HARARE, 23 févr. (IPS) – Un tribunal zimbabwéen a ordonné lundi
que deux
journalistes accusés d'avoir publié une 'fausse' nouvelle,
suivent d'abord
un traitement pour un trouble post traumatique résultant de leur
"détention
et de leur torture illégales" par les militaires.
Le rédacteur Mark Chavunduka et le rédacteur en chef – Ray Choto –
auraient
été torturés, pendant qu'ils étaient détenus pour avoir publié
le 10 janvier
un article selon lequel 23 officiers de l'armée avaient été
arrêtés à propos
d'une tentative de coup d'Etat militaire.
Les deux journalistes du 'Sunday Standard' ont été libérés sous
caution
depuis le 21 janvier.
Ils sont accusés d'enfreindre la section 50 de 'l'Acte sur le
maintien de la
Loi et de L'Ordre', un acte introduit pendant le règne de la
minorité
blanche en 1960 pour supprimer les nationalistes noirs.
Tout en soutenant que les deux journalistes n'ont pas pris le
soin de
vérifier les faits auprès des officiers supérieurs de l'armée,
le
gouvernement estime que la nouvelle était fausse et susceptible
de causer la
"panique et le découragement".
Cependant, lorsque le procès a été ouvert lundi, les avocats de
Chavunduka
et de Choto ont demandé que les troubles post traumatiques dont
souffrent
leurs clients soient traités à l'étranger, avant que le procès
ne soit
ouvert. Leur requête a été approuvée.
Pendant qu'il était en détention, Chavunduka aurait été mis à
poil. Sa tête
aurait été plongée dans l'eau et tout son corps exposé à un choc
électrique.
Après avoir raconté qu'il a subi le même traitement, Choto a
ajouté qu'il a
reçu plusieurs gifles sur les oreilles et qu'un de ses tympans
est percé.
Les deux pensent que leurs vies sont en danger. Ils signalent
qu'on leur a
dit qu'ils ne seraient protégés ni par la loi ni par les
tribunaux du
Zimbabwe.
Le gouvernement a immédiatement fait appel contre le jugement,
dès que la
Cour a autorisé les deux journalistes à aller suivre un
traitement à
l'étranger. Ce mardi, à la reprise du procès, le gouvernement
s'opposera à
leur évacuation sanitaire à l'étranger.
Ils chercheront certainement à se faire soigner en Grande-
Bretagne, un pays
qui a exhorté le gouvernement zimbabwéen à respecter l'Etat de
droit et à
autoriser les deux accusés à suivre un traitement pour les
troubles post
traumatiques.
S'ils sont autorisés à faire le voyage, les deux journalistes
comparaîtront
certainement devant la Cour vers la fin du mois de mars ou en
avril.
Leur avocat, Eric Matinenga, reconnaît qu'il a suffisamment de
preuves
médicales selon lesquelles les journalistes ont été
"physiquement,
psychologiquement et mentalement maltraités".
"Ils ne se sentent pas en sécurité et la situation dans
laquelle ils se
trouvent actuellement ne leur inspire pas confiance. Si on les
oblige à
demeurer dans les mêmes circonstances, toute réhabilitation sera
difficile
voire impossible", réplique Matinenga.
Le magistrat Customs Kachambwa est du même avis. Il rappelle
qu'il y a eu
des cas où des personnes accusées de crimes plus graves ont été
libérées
sous caution, ont quitté le pays et sont revenues.
Après la condamnation qu'a suscité la présumée torture des
journalistes sur
le plan international, leur bulletin de santé indique qu'ils ont
besoin de
huit semaines de soins avant d'être jugés.
"Il est médicalement nécessaire que les deux journalistes
soient retranchés
de leur situation de peur et qu'ils aient accès à des personnes
capables de
les traiter. Il ne faut pas qu'ils demeurent dans une situation
où ils
regarderont leurs épaules tout le temps", conseille Matinenga.
Le gouvernement rétorque que la demande formulée par le Conseil
de la
défense prouve qu'il est fondamentalement mal informé, car il y
a des
contradictions entre la déclaration de Chavunduka et le bulletin
de santé.
Le représentant du gouvernement – Morgan Nemadire – a aussi peur
que les
deux accusés ne se soustraient à la justice car les médecins
n'ont fait
aucune évaluation concluante.
Le gouvernement insiste aussi pour que les deux ne soient
autorisés à être
évacués à l'étranger que lorsqu'ils auront épuisé toutes les
voies de
traitement au niveau local.
"Les accusés déclarent que cette société n'est pas normale, et
si vous les
laissez aller dans une société normale, pourquoi reviendraient-
ils dans
cette société anormale", s'exclame Nemadire.

