusqu'à la fin de novembre, mais cela ne couvre qu'un quart des besoins. Les stocks au début du mois étaient seulement de 3.770 tonnes.
"Notre querelle n'est pas avec les populations du Zimbabwe, notre querelle se passe avec le régime responsable de ce désastre provoqué par l'homme", a indiqué Straw. Straw a cité le vice-ministre zimbabwéen des Affaires étrangères Abednico Mcube qui aurait déclaré que ceux qui n'avaient pas voté pour Mugabe ne peuvent pas espérer des vivres. "Ils désirent laisser leurs populations mourir de faim à moins qu'elles votent pour un régime corrompu et en faillite", a déclaré Straw. "Le monde ne va pas ignorer le comportement insensible du gouvernement de la ZANU-PF qui a contribué à la crise alimentaire au Zimbabwe et ailleurs en Afrique australe".
Les responsables britanniques ont fait remarquer qu'on a refusé au ministre zimbabwéen des Affaires étrangères, Stan Mudenge, un visa pour se rendre au mariage de sa fille en Allemagne deux mois auparavant. "Nous savons que l'interdiction de voyager s'est révélée extrêmement gênante et humiliante pour les membres de la ZANU-PF", a poursuivi Straw.
Des ministres de certains pays de l'UE, dont la France, ont exprimé leur inquiétude au sujet des sanctions accrues contre le Zimbabwe, qui pourraient menacer les relations de l'UE avec toute la région d'Afrique australe. L'UE invitera les ministres des pays de la Communauté de développement d'Afrique australe à une conférence à Copenhague, au Danemark, les 7 et 8 novembre pour discuter des questions affectant l'Afrique australe.
Le commissaire de l'UE pour l'assistance humanitaire, Poul Nielson, a déclaré à la réunion que le Zimbabwe devenait une Tchétchénie en Afrique. Le régime au Zimbabwe est en train de bloquer l'aide aux citoyens affamés comme le font les autorités russes aux nécessiteux en Tchétchénie, a-t-il ajouté.
Il y a eu "un détournement politique des ressources du pays", a-t-il affirmé.
Selon Nielson, les violations des droits de l'Homme par les responsables politiques au Zimbabwe n'avaient pas empêché l'UE d'envoyer l'aide humanitaire urgente. La Commission européenne, la branche exécutive de l'UE, espère fournir près de 20 pour cent de l'aide alimentaire dont a besoin le Zimbabwe, a-t-il dit. Ceci en plus de l'aide alimentaire directe en provenance des pays membres de l'UE.
Dans une déclaration séparée sur la crise humanitaire, les ministres ont indiqué que les gouvernements de la région d'Afrique australe devaient assumer la responsabilité des pénuries alimentaires dans leurs pays. Ils ont dit dans une déclaration qu'ils étaient "extrêmement préoccupés par certaines décisions politiques et mesures prises, qui semblent avoir contribué à une détérioration supplémentaire de la situation humanitaire déjà alarmante".
Pour Judith Lewis du Programme alimentaire mondial (PAM), les questions de bonne gouvernance et de mauvaise planification avaient contribué à la crise.
Le programme de réforme agraire au Zimbabwe est une cause majeure, a-t-elle dit. Il est en de même pour la décision prise par le gouvernement du Malawi de vendre les réserves stratégiques de céréales pour payer des intérêts sur des prêts bancaires.
Le PAM a lancé un appel pour 500 millions de dollars en faveur l'Afrique australe le 1er juillet. "Nous avons un sérieux problème et cela ne va pas s'améliorer", a indiqué Lewis à IPS.
Le ralentissement économique en Afrique du Sud a affecté les envois de fonds vers le Lesotho et le Swaziland, a-t-elle souligné. Maintenant, une autre saison sèche pourrait "aggraver la situation plus qu'on ne pourrait l'imaginer".

