NAIROBI, 22 févr. (IPS) – Une épidémie de choléra et une pénurie
alimentaire
aiguë menacent la vie de plus de trois millions de personnes au
sud de la
Somalie, selon le Fonds des Nations Unies pour l'enfance
(Unicef).
L'Unicef annonce que 26 personnes sont mortes du choléra et que
320 cas de
cette maladie curable ont été signalés dans la région depuis
décembre dernier.
Les zones les plus affectées incluent Kismayo, la ville
portuaire
méridionale, Merka et Bardere où plus de 20.000 personnes
déplacées par la
faim sont installées dans des camps, selon un communiqué rendu
public par
l'Unicef à Nairobi la semaine dernière.
Le communiqué indique que les échantillons d'outils utilisés par
des malades
infectés ont été envoyés au laboratoire de l'Organisation
mondiale de la
Santé (OMS). Après analyse, le laboratoire a confirmé qu'il
s'agissait du
choléra, une infection intestinale qui cause une diarrhée sévère
ainsi que
des vomissements et entraîne la mort en quelques heures.
L'épidémie est surtout attribuée à la forte pression
démographique dans des
camps qui sont, selon les agences d'aide, surpeuplés par des
personnes
fuyant la sécheresse, la faim et l'insécurité au sud de la
Somalie.
"C'est quelque chose que nous avons prévu. C'est un facteur que
nous avons
mentionné dans l'appel initial à l'aide alimentaire d'urgence
lancé en
novembre de l'année dernière", souligne le communiqué mis à la
disposition
de IPS.
"A cause de l'exiguïté et de l'insalubrité des camps des
personnes
déplacées, la faim et d'autres maladies ont planté le décor d'un
désastre
potentiel", annonce le communiqué.
A Mogadiscio, la capitale somalienne, où 90 morts et quelque
3122 cas ont
été signalés, l'épidémie aurait été contrôlée.
Un porte-parole de Médecins sans frontières -Belgique (MSF) a
dit à IPS à
Nairobi cette semaine que 82 malades du choléra ont été admis à
Kismayo où
l'agence médicale a créé un camp spécial pour les cholériques
depuis décembre.
"La plupart des patients ont faim, après avoir parcouru de
longues
distances à pied", dit-elle.
Elle attribue partiellement la propagation de cette maladie
d'origine
hydrique à la récente évacuation de la plupart des agents
médicaux de MSF de
la Somalie. Cette évacuation est due à l'insécurité qui règne
dans la
région.
Hawa Adam, une Somalienne de Kismayo, a indiqué à IPS que
l'épidémie de
choléra survient à un moment où la plupart des gens qui ont
perdu tous leurs
biens au cours de la guerre civile de neuf ans, se remettent des
effets des
inondations causées par El Nino en 1997 et par la sécheresse de
l'année
dernière. Plus de 50.000 familles ont été déplacées par les
inondations.
"La plupart des gens ont tout perdu pendant la guerre, les
inondations et
la sécheresse. Aucun programme n'a été mis en place pour les
réhabiliter.
Lorsque l'épidémie du choléra a éclaté, elle a touché des
personnes déjà
faibles", raconte-t-elle.
L'Unicef, qui gère des projets communautaires dans la région
affectée,
attribue aussi l'épidémie au déclin du système d'adduction d'eau
à travers
la Somalie et à la contamination de la rivière de Juba, le moyen
de survie
de la région semi-aride.
Le Sud de la Somalie – le principal grenier du pays – a connu de
fréquentes
pénuries alimentaires depuis que l'actuelle guerre civile a
éclaté dans ce
pays de la Corne de l'Afrique en 1991.
La pénurie alimentaire a entraîné une série d'appels
internationaux à l'aide
alimentaire pour les près de quatre millions d'habitants du sud
du pays.
En novembre de l'année dernière, les agences d'aide en service
dans la
région ont signalé au sud de la Somalie une crise alimentaire
imminente qui
affectait plus de 700.000 personnes parmi lesquelles 300.000
étaient très
exposées au risque.
Au début de ce mois, les agences ont encore signalé une
imminente
catastrophe humanitaire surtout au Sud où les chefs de guerre
rivaux luttent
pour imposer leur suprématie.
Après avoir signalé que l'aide alimentaire ne suffisait pas pour
éviter la
combinaison mortelle de la guerre, de la sécheresse et d'une
économie en
ruine, les agences ont sollicité une assistance médicale ainsi
que des
outils et des graines agricoles pour préparer la communauté pour
les longues
pluies attendues en avril.
L'Unicef d~ que les messages destinés à réduire la propagation
de la
maladie sont diffusés par des haut-parleurs dans des moquées,
sur
l'initiative des responsables religieux.
L'eau de rivière est aussi chlorurée aux sources, avant d'être
transportée
par sur des chariots à traction animale. L'Unicef affirme avoir
rendu
disponibles des sachets de sel de réhydratation orale et des
médicaments
dans des centres de santé à Bardere et à Kismayo, où certaines
agences
d'aide ont créé un hôpital communautaire.
Une équipe spéciale composée de plusieurs agences d'aide a été
formée en
novembre de l'année dernière pour contrôler la situation. Elle
travaille
aussi sur les programmes de prévention et de contrôle, et gère
des centres
de traitement dans la région affectée.
Pour certains, l'actuelle épidémie de choléra au Sud de la
Somalie n'est
rien d'autre qu'un cercle vicieux d'inondations, de sécheresse
et de
maladies qui frappent la région chaque année. L'année dernière,
l'OMS a
signalé quelque 672 morts et 14800 cas de choléra.
"Le choléra est devenu endémique en Somalie. Il frappe le pays
chaque
saison sèche, lorsque le vibrion cholérique contenu dans les
sources d'eau
se concentre", précise le communiqué de l'Unicef.
Fatuma Jibril de l'agence 'Horn Relief' de Nairobi dit que bien
que la
situation soit plus grave au Sud où la plupart de la population
a été
affaiblie par la sécheresse et l'épidémie de choléra, il y a
également une
grave sécheresse naturelle au nord où la majorité de la
population dépend du
bétail pour vivre.
Aucun décès n'a été signalé au nord où des centaines de bêtes
meurent à
cause de la gravité de la sécheresse.

