POPULATION: L'inégalité des sexes renforce les avortements à risque et le SIDA

NATIONS UNIES, 21 sept. (IPS) – Le Fonds des Nations Unies pour la
Population (FNUAP) rapporte que l'inégalité entre l'homme et la
femme est un
facteur déterminant dans un nombre croissant d'avortements à
risque, de
maladies sexuellement transmissibles et de décès maternels dans le
monde entier.

"Le prix à payer pour l'inégalité est trop élevé", a déclaré
cette
semaine, Nafis Sadik, Directrice Exécutive du FNUAP.
Dans son rapport annuel intitulé "Etat de la Population Mondiale
2000", le
FNUAP indique que si les femmes avaient le pouvoir de décider de
leur vie
sexuelle et de ses conséquences, elles pourraient éviter un grand
nombre des
80 millions de cas de grossesses non désirées, et des 20 millions
d'avortements clandestins pratiqués chaque année.
En plus, elles pourraient également éviter quelques 500.000 décès
maternels
qui se produisent chaque année (dont 78.000 dus aux avortements
clandestins), et plusieurs fois ce nombre d'infections et de
lésions.
Le rapport indique également que les femmes pourraient aider à
préveni r
plusieurs des 333 millions de nouvelles infections sexuellement
transmissibles contractées chaque année – à condition qu'elles
aient le
pouvoir de partager avec les hommes le rôle de décideurs.
"Des pouvoirs décisionnels plus égaux entre les hommes et les
femmes,
associées à un plus grand accès aux bons soins de santé
reproductive,
sauveraient la vie de centaines de milliers de femmes, y compris
la vie d'un
grand nombre de femmes qui meurent de causes liées à la
grossesse", selon
l'étude de 76 pages.
Sadik a indiqué que dans tous les pays du monde entier,
l'inégalité des
sexes, la discrimination et la violence retardent non seulement
les femmes
mais aussi les hommes; non seulement des familles mais également
des
communautés et des nations entières.
"C'est une violation massive des droits de l'Homme dans le monde
entier,
mais cela a également plusieurs conséquences pratiques et
pernicieuses",
ajoute-t-elle.
L'une de ces conséquences est la forte fertilité soutenue et non
désir ée et
la croissance rapide de la population parmi certaines des
populations les
plus pauvres du monde, indique-t-elle. Le rapport cite aussi la
propagation
rapide du Virus d'immunodéficience humaine (VIH) qui cause le
SIDA, une
maladie mortelle.
A la fin du premier semestre 2000, la population mondiale était de
6,06
milliards et augmente de 75 millions de personnes par an. Plus de
95 pour
cent de la croissance se produit dans les pays en développement.
"La taille future et le taux de croissance de la population
mondiale
dépendent de l'action prise pour mettre fin à la discrimination
fondée sur
l'appartenance sexuelle", soutient l'étude.
L'expérience dans les pays en développement au cours de ces 30
dernièr es
années a montré que lorsqu'on donne aux femmes toute une gamme de
choix,
elles ont des familles certes plus réduites en taille, mais plus
en
meilleure santé et mieux éduquées que leurs mères.
S'il y avait un accès universel à la planification familiale, et
si les
femmes pouvaient avoir seulement le nombre d'enfants qu'elles
désiraient, le
taux de fertilité global dans de nombreux pays chuterait d'un
tiers, selon
l'étude.
Werner Fornos, Président de l'Institut de la Population basé à
Washington,
fait remarquer que nulle part le besoin d'une approche concertée
ne peut pas
être plus pressant que dans le domaine de l'égalité et de l'équité
du genre.
"Nous savions depuis longtemps ce qu'il fallait – en commençant
par l'accès
égal à l'éducation, l'emploi, la santé reproductive et l'ensemble
des
processus de développement", a-t-il déclaré à IPS.
Mais la plupart des nations, dit-il, n'ont pas agi avec autant de
sérieux et
d'agressivité sur ces problèmes humains capitaux comme ils
auraient dû et
comme ils doivent le faire.
"Toutefois, ce sont des questions qui ne peuvent pas être
enrayées ni
disparaître comme par enchantement. Plus que jamais, les
générations futures
dépendent de la résolution ferme de nos générations à faire ces
séries de
corrections vitales. Toute autre initiative serait une négligence
flagrante
de notre devoir et de notre obligation en tant que gardiens de
notre
planète", a-t-il déclaré.
L'étude du FNUAP indique que les éléments qui illustrent
l'inégalit é entre
les sexes, comme par exemple les restrictions imposées aux choix
des femmes,
aux opportunités et à la participation, ont des conséquences
directes et
parfois négatives sur la santé et l'éducation des femmes, et sur
leur
participation sociale et économique.
"Pourtant, jusqu'à récemment, ces restrictions avaient été
considérées soit
sans importance ou inexistantes, soit acceptées ou ignorées",
ajoute-t-il.
L'étude indique que la réalité de la vie des femmes a été
invisible pour les
hommes.
"Cette invisibilité persiste à tous les niveaux, de la famille à
la nation.
"Bien qu'ils partagent le même espace, les femmes et les hommes
vivent dans
deux mondes différents".
L'étude recommande des partenariats entre les gouvernements et les
Organisations Non Gouvernementales (ONG) ; entre les
gouvernements, la
société civile et les institutions internationales ; entre les
pays du Nord
et ceux du Sud, riches et pauvres ; et entre les hommes et les
femmes.
Ces partenariats tracent la voie vers une fin de la discrimination
et de la
violence contre les femmes, vers une place plus égale pour les
femmes dans
la famille et dans le monde, vers un moyen de circonscrire la
crise du SIDA,
pour obtenir une croissance de la population plus lente et plus
équilibr ée,
et pour combattre la pauvreté.