DAKAR, 19 Nov. (IPS) – Les feuilles de papier jetées, les peaux de
fruit,
les vieux tissus et d'autres objets font désormais partie du décor
de cette
ville ouest africaine où presque toutes les rues sont couvertes
d'ordures et
les poubelles pleines ne sont pas vidées pendant plusieurs jours.
Dakar produit environ 400.000 tonnes d'ordures par an, selon les
chiffres
officiels. Les groupes des jeunes qui essaient d'aider les
autorités
municipales à se débarrasser de ces ordures, ont les mains
pleines.
Ces jeunes sont des membres de certains groupements de quartiers
appelés GIE
(groupements d'intérêts économiques). Ce sont les derniers soldats
d'infanterie dans la guerre que Dakar mène contre ses ordures
depuis
plusieurs années.
Depuis 1996, les autorités municipales ont signé des contrats de
cinq ans
avec environ une douzaine de GIE qui prennent 1000 francs CFA
(environ 1,80
dollars US) pour ramasser les ordures et les emmener à Mbeubeus.
C'est une
décharge à l'air libre, située au Nord-est de la capitale. Toutes
les
ordures non traitées de Dakar sont déposées là, avant d'être
tamisées,
ramassées et recyclées.
"Trente cinq à quarante pour cent de ces ordures sont ramenées
par ceux qui
font le recyclage, et tant qu'aucune mesure adéquate n'aura été
prise contre
ce recyclage sauvage, nous ne serons jamais capables de nettoyer
Dakar",
affirme le maire de la capitale, Mamadou Diop.
La décharge créée au début des années 1970, est située au-dessus
du
principal réservoir souterrain d'où provient l'eau potable qui
alimente la
grande partie de la banlieue dakaroise. Avec une longueur de
quatre
kilomètres et une largeur d'un kilomètre, elle a depuis dépassé sa
capacité.
Après avoir fermé les yeux sur la situation depuis des années, les
autorités
considèrent actuellement que c'est une menace grave pour
l'environnement.
"Cette décharge est devenue une catastrophe naturelle", affirme
Diop. "Il
y a quelques années, elle était située à près de 15 km de la
ville.
Maintenant, compte tenu de son extension, Dakar est en passe de
l'absorber
et c'est cela le danger réel".
Le ministère de l'Environnement et de la Protection de la Faune
essaie de
chercher les moyens de résoudre le problème. La municipalité a
l'intention
de créer une nouvelle décharge à Thiès (70 km d'ici), mais presque
tout le
monde, y compris les autorités municipales, reconnaît qu'une
solution plus
viable devra être trouvée pour faire face au dilemme que
représente la
gestion des déchets de la capitale.
"Depuis des années, nous essayons de voir comment assurer le
traitement des
ordures", déclare Diop. "Avant la dévaluation du franc CFA, nous
avions
décidé de créer trois usines de traitement des ordures, et cela
nécessitait
sept milliards de francs CFA.
Cependant, la municipalité a abandonné le projet après que le CFA
a été
dévalué de 50 pour cent en janvier 1994. "C'était devenu très
cher et nous
n'avions pas les moyenle mettre en application", explique Diop
avant
d'ajouter que sa mairie a actuellement besoin de l'aide
internationale pour
créer un système de traitement des ordures.
Entre temps, elle a demandé à une ferme de consultants canadiens
de faire
une étude de faisabilité sur une usine de traitement des ordures à
Dakar,
une ville qui fait aussi face au problème des nombreux canaux qui
y sont
éparpillés. Certains d'entre eux sont même découverts. La
municipalité
dépense environ 12 millions de francs CFA par mois pour les
nettoyer.
Elle dépense encore 300 millions de francs CFA pour ramasser les
ordures
ménagères chaque mois. Ce montant équivaut à 535.000 dollars, si
on tient
compte du cours actuel du dollar qui vaut 560 francs CFA. En fait,
c'est une
maigre somme, par rapport à l'argent nécessaire, ont annoncé les
autorités
municipales.
Elles pensent rassembler les fonds dont elles ont besoin en
imposant une
taxe. "Nous devons faire comprendre aux gens que les ordures ne
se
ramassent pas gratuitement", déclare M. Touré, l'adjoint au maire
de Dakar,
chargé de l'administration et de la logistique.
L'Etat avait l'habitude de ramasser les ordures jusqu'en 1968 où
il a décidé
de confier la gestion des ordures de la ville de Dakar à la
municipalité.
Au cours de cette même année, les autorités de la ville ont créé
une
entreprise commune – 'la société africaine de développement
industriel et de
promotion' (SOADIP) – pour nettoyer la capitale et ses environs,
mais cette
société a eu des problèmes et a été dissoute en 1983.
Une autre structure créée en 1985 pour la remplacer – la 'société
industrielle et d'assainissement du Sénégal' (SIAS) – a connu le
même sort
une décennie plus tard et a fermé ses portes en 1995.
"Ces sociétés avaient le monopole du ramassage des ordures et
nous avons
réalisé que leur monopole était la principale cause de leur
échec",
explique Diop. "Pour nous assurer que cela ne se répète pas, nous
avons
changé de stratégie".
C'est en ce moment que la municipalité a confié la gestion des
ordures
ménagères aux GIE, après avoir été inspirée par la brève
expérience d'une
campagne appelée 'Set Setal'.
Lancée en 1990 par la municipalité, 'Set Setal' (qui signifie
littéralement
'soyez propres et assurez la propreté' en Wolof), est très vite
devenue
populaire dans tout le pays, même dans les prisons.
Pendant deux ans, les associations sportives et culturelles
passaient les
vacances scolaires et les week-ends à nettoyer leurs quartiers.
Les rues
étaient balayées et les mûrs étaient peints. Par ailleurs,
rappelle le
maire, elles le faisaient gratuitement. Tout ce qu'elles
obtenaient de la
municipalité, c'était des outils tels les perches, râteaux et
brouettes.
"Cette expérience a montré que nos politiques ne peuvent aboutir
que si
nous impliquons la population", estime Diop. "C'est ce que nous
essayons
de faire, mais cette fois-ci nous donnons aux jeunes l'occasion de
gagner un
peu d'argent".

