WASHINGTON, 26 avr. (IPS) – Les fossiles de ceux que les
scientifiques
considèrent comme étant les ancêtres carnivores des êtres
humains modernes
ont été découverts par des chercheurs au Nord-Est de l'Ethiopie.
Cette
découverte apporte un nouvel éclairage sur l'évolution des
hominidés sur la
terre.
Selon la toute dernière édition de la revue hebdomadaire
'Science', une
équipe internationale de 40 membres a exhumé les restes d'une
espèce qui
errait dans les plaines verdoyantes de l'Afrique de l'Est, il y
a environ
2,5 millions d'années.
L'espèce, dénommée "australopithecus garhi", pourrait être un
des
maillons-clés disparus entre la célèbre "Lucy", une petite
créature
plantigrade qui errait dans la même zone, il y a environ 3,3
millions
d'années, et l'émergence du premier être humain (ou "homo")
dans la même
région depuis 1,9 millions d'années.
L'australopithèque, le nom donné aux premières créatures
semblables à
l'homme, signifie "singe du sud". Ses restes ont été
découverts en Afrique
de l'Est et en Afrique australe. "Garhi" signifie "surprise"
dans le
dialecte du peuple Afar qui a vécu dans la région où la
découverte a été faite.
La revue 'Science' indique que rien ne prouve que garhi est un
ancêtre
direct des êtres humains modernes, mais sa découverte permet de
combler des
lacunes sur les connaissances relatives à l'évolution des
hominidés en
Afrique de l'Est, la région reconnue comme le berceau de
l'humanité par la
plupart des scientifiques.
Les premières espèces d'australopithèques (les
'australopithécines') étaient
apparues, il y a environ quatre millions d'années en Afrique
australe et en
Afrique de l'Est. Ces premières espèces étaient suivies de
l'australopithecus afarensis, l'espèce à laquelle appartenait
Lucy.
Une partie du squelette de Lucy, conservée au musée d'histoire
naturelle de
New York, prouve qu'elle marchait debout, avait des bras d'une
longueur
disproportionnée, un petit cerveau et une mâchoire protubérante.
Entre Lucy et le maillon suivant de la chaîne des fossiles
d'Afrique de
l'Est, l'homo habilis (homme à tout faire), il y avait pourtant
un
intervalle de plus d'un million d'années, un intervalle
étonnamment long
dans les archives anthropologiques qui ne contenaient que trois
ensembles de
fossiles découverts à des milliers de kilomètres plus loin en
Afrique australe.
Ces fossiles montraient des 'australopithécines' avec une lourde
mâchoire et
de larges dents arrières leur permettant apparemment de manger
des racines
et des tubercules. Les scientifiques croient que l'évolution de
ces espèces
était entravée et qu'elles ne sont pas liées aux êtres humains
modernes.
Garhi, dont l'âge était déterminé par la datation au carbone,
est localisé
au centre de l'Afrique de l'Est, une région qui est, selon la
science,
l'origine de "l'ancêtre le plus sûr de notre propre gène,
l'homo".
L'enquête a été menée par Berthane Asfaw du Rift Valley Research
Service de
l'Ethiopie et Tim White de l'Université de Californie
(Berkeley). Ces
chercheurs ont découvert des ossements d'antilopes, de chevaux
et d'autres
animaux ainsi que deux individus distincts près d'un vieux lac
peu profond
qui a existé, il y a environ 2,5 millions d'années.
Les os de l'animal montraient des traces de coupure, ce qui
suggère selon
les scientifiques que "la boucherie est peut-être la plus
vieille
profession humaine".
Un os d'antilope était, plusieurs fois, frappé au même endroit,
à la même
articulation, et cassé aux deux bouts sans doute pour atteindre
la moelle.
La combinaison des preuves découvertes sur les os montrait que
le garhi
démembrait les animaux et enlevait la viande des os.
Les traces découvertes sur les os constituent la première preuve
selon
laquelle les hominidés pratiquaient la boucherie. Par ailleurs,
les pierres
utilisées par les bouchers n'étaient pas locales, ce qui fait
dire à Clark
que le garhi "ramenait de loin des paillettes et des pavés, ce
qui montre
évidemment qu'il prévoyait un peu son activité".
La découverte des outils servant spécifiquement à atteindre la
moelle, riche
en graisse, est une importante découverte, selon les
scientifiques. La
théorie des anthropologues est que les premiers hominidés ont dû
considérablement améliorer leur régime alimentaire pour donner à
leur
cerveau la grosseur de celui de l'homo habilus.
La grosseur du cerveau de l'homo habilus atteignait environ 650
cc (contre
1400 cc pour les êtres humains modernes). Le cerveau du garhi
représentait
environ 450 cc.
Cependant, la preuve selon laquelle le garhi fait vraiment
partie de la
chaîne des hominidés qui ont engendré les êtres humains modernes
n'est
aucunement certaine. Son visage est, par exemple, dominé par une
grande
mâchoire comparable à celle d'un singe et à celle de Lucy.
La taille des dents ressemble à celle du premier homo, mais ses
molaires
sont exceptionnellement grandes.
Les parties supérieures des jambes sont relativement longues et
semblables
à celles des êtres humains modernes, mais ses avant-bras, tout
comme ceux de
Lucy, sont aussi tout à fait longs.
Selon la revue Science, publiée par l'Association américaine
pour le progrès
de la science, la découverte suggère que les proportions des
organes humains
ont évolué en plusieurs étapes, car les jambes se sont allongés
avant que
les avant-bras ne s'écourtent.

