LAGOS, 5 juil (IPS) – La violence politique s'est emparée du Nigeria en prélude aux élections municipales du mois prochain. Au moins deux personnes ont été tuées dans la ville de Ilorin – située dans le centre du Nigeria – cette semaine à la suite des affrontements entre des partisans du parti au pouvoir, All People's Party (APP), et ceux du parti d'opposition, People's Democratic Party (PDP). Le porte-parole de la police de Ilorin, Kayode Olorunmaiye, a déclaré que les décès étaient causés par des bandits. Cinq personnes ont été également enlevées dans la ville pétrolifère de Okrika, dans l'Etat de Delta, et des douzaines d'autres ont été blessées par des jeunes armés de machettes.
L'incident fait suite a une bataille pour le pouvoir entre de hauts responsables gouvernementaux qui essayaient d'imposer leurs candidats aux électeurs pour les élections municipales, prévues pour le 10 août.
La violence a poussé les habitants de la ville à abandonner leurs maisons et à se réfugier dans les villages environnants par crainte d'autres affrontements.
"L'atmosphère actuelle (dans la ville) est tendue et il y a une mentalité de siège. Tout le monde a peur, et les gens ne désirent plus sortir pour être identifiés. La ville est presque déserte à la suite de la violence, a indiqué Nemi Adokiye, un haut responsable gouvernemental, cité par le quotidien "The Guardian".
Il a accusé "certains hauts responsables gouvernementaux" d'armer les "voyous" pour enlever et mutiler "d'innocentes" personnes dans la ville.
Pour lutter contre la culture de la violence, des soldats armés étaient déployés lundi dans les principaux points d'entrée dans l'Etat de Delta pour surveiller l'entrée des armes et des munitions en prélude aux élections.
Le lieutenant-colonel Lar Dogo, commandant de la Brigade amphibie basée dans l'Etat de Delta, a affirmé qu'ils avaient été prévenus que certains politiciens essayaient de faire passer en contrebande des armes dans l'Etat pour créer le désordre et la confusion durant les primaires.
Paul Okoro, un fonctionnaire basé dans la plus grande ville du Nigeria, Lagos, a dit que les "responsables politiques devraient comprendre que les électeurs s'opposeront à la corruption, au truquage et à l'imposition des candidats".
"Bien qu'il puisse toujours exister des efforts pour acheter les votes, je crois que les électeurs prendront seulement leur argent et voteront pour les candidats qui, selon eux, pourront améliorer le sort des pauvres", ajoute-t-il.
Pour le révérend Martins Iwuanyawu, de Leadership Watch (Observatoire du leadership), une organisation non gouvernementale (ONG) basée à Lagos, "la violence est un avertissement aux dirigeants politiques, qui croient que diriger est un droit qu'ils ont acquis à la naissance, qu'ils ne peuvent pas continuer d'imposer des candidats à leurs électeurs".
"Les dirigeants politiques doivent savoir qu'ils ne peuvent pas s'imposer aux gens", estime Iwuanyawu, dont l'organisation s'est embarquée dans une campagne nationale pour éclairer les électeurs sur leurs droits.
"A cause de la cupidité, certains politiciens grisés par le pouvoir vont toujours continuer à truquer les élections, mais les gens doivent leur résister" ajoute-t-il.
"Le plus important est que les gens disent "non" à l'imposition des candidats. Nous devons faire plus afin que ces politiciens assoiffés de pouvoir sachent qu'ils ne peuvent pas nous imposer des candidats. C'est un bon présage", affirme-t-il.
Selon les analystes, la violence politique très répandue, qui gâche les primaires des municipalités, ne serait pas de bon augure pour les élections générales prévues pour le premier trimestre de 2003.
Les élections de l'année prochaine sont en général considérées comme un test décisif pour la nouvelle démocratie du Nigeria, qui a mis fin à plus de 15 années de gouvernement militaire en 1999.
"Aucun gouvernement civil dans l'histoire du Nigeria n'avait organisé des élections générales réussies, et les troubles provenant des élections passées avait donné aux militaires un prétexte pour s'emparer du pouvoir", selon le Réseau intégré des Nations Unies pour l'information régionale (IRIN).

