COMMERCE-SWAZILAND: L'inertie du Parlement entraîne le ralentissement de l'activité économique

MBABANE, 22 jan. (IPS) – Les législateurs du royaume de Swaziland
ont
pendant longtemps été accusés de décevoir les attentes de la
population en
se pliant aux fantaisies du roi.

Actuellement, les parlementaires du petit royaume font l'objet
de
critiques pour avoir délibérément ruiné l'économie du pays – en
dormant au
travail.
Pour les analystes politiques, la pénurie d'investissements
extérieurs
directs dans le royaume est due à l'incapacité du Parlement à
voter des lois
favorables aux investisseurs.
Selon eux, cette incapacité a entraîné une fuite de capitaux
continue
vers les Etats voisins. Par exemple, l'activité de la Bourse des
valeurs du
Swaziland, qui existe depuis 10 ans, est restée à un niveau bas
parce qu'il
n'existe pas une législation officielle en la matière.
"Les gros investisseurs ne mettront pas leur argent sur le
marché parce
que nous n'avons pas une loi sur les valeurs mobilières. Ils
savent que leur
argent n'est pas vraiment protégé s'il n'y a aucune législation
officielle", affirme un consultant de la Bourse du Swaziland,
Modern Samugeti.
L'année dernière, le ministre des Finances, John Carmichael, a
promis de
faire passer un avant-projet de loi sur les valeurs mobilières au
Parlement
avant la fin de l'année – comme il l'avait promis l'année
précédente, et il
y a deux ans.
"Nous espérons que le texte de l'avant-projet de loi passera
cette
année. Toutefois, il reste encore à soumettre l'avant-projet de
loi au
parlement. "Nous espérons que le projet de loi sera voté cette
année. Dans
le cas contraire, l'économie continuera par souffrir de la fuite
des
capitaux", indique Samugeti.
Selon lui, l'activité à la Bourse – et l'investissement en
général – est
également entravée par l'incapacité de la Chambre à amender les
lois
relatives aux pensions de retraites pour obliger les
investisseurs
institutionnels à garder une partie de leurs fonds dans le pays.
Depuis plusieurs années maintenant, le gouvernement promet
d'amender la
législation pour contraindre les investisseurs institutionnels à
garder près
de 15 pour cent de leur avoir au Swaziland. Toutefois, il reste
encore à
introduire les amendements au Parlement.
"En conséquence, nos investisseurs institutionnels emportent
tout leur
argent en Afrique du sud, où les bénéfices sont habituellement
plus élevés,
et où les investissements sont protégés par la loi", ajoute
Samugeti.
Pendant ce temps, la Chambre de commerce et d'industrie du
Swaziland
attribue la pénurie d'investissements étrangers directs à une loi
controversée sur les relations de travail que le Parlement a votée
en juin
dernier.
La loi sur les relations de travail 2000, qui a été jugée
restrictive par
l'Organisation internationale du travail (OIT), a provoqué une
vague
d'agitation et a poussé le gouvernement américain à menacer le
petit royaume
de sanctions commerciales.
Selon la Fédération des employeurs du Swaziland, la menace
américaine
d'expulser le Swaziland du Système de préférences généralisées
(SPG)
compromet quelque 20.000 emplois.
"Beaucoup d'investisseurs s'étaient rétractés après la menace
américaine
d'expulser le Swaziland du SPG", selon le directeur exécutif de
la Chambre
de commerce et d'industrie du pays, Sibusiso Sibandze.
Alors que les Américains se préparaient à sanctionner le
Swaziland à la
fin de l'année dernière, le Parlement pris de panique, a apporté
des
amendements de dernière minute pour mettre la législation en
conformité avec
les attentes des Etats-Unis et de l'OIT.
La législation amendée a été acceptée par les Etats-Unis qui
ont accepté
de garder le statut de SPG du Swaziland.
Toutefois, les analystes affirment qu'il sera difficile
d'enrayer le tort
que la controverse sur les relations de travail a causé, l'année
dernière,
au climat d'investissement du Swaziland. "Il sera très difficile
de ramener
certains des investisseurs que nous avons perdus", ajoute
Sibandze.
L'économie du Swaziland, qui dépend de l'agriculture, a
traditionnellement compté sur les taux élevés de l'investissement
étranger
direct. Le pays a eu un taux de croissance moyen de près de six
pour cent du
Produit intérieur brut dans les années 80, surtout après les
sanctions
économiques contre l'Afrique du sud, qui ont donné au Swaziland un
avantage
comparatif dans l'attraction de l'investissement étranger.
Toutefois, son taux de croissance est tombé à moins de trois
pour cent
dans les années 90 lorsque les sanctions économiques contre
Pretoria ont été
levées. Selon un rapport de la Banque mondiale publié l'année
dernière, la
croissance dans l'investissement extérieur direct du pays a chuté
de 22 pour
cent en 1992 à 0,5 pour cent en 1997.
Il y a quatre ans, le Swaziland s'est embarqué dans un
programme
d'ajustement structurel local pour inverser le déclin économique
des années
précédentes. Le Programme de réforme économique et sociale
cherche, entre
autres choses, à réduire les dépenses en supprimant les grosses
subventions
au service public et au consommateur.
Ce programme vise également à privatiser les grandes sociétés
d'Etat qui
ne sont pas rentables.
Cependant, le programme de réforme est en perte de vitesse au
cours des
dernières années. Seules deux privatisations partielles – de la
compagnie
aérienne nationale et de la société des produits laitiers – ont
été achevées
pendant les quatre dernières années.
En septembre dernier, le gouvernement a licencié quelque 5.000
salariés,
mais les analystes disent que la réduction du nombre des ouvriers –
qui
travaillent à temps partiel et reçoivent de modestes salaires –
aura très
peu d'impact sur les dépenses salariales de l'Etat qui absorbent
près de 40
pour cent de toutes les recettes gouvernementales.