JOHANNESBURG, 19 Nov. (IPS) – Cette semaine, le ministre sud-
africain des
Affaires étrangères n'a pas caché le fait que les rebelles,
cherchant à
renverser le gouvernement du président Laurent Kabila, sont à
l'intérieur du
pays, mais il a soutenu que Pretoria est demeuré un médiateur
neutre dans le
conflit qui sévit actuellement en République démocratique du Congo
(RDC).
Dans un communiqué rendu public mardi, le ministre des Affaires
étrangères,
Alfred Nzo, a dit que l'Afrique du sud attire les gens de toutes
catégories
et de toutes communautés parce qu'elle a une démocratie
constitutionnelle
qui ne peut pas empêcher ces gens d'entrer dans le pays.
Il a ajouté que les responsables du gouvernement sud-africain
avaient, à la
demande de la région, rencontré les rebelles du Rassemblement
congolais pour
la démocratie, afin de trouver une solution à la guerre en
République
démocratique du Congo.
Nzo a précisé que la présence des rebelles en Afrique du sud ne
signifie pas
que le gouvernement les soutient.
Le ministre sud-africain des Affaires étrangères réagissait à une
accusation
faite par le ministre des Affaires étrangères de la RDC, Jean-
Charles Okoto
Lolakombe, qui était en visite dans le pays. Selon Lolacombe,
Pretoria
héberge les membres du mouvement rebelle.
Alors qu'il est en Afrique du sud dans le cadre d'une visite
officielle de
deux jours, Okoto Lolakombe a confié à IPS que c'est la présente
situation
qui empêche la RDC de considérer l'Afrique du sud comme un
médiateur honnête
dans le conflit ayant lieu dans son pays dévasté par la guerre.
Le ministre des Affaires étrangères de la RDC a déclaré que les
rebelles
cherchant à déposer le président Kabila ont été accueillis par
l'Afrique du
sud et ont lancé leur offensive à partir de là. Le président
Kabila a
également dit que l'Afrique du sud, qui assure la présidence de la
communauté de développement de l'Afrique australe (SADC), est
entrain
d'armer les rebelles.
En sa double qualité de présidente du Mouvement des pays non
alignés,
l'Afrique du sud a aussi été critiqué à cause de la présence des
Tigres
Tamil d'Eilem sur son territoire. Ces Tigres essaient de renverser
le
gouvernement de Chandrika Kumarantunga au Sri Lanka.
Les rebelles congolais ont même un site (Web) en dehors de
Johannesburg. Le
site des 'forces de la liberté' cherche à "mettre fin à toutes
formes de
dictatures, en instaurant un Etat de droit et la bonne
gouvernance",
affiche le site.
Le site indique également que son objectif est de créer un lien
interactif
et une occasion pour échanger des idées ou des suggestions et
aussi pour
envoyer des messages aux "leaders des forces de la liberté".
"Vous y trouvez les dernières informations sur les forces
congolaises de la
liberté. Ces informations vont de leur première déclaration
politique
jusqu'à leur dernier communiqué de presse", précise le site.
L'Afrique du sud utilise le canal diplomatique pour écouter toutes
les
parties impliquées dans le conflit congolais ; tanue le Zimbabwe,
la
Namibie et l'Angola, se sont joints aux troupes du gouvernement de
la RDC
pour lutter contre les rebelles. L'Afrique du sud a préconisé le
retrait de
toutes les forces étrangères de la RDC où le gouvernement en place
déclare
que les rebelles sont soutenus par les forces rwandaises et
ougandaises.
Plusieurs groupes de l'opposition congolaise mènent des opérations
ou ont
des représentations en Afrique du sud. Il y a quelques mois, la
Coalition
démocratique congolaise a embarrassé les responsables sud-
africains
lorsqu'elle a pris la parole pendant une conférence de presse lors
du sommet
du mouvement des pays non alignés, alors qu'elle n'était ni
accréditée ni
autorisée.
L'union pour la démocratie et le progrès social est présente en
Afrique du
sud depuis des années. A l'origine, elle était opposée au
gouvernement du
défunt président Mobutu Sese Seko, mais, actuellement, elle est
opposée au
régime de Kabila.
En tant que troisième plus vaste pays africain, la RDC est d'une
importance
stratégique car elle a des frontières communes avec neuf pays
situés dans
les régions méridionale, centrale et orientale de l'Afrique. Ces
pays sont :
l'Angola, le Burundi, la République Centrafricaine, le Congo-
Brazzaville, le
Rwanda, le Soudan, la Tanzanie, l'Ouganda et la Zambie.
Depuis qu'il est devenu un Etat moderne, la RDC a été victime de
l'intervention étrangère, à cause de son énorme richesse
économique,
notamment ses gisements de diamant. Par exemple, jusqu'en 1986,
date à
laquelle elle a été rattrapée par l'Australie, la RDC (l'ex-Zaïre)
était le
premier pays producteur de diamant industriel au monde.
L'actuel conflit congolais a éclaté le 2 août, moins d'une semaine
après que
Kabila a pris la décision de renvoyer tous les officiers de
l'armée
rwandaise se trouvant dans le pays. Cette décision a provoqué la
fuite de
tous les officiers supérieurs Tutsis de Kinshasa, la capitale et
le siège du
gouvernement.
"Au plan intérieur, la guerre est essentiellement due à
l'incapacité de
Kabila à combler les espoirs du peuple et à prouver que son régime
sera
radicalement différent de la dictature de Mobutu", a expliqué
George
Nzongola-Nt alajale, professeur congolais résidant aux Etats-Unis,
dans un
essai qui a été récemment publié sur les événements en RDC. Feu
Mobutu Sese
Seko a été démis par Kabila et ses forces, l'année dernière, après
plus de
30 années de règne.
"Les griefs que les rebelles ont contre Kabila sont partagés par
plusieurs
franges de la population congolaise. Cependant, le fait qu'ils
soient
parrainés par le Rwanda et l'Ouganda et la présence dans leurs
rangs de
proches collaborateurs de l'ancien président Mobutu, ont diminué
leur
crédibilité politique.
"Même s'ils gagnent la guerre par la force des armes, ils auront
des
difficultés à diriger une population fondamentalement hostile qui
les
perçoit comme des agents des puissances étrangères", prédit
Nzongola-Ntalaja.

