JOHANNESBURG, 2 mai (IPS) – L'Afrique du Sud reste optimiste à propos des perspectives de paix en République démocratique du Congo (RDC) déchirée par la guerre civile, en dépit des revers apparents dans les négociations pour mettre fin au conflit dans ce pays.
Dans un briefing rendu public vendredi dernier, le président sud-africain Thabo Mbeki fait remarquer qu'après d'interminables négociations, les délégués au Dialogue inter-congolais ont adopté 40 résolutions définissant le type de pays "indépendant, uni, pacifique, démocratique et prospère" qu'ils aimeraient bâtir.
Les résolutions englobent des problèmes politiques et juridiques, des questions de paix et de réconciliation nationale, l'économie et les finances ainsi que des préoccupations relatives à la défense et à la sécurité. "A maints égards, ce fut un succès extraordinaire, comme c'était l'expression spéciale de la volonté souveraine d'une convention très représentative des dirigeants du peuple de la RDC", affirme Mbeki.
Aux pourparlers sur la paix organisés en Afrique du Sud, le gouvernement du président Joseph Kabila et le groupe rebelle soutenu par l'Ouganda, le Mouvement de libération du Congo (MLC) ont convenu de partager le pouvoir.
Aux termes de cet accord, la RDC aura un gouvernement de transition dans lequel Kabila demeurera le chef de l'Etat et le leader du MLC, Jean-Pierre Bemba, deviendra le Premier ministre du pays.
L'autre mouvement rebelle en vue, le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD) a rejeté l'accord et exige des discussions supplémentaires.
Alors qu'ils accueillaient favorablement les initiatives pour consolider les démarches en vue de la paix dans le pays, l'Afrique du Sud, la Zambie et le Botswana – qui ont tous joué un rôle en facilitant les discussions – n'ont pas encore adhéré à l'accord parce qu'il n'inclut pas toutes les parties belligérantes. Pour le moment, les discussions de la RDC ont été suspendues jusqu'à ce qu'on convienne d'une autre série.
L'Afrique du Sud exerce une forte pression pour une solution au conflit au Congo, parce que c'est l'une des grandes sources d'instabilité politique et sécuritaire sur le continent.
Le conflit a entraîné des troupes de six pays africains et causé la mort de trois millions de personnes environ en trois ans.
Le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD) dépend de la capacité des dirigeants africains à faire cesser les conflits sur le continent, dans l'espoir de meilleurs accords commerciaux et d'assistance avec les économies du monde développé. Mbeki est l'un des principaux artisans du NEPAD – un programme visant à relancer le développement économique et social en Afrique.
L'Afrique du Sud est également impliquée dans les négociations visant à mettre fin à l'instabilité politique au Zimbabwe – où le ZANU-PF au pouvoir et le parti de l'opposition, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC) sont engagés dans un conflit à propos à propos des résultats des récentes élections présidentielles du pays.
Le président zimbabwéen Robert Mugabe a été déclaré vainqueur du scrutin des 9 et 10 mars, mais le MDC affirme qu'il a truqué l'élection. Le MDC a demandé à la cour d'annuler les résultats officiels de l'élection.
Pendant ce temps, l'Afrique du Sud et le Nigeria jouent le rôle de facilitateurs dans les discussions entre le ZANU-PF et le MDC, dans l'espoir qu'ils pourront laisser de côté leurs différends et faire cesser les incidents de violence qui déstabilisent le Zimbabwe et son économie.
Tout comme en RDC, l'Afrique du Sud fait pression pour qu'un gouvernement d'union nationale prenne le pouvoir au Zimbabwe jusqu'à ce qu'on parvienne à une solution politique pacifique.
L'Afrique du Sud encourage le gouvernement d'union nationale comme moyen de résoudre les guerres civiles en Afrique en raison de sa propre expérience heureuse avec ce mécanisme. Bien que le Congrès national africain (ANC) domine le gouvernement du pays, il comprend des représentants des partis de l'opposition.
On reconnaît au gouvernement d'union nationale de l'Afrique du Sud d'avoir contribué à établir rapidement la stabilité politique dans le pays, après la fin négociée de l'apartheid en 1994.
Au Burundi, les troupes sud-africaines protègent le gouvernement d'union nationale contre les mouvements rebelles qui ont refusé d'adhérer au processus de paix burundais.
Par ailleurs, le vice-président sud-africain, Jacob Zuma, a rencontré la Commission paix et réconciliation de l'Angola qui comprend des représentants de tous les partis politiques à l'Assemblée nationale angolaise. Zuma a briefé la commission sur la transition de l'Afrique du Sud à la démocratie et sur le processus de négociation multipartite.
L'Angola a redéployé ses efforts pour mettre fin à la guerre civile de 27 ans dans le pays, après la mort de Jonas Savimbi, leader du mouvement rebelle UNITA, au début de cette année.
"Le concept d'un gouvernement inclusif est une bonne chose", indique Jan Van Eck de l'Université de Pretoria. "En Afrique, il nous faut détruire cette notion de gagnant accaparant tout le gouvernement, notamment dans les pays en transition".
Mais "les gouvernements d'union nationale ne marcheront que si les questions de division sont d'abord réglées. Ils ne fonctionneront que s'il y a une réelle volonté de paix et que les peuples veulent effectivement construire leurs pays", prévient-il.

