POLITIQUE-BURUNDI: La viabilité de l'accord de paix est mise en doute

NAIROBI, 1er sept. (IPS) – Les opinions sont partagées sur
l'avenir du
processus de paix au Burundi, après les sérieuses difficultés
rencontrées
lors de la cérémonie de signature de l'accord, cette semaine à
Arusha en
Tanzanie.

Le refus de 6 partis Tutsi radicaux, d'apposer leur signature au
document, a
donné un sérieux coup aux efforts fournis par le médiateur Nelson
Mandela,
pour mettre fin à une guerre civile sanglante qui dure depuis sept
ans.
Cependant, deux des six partis Tutsis intransigeants, ont
finalement paraph é
l'accord de paix. Au total, 15 des 19 regroupements politiques du
pays ont
signé le document. Le Gouvernement de Pierre Buyoya, ainsi que
sept partis
politiques hutus ont également adhéré à l'accord.
Mais les trois principaux groupes rebelles du pays n'étaient pas
représentés
aux pourparlers qui ont duré trois jours. Les Parties burundaises
doivent
également négocier un cessez-le-feu.
Lors de la cérémonie officielle, à laquelle ont pris part le
Préside nt
américain, Bill Clinton et un nombre de leaders régionaux,
Mandela a fait
des remarques acerbes sur l'intransigeance des partis Tutsis. Il
les a
accusés de saboter l'accord.
" Je ne pense pas qu'il y ait beaucoup de pays au sein desquels
certains
leaders prennent une décision grave sur une question grave, des
leaders qui
ne s'inquiètent de ces massacres, de ces tueries, et qui
voudraient se
retirer de ces pourparlers", dit-il.
Clinton a également appelé les parties burundaises hostiles à
profiter de
cette opportunité historique pour la paix.
"Je suis absolument certain que si vous laissez passer cette
occasion, cela
contribuera à renforcer l'amertume et à augmenter le chagrin", a-
t-il
affirmé avant la cérémonie de signature.
"Je vous exhorte donc à collaborer avec le Président Mandela. Je
vous
invite à travailler avec les autres pour saisir l'opportunité qui
s'offre
maintenant".
Malgré l'échec des efforts destinés à rassembler toutes les
parties en
conflit à Arusha, la signature de l'accord marque une avancée
significative
pour le Burundi.
Mandela est déterminé à faire plus. Il se propose d'installer un
bureau à
Bujumbura, la capitale, pour y poursuivre les négociations.
Mandela est
également en train de battre compagne pour obtenir l'envoi de 2000
casques
bleus onusiens au Burundi, afin d'assurer la sécurité des leaders
Hutu
exilés qui craignent de rentrer au pays.
Le vétéran de la lutte anti-apartheid a insufflé un air de vie aux
pourparlers de paix, depuis qu'il a été désigné comme médiateur en
décembre
dernier. Les pourparlers de paix au Burundi ont débuté il y a deux
ans.
La vague de violence au Burundi a fait plus de 200.000 morts.
Plus d'un
million des six millions de Burundais sont des déplacés. Des
centaines de
milliers de Burundais sont réfugiés.
La guerre civile a commencé en 1993 lorsque des soldats de
l'ethnie
minoritaire Tutsi, ont assassiné le premier président
démocratiquement élu,
Melchior Ndadaye, un Hutu. Cela a provoqué une insurrection des
Hutus contre
l'armée dominée par les Tutsis.
Les Hutus forment 85 pour cent de la population du pays. Mais les
Tutsis
contrôlent le gouvernement, l'armée et l'économie, depuis
l'indépendance
acquis de la Belgique en 1962.
Le plan de paix de Mandela prévoit une période de transition de
trois ans,
durant laquelle le pays organisera des élections. Les Hutus auront
une
représentation égale dans l'armée.
Bien que la minorité Tutsi sera forcée de céder le pouvoir, elle
sera
protégée par plusieurs mécanismes dont un Parlement constitué de
50 pour
cent de Tutsi et 50 pour cent de Hutus.
Les Tutis ont peur de devenir des victimes des massacres
ethniques, à
l'instar de ceux subis par les Tutsis du Rwanda voisin. Pendant le
génocid e
du Rwanda en 1994, des extrémistes Hutu avaient massacré près de
800.000
Tutsis et Hutus modérés en 100 jours.
Buyoya, un Tutsi qui a accédé au pouvoir à la suite du coup d'Etat
de 1996,
est très conscient de la nécessité de rassurer la minorité Tutsis.
Il l'a
clairement exprimé dans son discours lors de la cérémonie de
signature de
l'accord de paix.
" Je voudrais rassurer tous les Burundais qui ont peur, que cet
accord ne
constitue pas le dernier acte des négociations. Signer un accord
de paix
n'est qu'un premier pas vers la quête de la paix, et non le
dernier pas",
a-t-il déclaré..
Des analystes plus cyniques émettent des doutes quant à la mise en
uv re de
cet accord de paix, étant donné que plusieurs parties impliquées,
y compris
le gouvernement, ne l'ont paraphé qu'après une sérieuse pression
de Mandela.
Tous s'accordent pour dire que beaucoup de choses restent à faire.
L'accord
de paix prévoit la mise en place d'un gouvernement de transition
dans trois
ou six mois.
Mais de nombreuses questions fondamentales doivent être résolues,
notamment
celle de savoir qui va diriger le pays pendant la période
transitoire de
trois ans. Les parties burundaises devraient se prononcer dans les
3O jours
à venir.
La période de cessez-le-feu constitue un autre goulet
d'étranglement. Les
partis Tutsis intransigeants affirment qu'ils ne signeront pas
l'accord de
paix tant que les rebelles hutus n'accepteront pas le cessez-le-
feu. Le
gouvernement a également émis des réserves sur le cessez-le-feu,
lors de la
signature de l'accord de paix.
Les rebelles ont d'autres conditions.
Le principal groupe rebelle hutu, les Forces pour la Défense de la
Démocratie(FDD), indique qu'il ne signera l'accord que lorsque le
gouvernement aura fermé ses camps de regroupement. Il demande
aussi la
libération des prisonniers politiques.
Etant donné que Mandela a insisté sur ces deux points dans son
discours, des
observateurs optimistes prédisent que le gouvernement essayera de
remplir
ces conditions et que les rebelles annonceront le cessez-le-feu
dans peu de
temps.
Entre-temps, la rébellion Hutu persiste et tue de plus en plus de
victimes
civiles innocentes.