POLITIQUE-RDC: Zahidi N'Goma Forme Un Nouveau Mouvement Rebelle

KIGALI, 25 févr. (IPS) – La décision finale d'Arthur Zahidi
Ngoma de couper
les ponts avec le RCD et de former une large Union des Congolais
pour la
Paix (UCP), montre que la rébellion congolaise a un long chemin
à parcourir
avant de pouvoir résoudre ses problèmes internes.

La défection finale de N'Goma n'a produit aucune surprise.
Depuis décembre,
il n'a point caché sa désillusion face à la direction prise par
le principal
mouvement rebelle, le Rassemblement congolais pour la Démocratie
(RCD).
En tant que gardien autoproclamé de la conscience du RCD, qui
cherche à
démocratiser les structures internes du mouvement rebelle pour
l'empêcher
d'être dominé par des cliques, N'Goma a mis du temps à prononcer
la rupture.
Il a permis au gouvernement ougandais et à d'autres de tenter un
accord avec
le président du RCD, Ernest Wamba-dia-Wamba.
Cependant, la manière dont il s'est finalement séparé du
mouvement rebelle
offre peu de chances à un rapprochement ultérieur.
Depuis Paris, Zahidi N'Goma a déclaré que la mission initiale du
RCD a été
avilie par des intrus. "Une mafia a récupéré le mouvement", a-
t-il dit à
IPS depuis Paris. "Le RCD n'existe plus en tant que mouvement
de plein
droit".
Les dirigeants rebelles ont très vite minimisé l'importance du
départ de
leur ancien vice-président. Wamba-dia-Wamba condamne
'l'égotisme' de N'Goma
et accuse la presse de lui accorder une trop grande importance.
Un sympathisant du RCD, qui prenait N'Goma pour le meilleur
dirigeant des
rebelles, pense qu'il a des ambitions "fatalement vaines".
"Arthur
voulait être roi, il voulait être tout de suite le président du
mouvement,
mais ce n'était tout simplement pas possible", réplique-t-il.
La forme et le style de la nouvelle UCP ne sont pas encore
clairs. Les
anciens collègues de N'Goma pensent qu'après s'être isolé du
RCD, il ne
bénéficiera pas d'un grand soutien au Congo ou à l'étranger.
N'Goma espère s'installer dans un pays innommé "ayant une
frontière commune
avec la République démocratique du Congo". Il annonce très
vaguement ses
objectifs immédiats et est sans doute prêt à discuter avec le
Président
Laurent-Désiré Kabila.
N'Goma, un ressortissant de la région orientale de Maniema,
avait
précédemment dirigé 'les Forces de l'Avenir', un des nombreux
mouvements
pro-démocratiques qui ont eu des démêlés avec le gouvernement de
Kabila,
l'Alliance des Forces démocratiques pour la Libération du Congo-
Zaïre (AFDL).
N'Goma a été personnellement arrêté par Kabila en novembre 1997
pour
"atteinte à la sécurité de l'Etat". Il a été détenu pendant
plusieurs mois
au Katanga, avant d'être autorisé à quitter la RDC pour la
France en mai 1998.
Trois mois plus tard, il est arrivé dans la région orientale au
Nord de
Kivu, après avoir transité par Kigali (Rwanda) et Kampala, la
capitale
ougandaise.
Le mouvement d'opposition d'Etienne Tsisekedi, l'Union pour la
Démocratie et
le Progrès social (UDPS), a déjà exclu toute alliance avec
l'UCP. Il
l'accuse de s'être engagé dans une lutte armée et d'avoir pris
trop
tardivement la décision de quitter le RCD.
L'UDPS reste publiquement indifférente à la rébellion, bien que
le neveu de
Tshisekedi soit, selon certaines sources, confortablement
installé au sein
du RCD.
Kabila aurait lui-même favorablement accueilli la décision de
N'Goma de
quitter le RCD. Il aurait même ajouté que le transfuge n'a rien
à craindre
s'il retourne à Kinshasa. On ne sait pas très bien si le
gouvernement
congolais a fait des ouvertures au dirigeant de l'UCP.
Après avoir dissout son gouvernement le 21 février dernier,
Kabila attend de
nommer une nouvelle équipe ministérielle. A Kinshasa, certains
racontent
qu'il peut accueillir plusieurs membres de l'ancienne équipe de
Mobutu Sese
Seko dans son sérail.
Sese Seko a été renversé par Kabila en mai 1997 et le 2 août
1998, une
section de l'armée congolaise a organisé une mutinerie et lancé
une campagne
rebelle déterminée à se débarrasser de Kabila.
Les ministres congolais ainsi que les commandants de terrain
n'avaient pas
envisagé une sérieuse offensive rebelle.
En dépit des nouvelles selon lesquelles les forces du RCD
avancent, grâce au
soutien des Rwandais et des Ougandais, vers Mbuji-Mayi, la
capitale de la
province méridionale du Kasaï oriental, le gouvernement nie que
la ville
diamantifère est menacée.
Le ministre de l'Information, Didier Mumengi, a récemment confié
aux
reporters que : "Mbuji Mayi est totalement calme et en
sécurité. La grande
marche organisée par nos forces armées pour rétablir l'intégrité
de notre
territoire se prépare".
Une source indépendante proche de Mbuji-Mayi signale que
l'aviation
zimbabwéenne tente sans succès de pilonner les positions
rebelles situées à
l'Est de la ville.
Mbuji-Mayi a été depuis plusieurs mois une cible des rebelles,
mais les
nouvelles selon lesquelles les troupes du RCD étaient sur le
point de la
prendre en octobre après la chute de Kindu, se sont avérées très
prématurées.
Les dirigeants du RCD s'opposent à tout commentaire sur la
situation
militaire, et Wamba-dia-Wamba se contente simplement de répéter
: "nos
forces avancent".