KISANGANI, 2 mai (IPS) – La délégation du Conseil de sécurité des Nations Unies a procédé mercredi à Kisangani, capitale de la province orientale de la République démocratique du Congo (RDC), à la réouverture symbolique du fleuve Congo au trafic commercial.
Le "bateau de la paix" n'arrivera que dans quinze jours en provenance de Kinshasa. Il a quitté la capitale de la RDC le 29 avril avec, dans ses cales, 1.200 tonnes de produits pharmaceutiques, alimentaires, pétroliers, et des fournitures scolaires, fruits d'un effort collectif des organisations humanitaires du système des Nations Unies. Sur les quais, au port de Kisangani, l'émotion était tellement grande que bon nombre de Boyomais (les habitants de Kisangani), n'ont pas pu retenir leurs larmes. "Je préfère, pour y croire, voir effectivement de mes yeux ce bateau accoster au port de Kisangani", déclare en sanglots Alice Beya, comptable à l'Office national des transports (ONATRA) sur le fleuve Congo.
"Depuis 1998, Kisangani ne vit plus", dit-elle.
En fait, le port public de la ville constitue l'unique point focal des activités commerciales. Kisangani est située à 1.700 kilomètres de Kinshasa.
Entre les deux, se trouvent des villes importantes comme Mbandaka, Lisala, Bumba et Isangi, dont les ports étaient naguère si débordants d'activités commerciales, mais qui se sont retrouvés aujourd'hui asphyxiés par la guerre.
Conduite par l'ambassadeur de France à l'ONU, Jean-David Levitte, la mission du Conseil de sécurité vise à donner un nouveau souffle au processus de paix en RDC ainsi que dans tous les pays de la région des Grands Lacs. Sous contrôle des rebelles du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD/Goma), soutenu par le Rwanda, Kisangani, la troisième ville de la RDC, autrefois si radieuse et vivante, est devenue particulièrement morose. La délégation du Conseil de sécurité a été accueillie mercredi à l'aéroport de Kisangani par un comité dirigé par Moïse Nyarugabo, président intérimaire du RCD/Goma. L'accueil a été plutôt sommaire, à cause du contexte de guerre, selon des sources proches de la rébellion. Le long de la route de l'aéroport, la population affiche une indifférence notable au passage de la colonne des véhicules blancs et neufs de la Mission d'observation des Nations Unies au Congo (MONUC). Ce sont pratiquement les seules voitures que compte cette grande ville de quelque 350.000 habitants. En effet, depuis le début de la guerre, en 1998, les routes reliant Kisangani aux autres villes du Congo ont disparu. Les seuls moyens de transport commercial et en commun restent le vélo pour les pauvres et l'avion pour les officiels et les opérateurs économiques, notamment les nombreux négociants en diamants. Ce 1er mai, jour de la fête du travail, aurait pu passer pour une journée banale et ennuyeuse comme toutes les autres, tellement le chômage bat son plein, mais l'arrivée d'une délégation étrangère aussi importante a pu donner quelques reliefs à cette agglomération qui "a dû être une ville", selon Patrick Kyungu, un journaliste qui la découvre pour la première fois. Les ambassadeurs membres du Conseil de sécurité de l'ONU ont déclaré qu'ils portaient deux messages encourageants aux habitants de cette ville plusieurs fois martyre : "la détermination du Conseil de sécurité de voir la ville de Kisangani démilitarisée conformément à la résolution 1.304" du conseil. Une résolution restée inappliquée depuis plus d'une année. Le second message est "l'inauguration de la réouverture symbolique du fleuve Congo au trafic commercial" Le chef de la mission, Levitte, a indiqué l'avoir fermement répété aux autorités du RCD/Goma : "Je leur ai répété que la ville de Kisangani doit être démilitarisée sans délai", a-t-il expliqué aux membres de la société civile qui étaient venus s'entretenir avec la délégation au quartier général des troupes marocaines de la MONUC cantonnées dans la ville. Le ton de l'ambassadeur français en disait long sur l'atmosphère froide qui a marqué l'entretien entre les deux parties : "Il faut que les engagements tenus soient respectés sans aucune condition". Il y va de la crédibilité du Conseil de sécurité dont les résolutions ne semblent pas émouvoir outre mesure les rebelles du RCD/Goma qui, en guise d'échappatoire, évoquent le "nombre trop réduit des policiers onusiens chargés de la formation d'une police locale" réclamée par la rébellion. "La présence de la MONUC sera renforcée à Kisangani afin d'accélérer la capacité de formation de la police locale et assurer la sécurité de la ville", a ajouté Levitte, comme pour répondre à la préoccupation des rebelles. "Kisangani est devenue une ville non seulement symbole du désastre que la guerre a apporté au Congo, mais aussi symbole de la renaissance de la République démocratique du Congo", a encore déclaré l'ambassadeur de France à l'ONU. Au sujet du processus de paix après Sun City, le chef de la mission du Conseil de sécurité de l'ONU a invité les autorités du RCD/Goma à "laisser la porte ouverte aux négociations politiques dont l'avancée à Sun City a permis d'énormes progrès vers la réconciliation entre les fils du Congo.
Nous sommes à vos côtés pour reconstruire le Congo dans l'unité".

