KINSHASA, 4 juil (IPS) – La prison de Makala à Kinshasa est devenue un "véritable mouroir", selon Floribert Chebeya, président de l'ONG de défense des droits de l'Homme, "La Voix des sans voix". "On y meurt chaque jour par manque de soins médicaux et par mauvaise alimentation".
Une polémique oppose actuellement l'organisation non gouvernementale (ONG) de défense des droits de l'Homme "La Voix des sans voix" aux autorités pénitentiaires de la prison centrale de Makala, la plus grande de Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo (RDC).
La prison de Makala avait pourtant adopté sa nouvelle appellation officielle de "Centre pénitentiaire et de rééducation de Kinshasa" sous le régime de Laurent Désiré Kabila, dans le "souci d'humaniser les conditions de la vie carcérale".
Dans sa détermination à marquer la différence d'avec le régime Mobutu, le pouvoir de feu Kabila avait mis un point d'honneur à réhabiliter les bâtiments de la grande prison centrale. Celle-ci devait abriter, à l'époque, un grand nombre de dignitaires du régime Mobutu : ministres, chefs d'entreprises et autres caciques du Mouvement populaire de la révolution (MPR), l'ex-parti unique de Mobutu. Des pavillons supplémentaires avaient été construits et la façade extérieure avait été rendue plus agréable à voir. Mieux, une salle VIP avait même été aménagée afin d'abriter des rencontres entre certains ministres et les prisonniers pour discuter des conditions carcérales. Début 1998, le président Laurent Désiré Kabila avait lui-même inauguré la série des rencontres, à la grande satisfaction des prisonniers et même de la population de Kinshasa qui trouvait remarquable cette initiative présidentielle. Malheureusement, ce fut la seule et unique rencontre depuis lors.
Aujourd'hui, ce semblant de convivialité entre la prison et l'extérieur semble avoir cédé la place à un "véritable enfer". Le président de l'ONG "La Voix des sans voix", Chebeya, qui tire sur la sonnette d'alarme, dénonce des cas quotidiens de décès qu'il chiffre à 50, rien que pour le mois de juin. "Non seulement il n'y a pas de soins médicaux pour les prisonniers, mais plus grave, la prison de Makala manque drastiquement de produits pharmaceutiques", a-t-il déclaré le 27 juin, au cours d'une conférence de presse à Kinshasa. Située dans la commune de Selembao, en plein quartier populaire, la prison centrale de Makala souffre également de surpopulation. Prévue normalement pour accueillir 700 pensionnaires, elle en compte actuellement près de 4.000, selon les statistiques de l'ONG "La Voix des sans voix". Ce chiffre est confirmé par un prisonnier que IPS a rencontré au cours d'une autre conférence de presse tenue 48 heures plus tard, le 29 juin, dans les locaux de la prison, par son directeur, Dido Kitungwa, en réplique à la conférence de Chebeya. Le prisonnier, qui a requis l'anonymat pour sa sécurité, vit dans cette prison depuis deux ans : "Ce que j'ai toujours demandé, c'est qu'on me signifie les griefs à ma charge. Deux années dans une prison sans jugement, c'est dur pour le moral. Plus grave, je ne sais pas quand j'en sortirai". Kitungwa, qui est directeur de la prison depuis trois ans, a démenti toutes les accusations faites sur sa gestion. Il a rejeté en bloc tout ce qu'a dit Chebeya à son sujet. "Je vous informe que cette prison bénéficie d'une dotation présidentielle substantielle qui me permet de pourvoir à tous les besoins essentiels des prisonniers", a-t-il affirmé au cours de sa conférence de presse. Mais il n'a fourni aucune indication précise sur cette dotation. Cependant, dans le dos du directeur, un des infirmiers de la prison faisait des gestes pour signifier sa désapprobation par rapport aux affirmations de Kitungwa. Beaucoup de prisonniers affirment craindre pour leurs vies. Près de 200 personnes sont incarcérées à la prison centrale de Makala en rapport avec l'assassinat, le 16 janvier 2001, du président Laurent Désiré Kabila. La plupart d'entre eux n'ont pas 18 ans. Ce sont les fameux "kadogo", ces enfants soldats qui avaient accompagné Kabila dans sa guerre pour chasser le pouvoir de Mobutu. Bon nombre de ces jeunes sont morts en prison avant de connaître leur jugement. Le procès vient de commencer, il y a seulement trois mois. L'accès aux audiences a été, brusquement et sans explication, interdit aux journalistes et même aux observateurs étrangers. Un grief de plus de l'ONG "La Voix des sans voix" contre les gestionnaires de la prison de Makala.

