AFRIQUE: L'ONU Tente De Mettre Fin Aux Massacres Des Civils

NATIONS UNIES, 19 févr. (IPS) – Les Nations Unies envoient un de
leurs plus
hauts fonctionnaires en Afrique pour tenter de mettre fin au
massacre des
civils pris en sandwich entre des factions en guerre.

Le sous Secrétaire général des Nations Unies, Olara Otunnu,
annonce qu'il
partira à la fin de la semaine pour une mission de bons offices
dans trois
pays troublés dans la région : le Rwanda, le Burundi et le
Soudan.
Il a confié aux reporters mercredi qu'il rencontrerait des
dirigeants
politiques et rebelles pour tenter de les convaincre de mettre
fin au
massacre de plusieurs centaines de milliers de civils –
notamment des femmes
et des enfants – touchés par les conflits prévalant dans ces
trois pays.
Otunnu, le représentant spécial des Nations Unies chargé des
enfants et des
conflits armés, s'est rendu deux fois en Sierra Leone l'année
dernière.
Cependant, il regrette le massacre continuel des civils depuis
la reprise de
la guerre dans ce pays de l'Afrique de l'Ouest. Il se produit
"une tragédie
indescriptible" en Sierra Leone, dit-il en ajoutant qu'il
condamnerait en
"termes extrêmement violents" le massacre des civils.
"On y coupe des membres. Des atrocités massives sont commises
contre les
femmes et les enfants. A cela s'ajoute une destruction aveugle
des
maisons", dit-il.
Otunnu explique que la plupart des atrocités en Sierra Leone
sont commises
par des groupes rebelles qui ont entrepris "la politique de la
terre brûlée".
Interrogé sur les nouvelles selon lesquelles des compagnies
internationales
fournissent des armes pour obtenir en échange un enjeu dans les
ressources
minérales du pays, Otunnu répond en exhortant ces compagnies à
réexaminer
leur propre conscience.
"La guerre sierra léonaise n'est pas la guerre ordinaire des
compagnies. Le
monde des affaires devrait repenser à son propre rôle dans le
conflit",
conseille-t-il.
Préoccupé par le massacre des civils et des agents humanitaires,
le Conseil
de Sécurité a tenu la semaine dernière une réunion spéciale sur
un seul
thème : "La protection des civils dans les conflits armés".
La réunion tenue sur l'initiative du Canada "a fermement
condamné les
combattants qui ciblent délibérément les civils dans les
conflits armés",
et exigé que toutes les personnes concernées mettent fin à de
telles
violations des lois internationales relatives aux droits
humanitaires et
humains".
Le ministre canadien des Affaires étrangères, Lloyd Axworthy,
pense que le
fait de prendre les civils pour des victimes de guerre est aussi
vieux que
le monde, mais le phénomène "n'a jamais pris autant d'ampleur
qu'il prend
au cours de notre siècle". Le nombre d'accidents résultant des
conflits
armés a presque doublé depuis les années 1980. Chaque année, il
y a un
million d'accidentés dont 80 pour cent sont des civils, révèle-t-
il.
Axworthy a parlé de "l'horrible brutalité en Sierra Leone", du
"nettoyage
ethnique et du massacre des non combattants" dans lekans ainsi
que du
génocide dans la région des Grands Lacs de l'Afrique. Il a
suggéré au
Conseil de Sécurité de jouer un rôle plus vibrant pour défendre
les civils
dans les conflits armés.
L'ambassadeur des Pays-Bas, Peter van Walsum, propose la
création d'un
"cadre stratégique" de règles à suivre par les diverses
agences des
Nations Unies qui opèrent dans les situations d'urgence.
Bien que l'article 2, paragraphe 7 de la Charte des Nations
Unies empêche
l'organisation mondiale de s'ingérer dans les affaires internes
des Etats,
l'émissaire hollandais estime que cet article ne devrait jamais
être lu
isolément.
Après tout, les premiers mots de la Charte ne se réfèrent pas à
des "Etats
souverains", mais aux 'peuples" des Nations Unies, rappelle-t-
il tout en
soutenant que le droit à la protection devrait avoir la
préséance sur la
souveraineté des Etats/nations. "La Charte des Nations Unies ne
contient
rien qui autorise un Etat à terroriser ses propres citoyens",
s'exclame-t-il.
Cornelio Sommaruga, le président du comité international de la
Croix Rouge
(CICR), a dit au Conseil que le génocide, le nettoyage ethnique
et les
attaques perpétrées contre les agents humanitaires sont de plus
en plus
fréquents.
La politisation et la dévaluation de l'action humanitaire font
que le CICR a
plus de difficultés que jamais à protéger et à aider les
victimes dans 20
conflits actifs ayant lieu dans le monde aujourd'hui, explique-t-
il.
"Cette tendance insidieuse a été observée dans la région des
Grands Lacs,
en Afrique de l'Ouest, dans les Balkans, dans la région du
Caucase et dans
certains pays asiatiques", constate-t-il. "Nous sommes tous
habitués à
toute l'horreur des conséquences. La souffrance inimaginable
qu'endurent les
populations dans ces régions ne laisse personne indifférent",
ajoute-t-il.
Carol Bellamy, directrice exécutive du Fonds des Nations Unies
pour
l'enfance (UNICEF), a souligné qu'en l'espace de quatre ans, les
activités
de l'UNICEF ont quadruplé, car 15 pays étaient secoués par des
conflits,
mais aujourd'hui 55 pays le sont.
Elle a indiqué que les opérations de l'UNICEF se déroulent
avant, pendant et
après les conflits. "Nous avons alors vu que les mêmes enfants
que nous
avons aidés à nourrir, immuniser et éduquer sont
systématiquement visés et
brutalisés actuellement. Bon nombre d'entre eux sont recrutés et
employés
comme des tueurs, des porteurs et des esclaves sexuels. D'autres
finissent
par être mutilés ou psychologiquement traumatisés", renchérit-
elle tout en
disant que si l'âge minimum du recrutement militaire n'est pas
universellement fixé à 18 ans, "l'exploitation impitoyable des
enfants-soldats continuera".
"Au même moment, il faut reconnaître que les raisons qui
entraînent la
participation des enfants dans les conflits armés sont souvent
les causes
profondes des conflits : il y a la pauvreté, la discrimination,
le
déplacement des populations et la marginalisation. Toutefois,
ces raisons ne
justifient pas l'inaction", ajoute-t-elle.