HARARE, 19 jan. (IPS) – Un groupe de rebelles congolais a décrit
la
nomination du major général Joseph Kabila en tant que chef de
gouvernement
et commandant suprême des Forces armées congolaises, suite à
l'assassinat de
son père, mardi, comme une tentative visant à créer une dynastie
familiale.
"Quelle que soit la situation, les Congolais ne sont pas prêts
pour une
monarchie. Les populations n'approuvent pas le fait que le Congo
devienne
une monarchie", a déclaré Wamba dia Wamba, président du
Rassemblement
congolais pour la démocratie (RCD-Kisangani), un groupe rebelle
qui combat
les troupes gouvernementales à l'est du pays.
Lors d'une interview par téléphone jeudi avec IPS depuis
Kampala, en
Ouganda, il a déclaré : "Nous avons besoin d'une transition
basée sur le
dialogue et un large consensus".
Des sentiments similaires ont été exprimés par un autre
politicien
congolais en exil. Albert Mpeti, qui est porte-parole d'un groupe
de
l'opposition congolaise à Bruxelles, en Belgique, a indiqué, jeudi
sur le
Réseau intégré d'informations régionales des Nations unies (IRIN),
que la
nomination du fils de Kabila en qualité de chef d'Etat était un
"signal
négatif".
La nomination de Joseph Kabila a été annoncée à Kinshasa
mercredi par le
ministre de la Communication, Dominique Sakombi.
Wamba a affirmé qu'il ne connaissait pas le jeune Kabila. "Je
ne l'ai
jamais rencontré. Je ne sais pas grand-chose de lui. Tout ce que
je sais est
qu'il est le fils de Kabila", a-t-il déclaré.
Joseph Kabila, 31 ans, a passé la majeure partie de sa vie en
exil en
Ouganda et en Tanzanie.
Les médias rapportent qu'il n'est pas un personnage populaire
au Congo.
Et que son mérite était d'accompagner son père durant la longue
marche sur
la capitale Kinshasa, pour renverser le feu dictateur Mobutu Sese
Seko, ce
qui lui a valu plus tard le titre de major général.
Le jeune Kabila a, avec son père, présidé la campagne de trois
ans contre
d'anciens alliés qui se sont rebellés contre le gouvernement de
feu
président Kabila. Joseph kabila a lui-même été accusé d'une
multitude de
violations de droits de l'Homme.
Pour beaucoup de personnes au Congo, Joseph Kabila est perçu
comme
quelqu'un qui a bénéficié d'une protection plutôt qu'une figure
remarquable
qui s'est faite toute seule.
La situation en RDC est encore instable. "Nous craignons que
la
situation dans notre pays ne devienne catastrophique à cause du
nombre élevé
d'armes qui y circulent", a déclaré encore l'opposant Mpeti.
Mais selon Wamba, "Il est encore trop tôt pour dire ce qui se
passera au
Congo. Si le gouvernement dit qu'il réaffirme son adhésion à
l'accord de
paix de Lusaka, alors les choses progresseront plus rapidement.
Les
populations congolaises veulent maintenant la paix ".
Tous les mouvements rebelles en RDC ont démenti toute
responsabilité dans
la fusillade de mardi et demandent à être associés à la mise en
uvre de
l'accord de paix de Lusaka, signé en 1999, et qui est en perte de
vitesse.
"Ce qui s'est passé au Congo est un avertissement pour dire à
l'Afrique
que la violence ne paie pas. Si le gouvernement continue de
répondre par la
violence, les choses n'iront pas bien", a averti Wamba.
La mort de Laurent Désiré Kabila a plongé la région dans une
période
d'incertitude supplémentaire. Mais selon la presse, Kinshasa, la
capitale de
la RDC, serait calme.
Le Zimbabwe, la Namibie, le Tchad, l'Angola et le Soudan ont
envoyé des
troupes en 1998 pour soutenir Kabila contre les rebelles appuyés
par le
Rwanda et l'Ouganda. Mais le plus fortement engagé, c'est le
Zimbabwe qui y
compte près de 11.000 hommes ainsi que des avions de combat. Il a
aussi
fourni du matériel de guerre et des fonds.
Kabila avait commencé sa course pour le pouvoir dans les années
60 sans
beaucoup de succès, jusqu'en 1996 où le Rwanda l'a soutenu pour
détrôner
Mobutu. Mobutu a fui l'ex-Zaïre en 1997, et est mort plus tard au
Maroc en
1998. Depuis lors, la RDC est en guerre.
"Daily News", un journal privé, rapporte que certains
Zimbabwéens
avaient salué la mort de Kabila et espéraient que cela pourrait
pousser le
gouvernement à rappeler les milliers de soldats qu'il a envoyés en
RDC. Mais
les autorités du Zimbabwe ont indiqué que leur pays continuerait
de soutenir
les populations congolaises.
Le gouvernement du Zimbabwe a décrété vendredi trois jours de
deuil en
mémoire du défunt président Kabila.

