HARARE, 16 déc. (IPS) – Les festivals de films donnent aux
cinéphiles
africains l'occasion exceptionnelle de voir les meilleures
productions des
cinéastes du continent, mais la mauvaise distribution conduit à
la situation
inverse.
"Les Africains n'arrivent pas à voir les films réalisés pour
eux, parce que
ceux-ci hibernent dans les médiathèques européennes", déclare
Baba Hama,
Secrétaire Général du Festival Panafricain de Cinéma de
Ouagadougou
(FESPACO), une compétition biennale de films africains,
organisée au Burkina
Faso.
"Si les films de Hollywood ont envahi nos écrans, c'est parce
que nous
n'avons pas développé notre propre marché. C'est malheureux que
les films
africains ne soient vus que lors des festivals et dans les
centres
culturels", ajoute Hama qui est venu à Harare briefer les
producteurs de
films sur les préparatifs du FESPACO prévu du 27 Février au 6
Mars 1999.
Le 16ème festival de cinéma, le plus prestigieux du continent, a
pour thème
: 'Le Cinéma Et les Canaux de Distribution En Afrique'. ". . .
En dehors
des problèmes de distribution, nous ne produisons pas assez",
souligne Hama
qui ajoute que les quelques films qui sont produits ne sont pas
achetés par
l'industrie africaine de diffusion.
Hama explique que le thème du festival de 1999 a été
délibérément choisi,
pour montrer que les producteurs de films africains sont prêts à
relever les
défis auxquels ils sont confrontés. "Nous voulons prendre un
tournant
décisif pour conquérir notre marché africain", promet Hama.
Le producteur de films zimbabwéen Steve Chigorimbo estime que
l'industrie
africaine de films est victime "d'une grande absence de
reconnaissance du
cinéma en tant que facteur de croissance et en tant qu'industrie
à part
entière".
Selon Ben Zulu, un autre expert zimbabween du film, la faible
reconnaissance
de l'industrie du cinéma est due au fait que le septième art ne
génère pas
beaucoup d'argent en Afrique. "Beaucoup de films ne sont pas
commercialement viables. Ils ne génèrent pas beaucoup de
recettes".
Le Burkina Faso a déployé des efforts pour promouvoir et
préserver les films
africains. Il y a dix ans, une collection de 40 films a été
présentée à
Ouagadougou comme le premier bilan de la production
cinématographique
africaine.
Aujourd'hui, la médiathèque africaine est dotée d'un centre
moderne de
conservation, où plus de 500 films sont conservés. Une salle de
cinéma de
500 places assises est en chantier.
Selon les organisateurs du FESPACO, l'Afrique doit commencer à
sauvegarder
son héritage cinématographique. "Il est extrêmement urgent que
les pays
africains fassent le bilan de leur héritage cinématographique,
et essaient
de localiser les diverses productions originales qui sont
souvent dispersées
au-delà des frontières du continent", recommande une brochure
du FESPACO
qui annonce le festival de l'année prochaine.
"Il serait bon de créer des mécanismes de coopération Sud/Sud
et Nord/sud,
afin d'encourager et de soutenir les multiples actions
entreprises" pour
sauvegarder l'héritage cinématographique africain, renchérit le
FESPACO.
Créé e9 au Burkina Faso par une poignée de cinéphiles, le
FESPACO est
devenu une institution légale le 7 janvier 1972 au Burkina Faso.
Il cherche
d'une part à favoriser les contacts et les échanges entre les
professionnels
du cinéma et de l'audiovisuel, et d'autre part à contribuer à
l'expansion et
au développement du cinéma africain comme moyen d'expression,
d'éducation et
de sensibilisation.
En 1997, soixante dix-neuf pays ont participé au FESPACO et 4900
personnes
ont été officiellement invitées. Près de 400.000 personnes ont
regardé les
107 longs et courts métrages et les 320 films vidéos projetés.

