NATIONS UNIES, 5 juil (IPS) – Un fonds mondial financé par les Nations Unies pour combattre le SIDA est "désespérément et insuffisamment financé", a averti un officiel de l'ONU.
"Ce qui n'a pas encore résonné, ce sont les dollars pour faire face à l'engagement", a indiqué mercredi aux journalistes, Stephen Lewis, envoyé spécial des Nations Unies sur le VIH/SIDA en Afrique.
Lewis a qualifié l'insuffisance de fonds "d'ahurissant". La communauté internationale manque de "milliards et de milliards de dollars destinés à prolonger et à sauver la vie d'êtres humains en Afrique pour la prochaine génération".
Mardi, les Nations Unies ont indiqué que le nombre sans cesse croissant des cas de SIDA dans le monde entier détruisait le mythe selon lequel la maladie avait atteint un point de saturation. Au moins 68 millions de personnes dans 45 pays mourront de la maladie dans les deux prochaines décennies, a ajouté l'ONUSIDA dans son rapport annuel.
Depuis qu'il été diagnostiqué pour la première fois en 1981, le VIH/SIDA a tué plus de 20 millions de personnes dans le monde entier – principalement en Afrique. Aujourd'hui, 40 millions d'individus vivent avec le VIH/SIDA, selon l'ONUSIDA.
"Le Fonds mondial pour lutter contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme", inauguré par le secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, au début de cette année, n'a généré qu'à peu près deux milliards de dollars, très en dessous de son objectif, qui est de 10 milliards de dollars.
Les premières donations, d'une valeur d'environ 400 millions de dollars ont été allouées à 40 programmes anti-SIDA dans 31 pays. Un montant similaire a été affecté à la lutte contre la tuberculose et le paludisme.
Les dépenses mondiales sur le SIDA cette année devraient atteindre environ 2,8 milliards de dollars, mais ceci est toujours très en dessous de l'objectif.
Jeffrey Sachs, un ancien professeur à l'Université de Harvard et conseiller spécial du secrétaire général, a dit que des millions de personnes mouraient de maladies qu'on peut prévenir simplement parce qu'ils sont pauvres.
"Ils sont trop pauvres pour avoir les moyens de rester en vie", a-t-il indiqué à une réunion de haut niveau du Conseil économique et social des Nations Unies (ECOSOC) mardi. "Nous vivons dans une crise sanitaire mondiale avec son épicentre en Afrique".
Pour Sachs, on peut facilement réunir l'argent nécessaire. L'arithmétique est simple : un centime sur chaque 10 dollars de revenus dans les pays riches devrait générer environ 25 milliards de dollars.
"Mais le centime ne va pas tomber", a affirmé Lewis, qui est d'avis que les nations donatrices ne sont pas disposées à débloquer les fonds pour combattre l'épidémie mondiale.
Les Etats-Unis, qui ont affecté près de 36 milliards de dollars pour combattre le terrorisme, ont promis environ 500 millions de dollars au Fonds mondial, qualifiés de "cacahuètes" par des militants anti-SIDA.
"Nous nous engageons à accroître notre contribution au fur et à mesure que le fonds montrera des résultats", a déclaré à la réunion de l'ECOSOC lundi, le ministre des Finances des Etats-Unis, Paul O'Neill.
Il a également souligné que le président américain, George W. Bush, a doublé le montant que les Etats-Unis dépensent sur le SIDA sur le plan international, à 1,1 milliard de dollars, "consacrant beaucoup plus à la lutte anti-SIDA que n'importe quelle autre nation".
"Nous sommes décidés à focaliser notre assistance là où cela changera quelque chose, et là où çà peut le faire, nous nous sommes engagés à faire plus", a indiqué O'Neill.
Mais pour Darin Johnson de Action SIDA, la contribution insignifiante des Etats-Unis montre que le VIH/SIDA n'est pas au premier plan sur la liste des priorités de soins de santé de l'administration (américaine).
Paul Zeitz, directeur de l'Alliance mondiale contre le SIDA, estime que les Etats-Unis sont en train de rater une énorme occasion pour aider à arrêter la crise mondiale du SIDA. La promesse américaine, a-t-il souligné, est peut-être la plus petite contribution en pourcentage de tout autre pays donateur.
En juillet 2001, les chefs d'Etat du Groupe des huit pays les plus industrialisés du monde (G-8) – les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne, l'Allemagne, l'Italie, le Canada, le Japon et la Russie – avaient promis un montant d'environ 1,3 milliard de dollars au Fonds mondial.
En septembre 2000, les 189 membres de l'Assemblée générale des Nations Unies ont approuvé une série 'd'objectifs de développement du millénaire' qui incluait les promesses d'éradication de la pauvreté et de la faim, la réalisation de l'éducation primaire universelle et l'arrêt de la propagation du VIH/SIDA, du paludisme et autres maladies – d'ici à 2015.
Mais la plupart des délégués reconnaissent qu'aucun des objectifs ne sera atteint à la date ciblée, notamment à cause du manque de fonds.
Prenant la parole à la réunion de l'ECOSOC mardi, le ministre ghanéen de l'Economie et de la Planification, Paa Kwesi Nduom, a dit que la communauté internationale était responsable pour la création de l'environnement global visant à aider le développement.
Il a critiqué les nouvelles mesures protectionnistes adoptées par les nations riches pour bloquer les produits venant des pays en développement.
"Ces rapports ont affecté les capacités nationales de mobilisation et d'utilisation des ressources nationales pour atteindre des objectifs de développement. Cela a un impact particulier sur le développement des ressources humaines dans les domaines de l'éducation et de la santé", a-t-il ajouté.
Nduom a également critiqué les niveaux croissants des subventions agricoles en Europe et en Amérique du nord, à un moment où les pays en développement sont de plus en plus encouragés à adopter des réformes de l'économie de marché.

