SANTE-NIGER: Les autorités prennent des actions urgentes contre le paludisme

NIAMEY, 17 août (IPS) – Le Niger vient d'adopter un plan d'urgence
contre le
paludisme, qui affecte chaque année 850.000 personnes dans ce pays
sahélien
d'Afrique de l'Ouest.

Ce plan, qui couvre la période allant de juillet à décembre 2000,
vise à
organiser des opérations de saupoudrage ainsi que des séances de
pulvérisation intra-domiciliaire. Des campagnes d'information et
de
sensibilisation sur le traitement et la prévention du paludisme
seront
également initiées dans les 42 chefs-lieux de districts sanitaires
que
compte le Niger.
Selon Ousmane Adamou, le Ministre de la Santé, des dispositions
seront
prises pour assurer la disponibilité des médicaments
antipaludéens, des
moustiquaires et des insecticides dans toutes les formations
sanitaires.
Il s'agira également de renforcer la capacité de 1000 agents de
santé
communautaire (ASC) sur la prise en charge des malades qui font de
la
température.
Du fait de la forte concentration humaine et des problèmes
d'hygiène qui se
posent dans les grands centres urbains, la lutte contre les
vecteurs sera
menée en priorité dans ces zones. Elle consistera au saupoudrage,
à la
pulvérisation inta-domiciliaire et à la promotion des
moustiquaires
imprègnées d'insecticide. Des séances de salubrité publique seront
également
organisées dans les villages.
Le paludisme est devenu un réel problème de santé publique au
Niger, où il
représente 20 pour cent des causes de consultation dans les
formations
sanitaires, avec une moyenne de 850.000 cas par an, a indiqué
Ousmane Adamou
dans un point de presse.
La maladie frappe toutes les couches sociales, mais
particulièrement les
enfants de moins de 5 ans et les femmes enceintes. Un malade sur 2
a moins
de 15 ans d'âge.
Les conséquences socio-économiques du paludisme sont multiples,
selon le
Ministre de la Santé, qui estime que la maladie entraîne
l'absentéisme au
champ, au bureau et à l'école. Chaque année, des familles
dépensent
l'équivalent de plusieurs mois de leurs revenus pour traiter le
paludisme,
et lutter contre le vecteur de la maladie. C'est un facteur de
pauvreté.
Le Niger a mis en place son premier programme national de lutte
contre le
paludisme en 1985. Deux plans d'action ont été élaborés et exécut
és: le
premier, qui a couvert la période 1987-1991, a mis l'accent sur la
campagne
de masse. Celle-ci consistait à la prise hebdomadaire de
chloroquine pendant
la période de transmission palustre. La lutte contre les
moustiques faisait
aussi partie de ce plan, et elle consistait en des séances de
saupoudrage
dans les grandes agglomérations.
Le second plan (1994-2000) était axé sur le traitement des cas, la
prévention, le contrôle et la lutte contre les poussées épidémique
s du
paludisme, ainsi que l'intégration de la lutte antipaludéenne au
niveau
communautaire.
"Malgré les efforts déployés, force est de constater que la lutte
contre le
paludisme n'est pas aussi facile, et les résultats obtenus n'ont
pas ét é à
la hauteur de nos attentes", a souligné le Ministre de la Santé.
Selon les spécialistes, le paludisme apparu au cours de ces
dernières années
est difficile à traiter. Ces spécialistes indiquent qu'il y a
seulement
trois ans, la prise de quelques cachets de nivaquine suffisait
pour en
guérir. Mais aujourd'hui, cela n'est plus possible. Le palu
résiste à la
nivaquine et à beaucoup d'autres produits.
"Pour se traiter, il faut vraiment débourser beaucoup d'argent
pour se
procurer les tout derniers produits comme Halphan", déclare,
amer,
Aboubacar Maman, fonctionnaire à la retraite à Niamey.
Le mois d'août correspond à l'hivernage au Niger, une période
propice au
développement des moustiques. Toute hausse de température
corporelle est
souvent assimilée, dans les formations sanitaires, à un accès
palustre. Les
infirmiers habitués à de tels cas, n'ont même pas besoin d'examens
complémentaires pour prescrire les produits antipaludéens.
"Le paludisme se manifeste par une forte fièvre, surtout la nuit,
des
vomissements à intermittences, et surtout des douleurs dans les
articulations. En plus, le patient manque d'appétit et ressent des
maux de
tête. Dès que nous faisons un tel diagnostic, nous savons tout de
suite que
c'est le paludisme", explique Moussa Mariama, infirmière dans une
formation
sanitaire de Niamey.
Les signes d'attaque paludéenne varient d'un patient à un autre,
le
traitement aussi: "Moi, mon cas est particulier: le palu provoque
un
ballonnement de mon ventre, des diarrhées et très peu de fièvre.
Dès que
j'ai ces signes, je prends d'emblée six cachets de nivaquine, puis
4 autres
six heures plus tard. Le lendemain, je prends 4 autres cachets, et
je suis
guéri", affirme Moustapha Ali. Son quartier de résidence, ajoute-
t-il, est
un véritable nid de moustiques.
Selon la Direction Nationale de la Santé, la morbidité et la
mortalité
résultant du paludisme sont en partie favorisées par
l'inobservance du
traitement, le non respect de la prophylaxie, les difficultés
d'accès aux
médicaments dans certaines zones, et la faiblesse de la couverture
sanitaire.
L'élaboration d'un nouveau programme quinquennal de lutte contre
le
paludisme est actuellement en cours au ministère de la Santé. Il
consiste à
collecter et à traiter l'information disponible sur la maladie
dans le pays,
faire une analyse de la situation, et dégager des stratégies
approprié es de
riposte.
En outre, le Gouvernement a décidé d'instituer une journée
nationale de
lutte contre le paludisme le 25 avril de chaque année,
conformément à l'une
des résolutions du 36è Sommet de l'Organisation de l'Unité
Africaine (OUA).
A l'occasion de cette journée, une mobilisation sociale en faveur
de la
lutte contre le paludisme sera lancée pendant une semaine sur
l'ensemble du
territoire national.
Le Ministre a lancé un appel à toutes les collectivités
territoriales et aux
partenaires au développement pour qu'ils inscrivent dans leurs
budgets, des
fiches d'opération en faveur de la lutte contre cette maladie.
L'impact socio-économique du paludisme, les pertes en vies
humaines et les
échecs enregistrés dans la lutte contre la maladie, ont fait
l'objet de
discussions au sommet des Chefs d'Etat africains qui s'est déroulé
du 24 au
25 avril à Abuja, capitale fédérale du Nigeria.
Cette initiative s'est fixé comme objectif, la réduction de 50
pour cent,
d'ici l'an 2010, du nombre de décès résultant du paludisme. Un
autre
objectif est de faciliter l'accès des populations à une prévention
généralisée et à un traitement rapide.