JOHANNESBURG, 6 juin (IPS) – Le pacte commercial des Etats-Unis avec l'Afrique, appelé la Loi sur l'opportunité et la croissance (AGOA), se révèle être un mélange d'un peu de tout, avec différentes évaluations de ses avantages pour le continent émergent.
Des statistiques officielles aux Etats-Unis peignent une image beaucoup plus reluisante que celle des chercheurs indépendants, tant à Washington que dans les capitales africaines.
Alors que le rapport 2001 au président américain Georges W. Bush indique que les exportations de l'Afrique vers les Etats-Unis ont augmenté considérablement, des chercheurs à la Coalition africaine pour le commerce affirment que l'AGOA a démarré avec beaucoup de lenteur, avec seulement 17 pour cent des niveaux de quota atteints en 2001.
La Coalition africaine pour le commerce – un groupe de pression américain – espère que ces chiffres passeront à 50 pour cent cette année, puisque les pays africains se préparent à satisfaire les demandes de l'accord commercial.
L'AGOA a été votée par le Congrès américain en 2000 et entre dans sa deuxième année d'application. L'accord commercial, qui est évalué annuellement, prendra fin en 2008. Il accorde un accès préférentiel au géant marché américain pour 35 pays sub-sahariens.
Pour se qualifier pour les avantages de l'AGOA, les pays doivent remplir une série de normes économiques et politiques définies par les Etats-Unis en montrant leur engagement aux systèmes démocratiques et aux économies du marché. Treize pays sub-sahariens ne se sont pas qualifiés.
Le système fonctionne par l'extension du traitement d'exonération de taxes à 1.800 produits, en plus des 4.600 produits déjà compris dans le système de préférences généralisé. Mais le Bureau sud-africain de normes estime que les avantages apparaissent très lentement parce que les exportateurs doivent éviter des strates de la paperasserie endémique dans les systèmes fédéraux.
En outre, les procédures de demande des avantages de l'AGOA n'étaient pas vulgarisées dans les pays africains et à leurs secteurs privés, bien qu'une large proportion de l'aide américaine soit actuellement gaspillée pour ces objectifs.
"Presque chaque département ou agence du gouvernement des Etats-Unis a des initiatives et programmes avec les pays d'Afrique au sud du Sahara pour faire face aux défis et questions posées par l'AGOA, affirme le rapport américain.
Mais les retombées d'une telle attention sont disproportionnées. Les exportations ghanéennes vers les Etats-Unis, par exemple, ont triplé entre 2000 et 2001, mais ceci s'était fait à partir d'un niveau bas, alors qu'un pays comme l'Ethiopie n'exportait que des produits estimés à un peu plus de 800.000 dollars US l'année dernière.
Même s'il a une capacité industrielle plus grande que l'Ethiopie, l'Ouganda exportait encore moins sous l'AGOA avec seulement 141.000 USD dans la même période, bien que les diplomates américains affirment que ces chiffres augmenteront probablement après une mission commerciale du président Yoweri Museveni aux Etats-Unis le mois dernier.
Le petit royaume montagneux, le Lesotho, a pris une position de pointe, tirant le plus de profits de l'AGOA.
En Afrique du Sud, le jury est en délibération pour savoir si l'AGOA est "super bien ou si ce n'est que du vent", selon les chercheurs Matthew Stern et Nnzeni Netshitomboni du Secrétariat de la politique industrielle et commerciale (TIPS). Ils ont posé cette question pour évaluer les bénéfices et ont trouvé que, tout bien considéré, l'Afrique du Sud aurait pu faire beaucoup mieux et devait négocier plus ingénieusement lorsque les négociations de l'AGOA 2 débuteront. L'AGOA 2 est le nom donné à la prochaine série de discussions.
Les chercheurs ont constaté que les avantages de l'AGOA s'appliquaient aux produits qui bénéficiaient déjà de faibles tarifs sur les marchés américains et qu'en réalité, seuls trois produits avaient connu d'accroissements substantiels à l'exportation. Les brise-vent, la glace comestible et les poires sélectionnées font actuellement un gros commerce, mais les produits qui pouvaient bénéficier de l'AGOA, ont été exclus de la liste des produits éligibles. On peut citer, entre autres, les feuilles d'aluminium, les transformateurs électriques, la canne à sucre, le cuir, le fer et le silicium.
Par ailleurs, moins d'un dixième des produits textiles et de vêtements sud-africains bénéficient d'un régime préférentiel aux Etats-Unis.
Les règles rigides de l'AGOA en matière de lois d'origine garantissent que seuls les vêtements provenant des pays bénéficiaires ou des sociétés basées aux Etats-Unis sont éligibles. Ceci pour s'assurer que le marché américain n'est pas inondé par les textiles asiatiques, mais selon Stern et Netshitomboni, "Dans le secteur du vêtement et du textile, les restrictions de quotas et de règles d'origine pourraient réduire considérablement les avantages du libre échange entre les Etats-Unis et l'Afrique du Sud".
Les deux recommandent que l'Afrique du Sud continue de débattre ces problèmes dans les discussions bilatérales avec les Etats-Unis. Les deux pays ont une commission mixte et les Etats-Unis sont très désireux de voir l'AGOA marcher pour l'Afrique du Sud.
Selon les statistiques officielles aux Etats-Unis, les exportations sud-africaines couvertes par l'AGOA sur leur marché ont augmenté de plus de 58 pour cent au cours de la première année de l'application du traité commercial.
Voitures et composantes, vins et boissons, vêtements marchent particulièrement bien, selon le premier rapport de l'AGOA. Mais la dernière recherche montre que l'Afrique du Sud pourrait faire beaucoup mieux avec des conditions commerciales moins strictes.

