(IPS) – Analyse par David Hecht
rong>
NIAMEY, 23 avr. (IPS) – Lorsque le Président nigérien – Ibrahim
Bare
Maïnassara – est mort des suites d'une intense fusillade sur la
piste
d'atterrissage de l'aéroport international le 9 avril, la
télévision
nationale a annoncé dans le journal du soir que c'était un
"accident
malheureux".
Le deuxième grand titre du journal a très vite suivi : l'Unicef
(le Fonds
des Nations Unies pour l'enfance) a offert au Niger une voiture
4X4 neuve.
Les prévisions météorologiques ont ensuite été annoncées.
Cette nuit, les restaurants et les boîtes de nuit étaient très
animés à
Niamey, la capitale. Le lendemain, la Constitution a été
suspendue, le
Parlement et toutes les autres institutions politiques ont été
dissoutes,
mais rien ne laissait transparaître une vive tension. Le marché
principal
était plus que jamais animé.
Depuis l'adoption de la démocratie multipartite en 1992, ce
vaste pays
désertique d'environ 10 millions d'habitants a connu des crises
politiques
successives.
Les Nigériens ont, à peine, cligné des yeux pendant deux jours,
quand ils
ont appris après la mort de Mainassara que le major Dauda Mallam
Wanké, le
chef de la garde présidentielle, est devenu le nouveau chef
d'Etat.
La communauté internationale a, pour sa part, carrément condamné
ce qui
était sûrement selon elle un assassinat et un coup d'Etat. La
France,
l'ancienne puissance coloniale et la principale donatrice de ce
pays
assisté, a très vite suspendu toute aide au Niger.
Les dirigeants de plusieurs autres pays africains – mécontents
des
'accidents malheureux dont ils sont aussi victimes – ont crié au
scandale.
Yaya Jammeh, le Président gambien arrivé au pouvoir à l'issue
d'un coup
d'Etat, a déclaré que cet assassinat était un "acte barbare".
Charles
Taylor, l'ancien chef de guerre du Liberia, considère que c'est
"un revers
pour la démocratie en Afrique de l'Ouest".
Cependant, au Niger, les syndicats, les groupes d'étudiants, les
chefs
traditionnels et les partis d'opposition ont tous reconnu que le
major Wanké
a accompli cet acte dans l'intérêt de la nation. Même la
coalition des
partis alliés au Président défunt – la Convergence pour la
République – a
déclaré que "la volonté des nouvelles autorités est d'entrer
dans un
nouveau processus de réconciliation".
Deux jours après sa mort, Maïnassara a eu droit à des
funérailles
officielles et à tous les honneurs.
Entre-temps, le chef de l'armée, le colonel Moussa Moumouni
Djermakoye,
aurait refusé d'être le nouveau chef d'Etat, si une enquête
n'était pas
ouverte sur les circonstances dans lesquelles l'assassinat s'est
produit.
Mais, il a adouci sa position quelques jours plus tard, après
une rencontre
avec le major Wanké, en prenant le poste de ministre de la
Défense dans le
nouveau gouvernement d'union nationale.
Les observateurs indiquent qu'il n'y a pas tellement eu
d'unanimité entre
les fils de ce pe tension – qui compte plus de 15 groupes
rebelles –
depuis que le défunt Président a pris le pouvoir à l'issue d'un
coup d'Etat
militaire, il y a trois ans.
Le général Maïnassara avait renversé un système démocratique qui
allait,
selon tout le monde, de travers. La Constitution de l'époque
était une copie
conforme de la Constitution française. Elle préconisait un
Président fort et
un Premier ministre pour assurer l'équilibre des pouvoirs.
Malheureusement,
les deux patrons de l'exécutif étaient membres de deux
différents partis et
se révélaient incapables de 'cohabiter', paralysant ainsi le
gouvernement.
Maïnassara a remplacé ce système par un autre régime comparable
au modèle
américain où le Président est tout-puissant. Le nouveau régime
aurait pu
fonctionner si le Président avait été dûment élu. Mais
Maïnassara a décidé
de démissionner de l'armée et d'occuper le poste lui-même. Il a
ensuite
organisé des élections considérées comme frauduleuses par la
plupart des
observateurs.
N'ayant jamais reconnu la légitimité du pouvoir de Maïnassara,
l'opposition
a essayé à tous les coups de faire échec à ses plans. En effet,
son
gouvernement ne pouvait pas non plus fonctionner. Il est devenu
peu à peu
impopulaire et accusé d'avoir particulièrement pillé les maigres
ressources
de la nation.
Au moment de son assassinat, les fonctionnaires étaient en grève
car ils
n'avaient pas perçu leurs salaires depuis six mois. En plus ils
ne se sont
pas calmés lorsque Maïnassara leur avait dit qu'il ne pouvait
rien faire
pour eux parce que le pays n'avait pas d'argent.
Les élections locales de février ont été marquées par des scènes
de violence
quand les supporters de Maïnassara ont tenté de perturber les
votes dans les
régions où son parti perdait. Un jour avant son assassinat, la
Cour suprême
a annulé les résultats de ces districts.
Pourquoi les Nigériens pensent-ils que leur dernier chevalier
vêtu d'une
armure éclatante est différent du défunt ? C'est parce qu'ils
espèrent que
le modèle du major Wanké est le général Abdulsalami Abubakar, le
dirigeant
militaire du Nigeria, un grand voisin situé au Sud du Niger.
Abubakar
remettra le pouvoir le 29 mai à un président élu.
Maïnassara supportait l'ancien homme fort du Nigeria, le général
Sani Abacha
qui est officiellement mort de causes naturelles, mais les
rumeurs laissent
entendre qu'il était aussi victime d'un "accident malheureux".
Le major Wanké promet d'organiser des élections en novembre et
de restituer
le pouvoir aux civils à la veille du prochain millénaire. Il dit
qu'il ne
souhaite pas garder le pouvoir.
Si Wanké ne se transforme pas en un autre petit dictateur, il
aura tout de
même du mal à imaginer un système démocratique efficace.
Les Nigériens étaient parmi les tout premiers à défendre le vent
de la
démocratie multipartite qui a balayé l'Afrique il y a environ
une décennie,
mais ils n'ont pas encore pu assurer son fonctionnement normal.
Leur problème ne consiste pas seulement à s'entendre sur une
procédure
permettant d'élire leurs dirigeants. Par rapport à d'autres
démocraties
africaines prospères, le débat démocratique nigérien est bloqué
par des
questions épineuses telles que le droit coutumier et les droits
de le
sur lesquelles les divers éléments de la société civile
n'arrivent pas à
s'entendre.
Le pire c'est que les tensions ethniques s'accentuent car les
politiciens
locaux jouent trop souvent la carte ethnique. Ce jeu exacerbe
les rivalités
entre les deux principaux groupes ethniques, les Haoussa et les
Zarma,
tandis que les minorités du pays se sentent complètement
écartées.
La récente agitation politique menace aussi l'accord fragile que
le
gouvernement a conclu avec plusieurs chefs rebelles au Nord. Ces
chefs
représentent les Touaregs, les Toubous et les minorités arabes.
La France a
suspendu les fonds destinés à la réintégration des rebelles.
Plus de 150
cadavres de civils toubous ont été découverts en janvier et les
gens croient
que ces personnes ont été massacrées en octobre dernier par les
soldats
nigériens.
Compte tenu des divisions politiques existant au sein de l'armée
nigérienne,
les observateurs craignent que chaque groupe ne commence à aller
chacun de
son côté, si l'instabilité actuelle persiste. C'est ainsi que la
guerre
civile a subitement commencé dans plusieurs autres pays
africains comme le
Congo, la Sierra Leone, etc.

