NAIROBI, 22 juil (IPS) – Le gouvernement kényan va introduire une nouvelle protection juridique pour sauvegarder les droits des personnes atteintes du SIDA, selon le procureur général Amos Wako.
Prenant la parole au lancement d'un rapport du groupe de travail sur les questions juridiques relatives au VIH/SIDA cette semaine, Wako a promis qu'une nouvelle législation serait en place avant la fin de l'année.
La nouvelle loi rendra illégal le test obligatoire au VIH et la discrimination à l'égard des personnes séropositives – de la part des employeurs, des écoles, des universités, des compagnies d'assurance ou des banques.
"Nous avons reçu des plaintes directes de certains parents selon lesquelles leurs enfants n'ont pas été admis dans des écoles à cause de leur séropositivité", affirme le président du groupe de travail, Ambrose Rachier.
"Lorsque nous avons visité une maison pour enfants à Nairobi, qui abrite des enfants orphelins du SIDA et des enfants vivant avec le SIDA, nous avions recueilli le témoignage manifeste du directeur qui a indiqué que, dans ses tentatives pour faire placer ces enfants dans des écoles à Nairobi, seules deux écoles avaient accepté de faire admettre ces enfants", rappelle-t-il.
Sous la nouvelle législation, ces écoles devront subir la rigueur de la loi.
Des adultes vivant avec le VIH/SIDA font aussi l'objet de discrimination sur le lieu du travail. Quelque 2,2 millions de Kényans sur une population de 30 millions vivent actuellement avec la maladie – une proportion importante de la main-d'œuvre.
"Il faut que nous arrivions à trouver un moyen de veiller à ce qu'ils continuent une vie sociale productive et qu'ils s'occupent d'eux-mêmes et de leurs familles hors d'ici. Nous devons donc nous assurer que nous les aidons", indique Mohammed Abdullah, président de National AIDS Control Council (Conseil national de contrôle du SIDA).
"Un employé potentiel n'est soumis à aucune obligation légale l'obligeant à informer les employeurs de sa séropositivité sauf dans des circonstances très rares et exceptionnelles, où la nature de l'engagement pourrait exposer les collègues de travail et les clients à un risque d'infection démontrable', indique le rapport. Un tribunal d'équité de l'emploi sera créé pour protéger les droits de ces personnes. Il vérifiera la légalité des demandes de tests de VIH avant l'octroi d'un emploi, présidera des procès de résiliation de contrat pour motif de VIH/SIDA et déterminera l'aptitude à travailler des personnes souffrant de la maladie à des stades avancés.
"Quiconque viendra dire que, pour le genre d'emploi offert, il est nécessaire d'employer seulement des gens non porteurs de la maladie, se verra demander, "dites-nous pourquoi", selon Otiendo Amollo, membre du groupe de travail.
"Si vous voulez faire le test comme une condition sine qua non de l'emploi, vous irez au tribunal, vous direz le genre d'engagement qui requiert le test préalable et ils vous demanderont pourquoi.
"Vous devez être prêt à démontrer scientifiquement et par des faits que c'est nécessaire. Vous pourrez faire cela dans très peu de cas, mais nous devons vous donner l'occasion de le démonter", affirme-t-il.
Les droits des veuves et du million d'orphelins du SIDA du Kenya seront également sauvegardés par la nouvelle loi.
"La plupart des gens orphelins du SIDA sont trop jeunes pour pouvoir posséder des biens. Certains ont à peine cinq ans", ajoute Rachier.
"Nous avons proposé de créer un bureau de tutorat public pour veiller au bien-être de ces orphelins et prendre soin de leurs biens. Quelqu'un doit inventorier les propriétés pour s'assurer qu'aucun parent insouciant ne s'en mêle".
Le bureau de tutorat public sera décentralisé, avec des branches sur l'ensemble du territoire "pour régler les questions rapidement avant que les biens ne soient pris en main par des parents cupides", déclare Rachier.
L'une des recommandations les plus controversées du rapport est que les médecins soient autorisés à révéler la séropositivité d'un patient à son épouse.
"Le groupe de travail recommande que le premier pas qu'un médecin fasse soit de conseiller le patient et de l'encourager à partager l'information avec ceux qui sont menacés par l'infection", ajoute Amollo.
"Si un laps de temps raisonnable s'est écoulé depuis que lui (le médecin) a demandé à la personne de révéler son statut à ceux qui sont menacés, et s'il a des motifs valables de croire que cette personne est en train de mettre en danger cette autre personne, alors le médecin pourrait avoir la liberté de divulguer ce secret.
"S'il révèle le secret, il enfreint la vie privée et la confidentialité.
S'il ne le fait pas, il n'apporte pas son aide dans le contrôle du VIH et du SIDA.
"Ce n'est pas un devoir de révéler ce secret, mais c'est une liberté. Si n'importe lequel des gens menacés pose la question au médecin, alors le médecin le leur dira", explique-t-il.
Les membres du groupe de travail ont présenté à Wako un avant-projet de loi, le projet de Loi pour le contrôle et la prévention du VIH/SIDA, 2002. Le plus ancien avocat du pays dit qu'il organisera un forum des parties prenantes pour discuter de l'avant-projet de loi le mois prochain avant de le déposer au parlement.
"Ce n'est que le début du dialogue. Nous espérons que les Kényans examineront ce rapport, qu'ils l'étudieront soigneusement et qu'ils apporteront leur contribution. Nous apprécierons toute critique afin de l'enrichir davantage", ajoute Wako.

