NIGERIA: Le Pays Elaborera Une Constitution Qui Gardera L'armée Dans les Camps

ABUJA, 19 Nov. (IPS) – Pour la quatrième fois depuis
l'indépendance du pays
en 1960, les Nigérians essayeront d'élaborer une constitution qui
donnera
une chance à la démocratie et gardera les militaires à leur place,
c'est-à-dire dans les camps.

Le projet de constitution, qui fait actuellement l'objet d'un
débat, servira
d'antidote efficace contre une éventuelle confiscation du pouvoir
par l'armée.
Le débat est coordonné par une commission composée de 24 membres
et coiffée
par Niki Tobi (58 ans) de la Cour fédérale d'appel d'Abuja, la
capitale.
Le débat a vraiment commencé cette semaine par une proposition des
dispositions du document qui devrait guider et protéger la
quatrième
tentative de démocratisation du pays.
D'après Tobi, tous les aspects du projet, préparé par la
conférence
constitutionnelle de 1995 tenue sous le défunt chef d'Etat Sani
Abacha, ont
fait l'objet d'un débat. Conformément au projet de constitution
qui a levé
l'interdiction faite à toute activité politique en 1995, le
gouvernement a
annoncé un programme triennal de transition vers un régime civil,
et
l'investiture d'un nouveau président le 1er octobre de cette année-
là.
Cependant, seuls cinq partis politiques ont été autorisés par les
autorités
à se faire enregistrer. En outre, leur décision de choisir Abacha
comme leur
seul candidat n'a fait que confirmer les suggestions selon
lesquelles ils
étaient quelque peu liés ou manipulés par son régime.
La commission Tobi chargée de la coordination des débats
constitutionnels,
espère que les militaires feront partie de la pléthore des groupes
nationaux
qui participeront à l'audience spéciale prévue pour les 8 et 9
décembre à
Abuja.
Le Nigeria a eu des régimes militaires pendant près des trois
quarts de ses
38 années d'indépendance. Les élections de 1993 devaient amener un
gouvernement civil, mais les résultats ont été annulés par l'armée
et
Moshood Abiola, l'homme qui avait, selon beaucoup de gens, gagné
ces
élections a été emprisonné et accusé de trahison, après s'être
proclamé
vainqueur.
Les actuels sentiments anti-militaires indiquent que les débats
feront des
propositions sur la façon de placer les militaires dans les
casernes. Des
neuf gouvernements que le Nigeria a eus depuis son indépendance,
seuls deux
ont été élus. Mais, ces deux ont été balayés par des coups d'Etat
militaires.
Les militaires eux-mêmes sont apparemment très bien au courant de
ces
sentiments. Dans un discours fleuve prononcé pendant la conférence
organisée
par le chef d'état-major cette année-ci, un membre du conseil
provisoire de
gouvernement, le major général Ishaya Bamaiyi, a reconnu que la
politique et
la gouvernance ne sont pas les rôles légitimes de l'armée.
Le rôle secondaire des militaires dans l'élaboration de la
constitution
"les empêche absolument de fomenter des coups d'Etat ou toutes au
tentatives de sabotage de l'autorité civile", a signalé Bamaiyi,
le chef
d'état-major de l'armée nigériane.
"Ceux d'entre nous, qui ne veulent plus jouer le rôle qui nous
est confié
par la Constitution ou qui ne sont plus d'accord avec la
réglementation
actuelle du service militaire, sont tout à fait libres de quitter
la
profession", a suggéré Bamaiyi lors de la conférence tenue dans
la ville de
Jos au Nigeria.
Le chef d'état-major a rappelé à ses troupes : "pendant que nous
gardons
l'uniforme, la société espère que nous obéirons et respecterons la
Constitution".
Dix villes ont été choisies, pour abriter des audiences publiques
sur le
projet de constitution qui, selon beaucoup de gens, est peut-être
une copie
conforme de la Constitution de 1979 plus ce qui est actuellement
connu sous
le nom de domaines 'non explorés'.
Tobi espère que le public contribuera aux débats considérés par
des
personnages clé du gouvernement comme l'une des empreintes du
gouvernement
d'Abdulsalami Abubakar. Il espère la participation enthousiaste
du public
aux audiences ainsi qu'aux ateliers et séminaires.
"Le Nigeria fait une nouvelle fois la transition d'un régime
militaire vers
une politique démocratique", a souligné Tobi.
Il croit que la "Constitution marque le point de départ de cette
importante
entreprise, et la commission exhorte tous les Nigérians de
l'intérieur et de
l'extérieur à profiter de ces débats pour faire partie du
processus
d'élaboration de la Constitution".
Le juge de la Cour d'appel a assuré les Nigérians que le projet
soumis aux
débats est le projet authentique présenté en juin 1995 par la
conférence
constitutionnelle qui l'a rédigé.
Ce projet déjà publié dans plus de 10 journaux, avait fait l'objet
de
controverses bien avant le début des assises de la conférence de
1994. En ce
moment, l'opposition de la nation à l'annulation de l'élection
présidentielle de 1993 était à son comble et il y avait également
l'arrestation du vainqueur, feu Abiola.
Malgré cette opposition, la conférence a tenu ses assises pendant
un an pour
produire le document. Selon les rumeurs, le document a peut-être
été
falsifié, après sa présentation au gouvernement en juin 1995, pour
satisfaire les caprices de la dictature d'Abacha.
Ces débats nationaux sont susceptibles de refléter à une petite
échelle un
tel cynisme, parce que les Nigérians considèrent l'adoption d'une
constitution comme la première étape décisive avant le retour à la
démocratie.
La commission Tobi a seulement jusqu'au 31 décembre pour présenter
un
nouveau projet au gouvernement qui va ensuite l'examiner et
demander
l'approbation du conseil provisoire de gouvernement.
Le juge Tobi a rapporté que parmi les questions examinées, il y a
dans le
projet le principe de la rotation et de la localisation des
services
publics. Ce principe permet de dissiper les peurs liées à la
domination
politique et à la marginalisation des groupes.
Pendant les 38 années d'indépendance du pays, la question de la
domination
d'un groupe ethnique par un autre, surtout dans les sphères
économiques et
politiques, a dominé les discours public au point de devenir
parfois une
distraction nationale.
La peur de la domination est, selon les analystes politiques, à la
base de
l9cente violence intra ethnique qui a particulièrement eu lieu
dans le
delta du Niger, la région pétrolière du Nigeria.
Selon certaines sources provenant d'Abuja, le gouvernement
recherche la
meilleure façon de cultiver le sens de l'appartenance (à une même
nation)
dans toutes les couches de la société, grâce aux manuvres
politiques, tout
en restant fidèle aux idéaux de démocratie.
Les domaines non explorés du projet, qui n'étaient pas inclus dans
les
précédentes constitutions, concernent les mérites et les démérites
de la
disposition relative aux multiples vice-présidents.
Le président Abubakar a cherché à aider le débat la semaine
dernière
lorsqu'il a demandé : "dans quelle mesure l'idée des multiples
vice-présidents est-elle pratique, compte tenu de notre expérience
de la
deuxième République (1979-83) où il y avait un seul vice-président
et un
gouverneur adjoint sous la Constitution de 1979 ?