JOHANNESBURG, 27 nov. (IPS) – Même en Afrique où le refus
d'accueillir des
réfugiés était inexistant, les portes commencent à se fermer
lentement et
sûrement au nez des réfugiés, annonce le haut commissariat des
Nations Unies
pour les réfugiés (HCR).
Lors d'une conférence de deux jours (tenue les 25 et 26
novembre) sur les
défis auxquels sont confrontés les réfugiés et les demandeurs
d'asile en
Afrique australe, les participants ont écouté une litanie
d'exemples où les
nations ne tolèrent plus la présence des rescapés des conflits
et de la
persécution politique, sur leurs propres territoires.
"Les réfugiés sont confrontés à un mur d'intolérance, à la
résistance et à
un traitement en deçà des normes prescrites par les droits
humains
internationaux et le droit des réfugiés", a souligné un
communiqué publié
pendant la conférence. "Beaucoup de personnes se sont vues
refusés le
statut de réfugiés ou tout autre statut légal".
Le HCR a réuni des intellectuels, chercheurs, économistes,
fonctionnaires
d'Etat et décideurs de l'Afrique australe, afin qu'ils examinent
ces
tendances et leur impact sur la protection des réfugiés. La
conférence de
cette semaine est la troisième du genre organisée dans le monde
entier par
le HCR. Les deux premières avaient été organisées en Asie et en
Europe.
Les participants au séminaire ont essayé de répondre aux
questions telles
que : pourquoi les réfugiés sont-ils de plus en plus perçus
comme étant des
menaces à la sécurité nationale ? Pourquoi le langage des
'intérêts
nationaux' est-il devenu si décisif dans le discours sur les
réfugiés ?
Pourquoi y a-t-il eu une érosion dramatique de la crédibilité de
la
protection des demandeurs d'asile ?
Les politiques restrictives, les mesures administratives et
législatives
prolifèrent dans le monde entier. Dans certains cas, les
protecteurs des
réfugiés, surtout le HCR, n'ont plus les droits et privilèges
dont ils ont
besoin pour faire leur travail.
La survie de ces institutions mondiales d'asile et de protection
des
réfugiés est en jeu, car les nations construisent des barrières
pour
restreindre la libre circulation des peuples.
C'est un sujet préoccupant, car il s'agit d'une violation "des
droits
humains des couches les plus vulnérables", déclare le directeur
de la
protection internationale du HCR, Dennis McNamara.
Le HCR explique qu'il y a des cas où certains Etats refusent de
faire face à
leurs obligations humanitaires, tandis que d'autres créent des
lois pour
garder les demandeurs d'asile hors de leurs frontières.
Ces mesures sont encouragées par un électorat qui devient de
plus en plus
xénophobe. Cette année, plus de 10 réfugiés ont été tués en
Afrique du sud
où une vague violente de xénophobie est constatée. Certains
Etats
considèrent les droits des réfugiés sont une menace pour les
intérêts nationaux.
Les immigrés clandestins et les réfugiés sont rendus coupables
de tous les
maux sociaux tels que les crimes, le chômage et la propagation
des maladies
dans leurs pays d'adoption.
"Il faut sig que dans les pays – comme l'Afrique du sud – qui
adoptent
actuellement des lois sur les réfugiés ou dans d'autres pays –
comme le
Botswana, le Malawi et le Zimbabwe – où la législation est en
cours de
révision, des régimes plus stricts sont clairement favorisés
par les
gouvernements", a déclaré le directeur du HCR pour l'Afrique
australe,
Nicolas Bwakira, lors de la conférence.
"Il y a une très curieuse contradiction entre l'unité
africaine, la
solidarité de l'Afrique australe et tous les problèmes qui
auraient dû nous
lier d'une part, et, d'autre part, les pires espèces
d'expression xénophobe
dans cette région", affirme Ibbo Mandaza de l'institut régional
des études
de politique générale de l'Afrique australe, dont le siège est à
Harare.
Mandaza estime que ce qui rend l'Afrique australe si xénophobe,
c'est
peut-être l'infrastructure bien développée dont elle a hérité de
la période
coloniale. "Nous ne voulons pas partager ce que nous pensons
avoir hérité
des Blancs avec d'autres Africains".
Un autre facteur est le développement économique inégal du
continent qui
attire les personnes vers le sud. Etant donné que les médias
utilisent la
notion imaginaire de 'vannes' ouvertes aux étrangers, les
nations hôtes
deviennent intolérantes.
Il y a plus de 15 millions de réfugiés dans le monde entier. Ces
réfugiés
sont produits par plus de 35 conflits. En Afrique, la plupart
des demandeurs
d'asile proviennent de l'Ethiopie, du Burundi, de la République
démocratique
du Congo (RDC), du Rwanda, du Nigeria et de la Somalie.
Depuis la fin de la Guerre froide et de l'apartheid, "il est
difficile
d'identifier les bons et les mauvais types", commente McNamara.
Les intervenants à la conférence ont réitéré la nécessité pour
les
dirigeants d'éviter les conflits en se concentrant sur la bonne
gouvernance
et le développement économique de leurs pays.
"La plupart des conflits se produisent lorsque les dirigeants
créent des
guerres pour faire des affaires", dénonce Horace Campbell de
Syracuse
University. "Si les gouvernements dépensaient plus d'argent sur
l'éducation, la santé et l'eau, nous n'aurions pas de
réfugiés".
"Si tous ces dirigeants qui luttent en RDC dépensaient sur le
SIDA et le
chômage autant d'énergie et d'effort qu'ils dépensent sur la
guerre, nous
n'aurions pas tous les problèmes que nous avons", pense
Campbell.

