POLITIQUE: Le lancement de l'Union africaine doit se poursuivre comme prévu

JOHANNESBURG, 27 mai (IPS) – Le président sud-africain Thabo Mbeki a finalement dénoncé l'ajournement – encore et encore – du lancement de l'Union africaine (UA), estimant qu'il devrait se poursuivre comme prévu. "L'Organisation de l'unité africaine (OUA) tiendra sa dernière réunion au sommet à Durban (Afrique du Sud) en juillet 2002.

Elle sera remplacée par l'Union africaine", a-t-il indiqué dans sa dernière correspondance hebdomadaire.

Au début de ce mois, les reportages insinuaient que l'OUA allait ajourner d'une année le lancement, poussant les analystes à affirmer que cela se ferait sous la direction du président libyen Muhammar Kadhafi qui tirerait profit des retombées des relations publiques du lancement de l'Union africaine qui se déroule actuellement en Libye.

L'UA devrait remplacer l'ancienne OUA vieille de 39 ans en juillet, qui vient ainsi de célébrer son dernier anniversaire le samedi, 25 mai, même si la nature divisée de la politique africaine signifie que sa disparition est toujours un domaine disputé.

Mais la déclaration de Mbeki résonne presque comme un éloge à l'organisation. Louant la position de l'OUA dans son opposition à l'apartheid, il a dit que "durant son existence de près de quarante ans, les détracteurs de l'OUA ont régulièrement prédit sa disparition". Elle a survécu malgré les mauvaises langues, mais maintenant, dit-il, il était temps de passer les rênes à une nouvelle génération.

"Ils (l'OUA) ont jeté de solides bases qui permettent à la présente génération d'Africains de gagner les prochaines étapes critiques vers l'intégration politique et économique de l'Afrique", a affirmé Mbeki.

La confusion est survenue parce qu'un groupe d'éminentes personnes chargées de gérer la transition de l'OUA à l'UA ont estimé qu'une autre année était nécessaire pour achever le changement. Le compromis, auquel on était parvenu, verra l'Union africaine lancée à Durban, la ville portuaire sud-africaine en juillet, mais la transition technique prendra une autre année. Deux générations au moins seront nécessaires au continent pour commencer à fonctionner comme une union.

"Il n'y a aucun report du lancement de la transformation", a indiqué Amara Essy, secrétaire général de l'OUA à une réunion avec IRIN, le nouveau service d'information des Nations unies. "Il y a une grande différence entre le lancement de l'Union et la période transitoire qui rendra opérationnelle l'Union africaine", a-t-il ajouté.

Selon Essy, diverses structures gouvernantes devaient être mises sur pied; les cadres horaires établis; les fonds recueillis; une zone financière et monétaire commune envisagée et l'épineuse question d'un président réglée.

Une autre raison de la lutte est que le dirigeant de la nation où l'UA est lancée deviendrait son président inaugural – le roi de l'Afrique.

Selon un site Internet de l'UA, il est clair que Mbeki veut exercer cette prérogative. "Puisque ce sommet devrait être le premier sommet consacré à l'Union africaine, le président Mbeki serait probablement le premier dirigeant à présider la nouvelle union", explique-t-il. En tant que premier président, Mbeki pourra imprimer sa vision à l'Union.

Selon l'analyste Chris Landsberg de l'Université de Witwatersand, il y a d'importantes divergences d'opinion sur la manière dont l'UA devrait fonctionner dans les différentes factions politiques du continent. Une des principales différences est jusqu'où la souveraineté nationale devrait être subsumée en un bien africain commun.

Le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD) est perçu par Mbeki comme la politique devant guider l'UA. Le NEPAD institutionnalise les mécanismes de revue des pairs pour assurer une bonne gouvernance. Il fonctionne sur une approche politique d'auto-exclusion ou d'inclusion, suivant les politiques poursuivies. L'inclusion apporte l'accès au financement de l'infrastructure; l'accès aux capitaux; aux bénéfices commerciaux et à l'accroissement de l'aide.

Mais plusieurs pays ne veulent pas du mécanisme de revue des pairs. Des chefs d'Etat africains plus conservateurs aimeraient que l'union agisse beaucoup plus comme l'OUA, où la souveraineté nationale ou la non-ingérence est une question sensible.

"Je ne pense pas que l'Afrique du Sud sous-estimerait jusqu'à quel point il y a des forces sur le continent qui aimeraient prendre leurs distances par rapport à l'UA ou même mettre les bâtons dans les roues", croit Landsberg.

Malgré les divergences, Landsberg affirme que Mbeki a déjà remporté la bataille des relations publiques. Son argument à propos de la bonne gouvernance et de la responsabilité mutuelle a retenu l'attention des chefs d'Etat d'Afrique et du monde.