RWANDA-GENOCIDE: La Belgique Se Souvient Aussi

BRUXELLES, 8 avr. (IPS) – Alors que le Rwanda commémore le
cinquième
anniversaire du massacre de près d'un million de Tutsis et Hutus
modérés, la
Belgique se souvient également de cette tragédie qui a coûté la
vie à 10
paras belges de la mission des nations unies au Rwanda.

Lundi, sous une pluie battante, des centaines de Belges ont
manifesté devant
le siège de l'Organisation des nations unies (ONU) à Bruxelles,
pour exiger
que toute la lumière sur le drame soit faite. Ils ont été
rejoint par la
communauté rwandaise de Belgique.
Les familles de ces militaires et les Rwandais de Belgique sont
regroupés
dans un Collectif des parties civiles.
"C'est un combat pour la réparation, que ce soit pour les
victimes
belges que pour les victimes rwandaises", affirme Gasana Ndoba,
un Rwandais
membre du Collectif.
"Les souffrances sont partagées, elles sont dues aux mêmes
acteurs,
survenues dans les mêmes circonstances", ajoute Gasana.
Les familles des dix paras belges, leurs amis et les rwandais
ont
choisi de manifester devant le siège de l'Onu pour montrer leur
détermination à chercher la vérité.
Le sénateur belge Alain Destexhe qui a beaucoup lutté pour la
mise en place
d'une commission d'enquête parlementaire en Belgique sur le
drame rwandais,
souhaite que la commission d'enquête que l'ONU a accepté de
mettre en place
puisse faire toute la lumière sur les responsabilités de cette
institution.
L'actuel secrétaire général des Nations unies, Koffi Annan, qui
était à
l'époque du génocide responsable des opérations de maintien de
la paix à
l'ONU, a récemment annoncé la mise en place d'une commission
d'enquête sur
le génocide rwandais.
"Nous voulons que cette enquête soit réellement indépendante,
qu'elle soit
exhaustive, qu'elle porte sur les responsabilités de l'ONU et
ses plus hauts
dirigeants à l'époque du génocide", affirme Gasana.
Pour Gasana et ses amis du Collectif "l'ONU a un devoir de
Vérité".
"Nous souhaitons, par exemple, des auditions des responsables
de l'ONU à
l'époque du génocide, y compris le commandant des troupes de
l'ONU à
Kigali, le Général canadien Dallaire", dit-il.
Selon plusieurs rapports, il est aujourd'hui établi que les
signes
précurseurs d'un génocide au Rwanda étaient connus.
"Nous avons des preuves que le Général Dallaire a prévenu l'ONU
sur
ce qui se tramait au Rwanda. Pourquoi rien n'a été fait pour
empêcher
les massacres ?" s'interroge la sur d'un para belge tué.
Selon Gasana Ndoba, le Collectif a déjà écrit au Général
canadien
pour recueillir son témoignage, mais la réponse ne semble pas
avoir
satisfait le Collectif.
"Ce qu'il nous a dit n'est pas intéressant. Le Général Dallaire
est
lié par un devoir de réserve mais ce n'est pas normal vu la
gravité de la
situation", regrette le responsable du Collectif.
Toutefois le Collectif se félicite que l'ONU ait accepté
finalement la mise
place de cette commission d'enquête.
"L'ONU nous a ignoré pendant longtemps. Elle commence à changer
d'attitude
mais il faut qu'elle aille jusqu'au bout", estime un
manifestant.
Une autre association dénommée "Ibuka" ou "souviens-toi" en
langue
Kinyarwanda, a organisé mercredi dans la soirée une marche au
flambeau qui
a conduit les manifestants avec des bougies allumées, devant le
Palais de
justice de Bruxelles.
Pour "Ibuka", il ne faut pas oublier ce qui s'est passé au
Rwanda.
"J'ai perdu toute ma famille au Rwanda. Cette marche c'est une
façon
pour moi de leur rendre hommage" témoigne une jeune fille
rwandaise.
Le sénateur Alain Destexhe a indiqué, au cours d'une conférence,
qu'il faut
garder en mémoire "le chiffre hallucinant" des personnes tuées
au Rwanda
en avril 1994.
"Un million de morts, il faut savoir que c'est la population
de Bruxelles
( la capitale belge) !", a comparé le sénateur.
Dans le cadre de ce macabre anniversaire, l'organisation
internationale
Médecins sans Frontières Belgique(MSF), a lancé une campagne
intitulée
"N'aie pas peur de savoir".
"Cinq ans après, les rescapés, blessés au plus profond d'eux-
mêmes, ne
s'expriment pas. Il faut amener les gens à s'exprimer", a
affirmé le
directeur de MSF Belgique.
MSF a transformé un bus en salle d'exposition qui va sillonner
25 communes
de la Belgique pendant 100 jours. "Le temps qu'a duré le
génocide" indique
MSF.
A l'intérieur du bus, des photos sur le drame, parfois
insoutenables, sont
exposées.
Yolande Mukagasana, une rwandaise rescapée du génocide qui a
emporté son
mari et
ses trois enfants, s'est rendue au Rwanda avec un photographe et
rapporté
des témoignages.
"Cette jeune femme que vous voyez ici sur cette photo avec un
enfant, a été
violée. Cet enfant est le fruit d'un viol, mais elle aime son
enfant, c'est
son enfant, c'est tout ce qui lui reste" commente Yolande
Mukagasana qui a
publié un livre de témoignage intitulé "La mort n'a pas voulu
de moi".
Au-delà de cette campagne, MSF Belgique fait circuler une
pétition adressée
au Premier ministre belge pour que s'ouvre les procès d'une
quinzaine de
génocidaires présumés qui vivent actuellement en Belgique.