PARI, 13 oct. (IPS) – Les parlementaires européens en appellent à
une
conférence mondiale visant à protéger l'Afrique contre
l'envahissement des
industries biotechnologiques fuyant des contraintes sévères dans
l'espace
européen.
La réglementation mise en place par l'Union Européenne pour mettre
de
l'ordre dans l'industrie de la biotechnologie en plein essor et
surtout
protéger le consommateur face aux multiples incertitudes qu'elle
traîne
encore, dérange les opérateurs qui sont à la recherche de nouveaux
espaces
pour exercer librement leurs activités.
Les industriels et les chercheurs en biotechnologie font déjà
courir le
bruit d'une délocalisation qui aurait l'Afrique pour
destination, afin
d'outrepasser la directive européenne qui interdit la manipulation
génétique
de plusieurs éléments.
La législation européenne sur l'industrie de la biotechnologie
interdit,
entre autres, la manipulation du corps humain aux différents
stades de sa
constitution et de son développement, ainsi que la simple
découverte d'un
de ses éléments y
compris la séquence totale ou partielle d'un gène.
Les procédés de clonage humain et de modification de l'identité
génétique
germinale de l'être humain, les méthodes permettant d'utiliser
des embryons
humains ainsi que la reproduction artificielle des embryons
humains
possédant la même information génétique qu'un autre être humain
vivant ou
décédé, sont interdits en Europe.
D'autres interdictions incluent les inventions dont l'exploitation
ou la
publication serait contraire à l'ordre public ou aux bonnes
murs, les
procédés de modification de l'identité génétique des animaux de
nature à
provoquer chez eux des souffrances ou des handicaps corporels sans
utilité
médicale substantielle pour l'homme ou l'animal ainsi que des
animaux issus
de tels procédés.
La manipulation des variétés végétales et des races animales,
ainsi que les
procédés essentiellement biologiques d'obtention de végétaux ou
d'animaux ne
sont pas autorisés en Europe.
C'est dans le but de contourner cet arsenal juridique que des
multinationales opérant dans le secteur de la biotechnologie
lorgnent
dorénavant du côté de l'Afrique pour poursuivre leurs activités en
toute
impunité. Les multinationales se basent sur le principe de la
chute des
barrières commerciales et de la libre circulation, édicté par
l'Organisation
Mondiale du Commerce (OMC).
Mais certains parlementaires européens voient en la délocalisation
de ces
industries, un danger pour l'Afrique.
Catherine Lalumière, présidente de l'Alliance Radicale (AR) au
Parlement
européen à Strasbourg, estime en effet qu'avec les moyens
modernes de
communication, le risque est grand de les voir débarquer là-bas
pour mener
des recherches et des activités interdites ailleurs.
Elle en appelle à l'Organisation des Nations Unies (ONU) pour
l'organisation
d'une rencontre mondiale qui regrouperait décideurs, chercheurs,
industriels, comités de bioéthique et de défense des droits de
l'homme en
vue de l'élaboration d'un code international de bonne conduite.
Ses homologues parlementaires de diverses tendanui emboîtent le
pas.
Gijs De Vries des Pays-Bas, en fait un impératif. Au cas
contraire, dit-il,
"les sciences de la vie dont le but était jusqu'à présent de
défendre
certaines valeurs fondamentales, deviendraient des sciences de la
mort dans
un continent qui doit faire face à d'autres problèmes".
L'enjeu des assises souhaitées est d'autant plus important qu'en
plus des
questions éthiques comme les manipulations sur les gènes
humains, les biotechnologies sont devenues une affaire de gros
sous.
Rien que dans l'espace européen, le marché lié à ces sciences
dépassera,
dans deux ans, 80 milliards d'écus, alors qu'il atteignait à
peine 10 milliards en 1997.
1 écu équivaut à 1,2 dollars américains.
Carlo Casini du Parti Populaire Européen, croit quant à lui que
"l'urgence
de la rencontre n'est plus à signaler si l'on espère encore
trouver des
solutions pour faire face à l'invasion des organismes
génétiquement modifiés
(OGM), et aux progrès fulgurants accomplis chaque jour dans les
recherches,
auxquels bien
sûr, l'Afrique n'est pas préparée".
"Que feraient ces multinationales si une crise comme celle de la
vache
folle éclatait dans cette partie du monde" s'interroge Casini.
Il se réfère en outre aux Etats-Unis réputés avoir "le système
alimentaire
le plus sûr du monde" selon l'expression de Bill Clinton,
président des
USA, mais où des millions de cas d'intoxication alimentaire
continuent
d'être signalés en moyenne chaque année à la Food and Drug
Administration,
l'organisme américain chargé de la sécurité alimentaire.
L'Allemand Willi Rothley, Vice-président de la Commission
Juridique et des
Droits des Citoyens au Parlement Européen reconnaît lui aussi la
nécessité
d'un tel conclave. Mais il demande que l'on tienne compte du fait
que
l'installation de ces industries dans le continent africain peut
améliorer
la vie des consommateurs en leur fournissant une nourriture de
qualité et en
les maintenant en bonne santé.
"De plus, la création des milliers d'emplois serait à prévoir. Il
s'agit
donc, en se réunissant, "de distinguer ce qui peut être utile de
ce qui
peut être source de péril pour ces pays", indique-t-il.
Au-delà de cette nuance, un autre point de convergence des
Parlementaires
européens plaide en faveur de l'appel de Catherine Lalumière pour
une
réglementation mondiale.
Il concerne l'avenir des produits agricoles comme la banane, la
tomate, les
oranges des pays africains sur le marché international, face à
l'hégémonisme -qu'on envisage- durable des OGM. Le fait que, dans
son
centre de Tours en France, Nestlé, un des géants du commerce des
OGM, est en
train de mettre au point différentes espèces transgéniques des
cultures de
rente telles que le café, le cacao, constitue une menace pour les
économies
africaines.
Mais le désavantage ne s'arrête pas là. D'après Wilfried
Telkamper, député
allemand et membre du groupe des Verts à Strasbourg, au cours des
deux
prochaines années, le commerce de médicaments et des produits
chimiques
représentera respectivement 23, 9 et 14,6 milliards d'écus en
Europe. Or,
"83% de la biodiversité et 80% des ressources nécessaires aux
inventions
biotechnologiques se trouvent regroupées dans les pays d'Afrique
en
particulier et du Sud en général.
"Nul nre que ces ressources sont très souvent exploitées sans
l'accord
des populations locales. Il faut donc se mobiliser pour une tenue
rapide de
cette rencontre qui pourrait édicter des principes qui
permettraient à ces
populations de tirer profit de l'exploitation de leurs
patrimoines",
indique le député Allemand.
Certains observateurs ne voient, dans cet élan de solidarité avec
l'Afrique,
que le désir de l'Europe d'avoir des appuis dans un marché des
biotechnologies où la concurrence avec les Etats-Unis, ténor du
secteur,
fait rage.
Dans cet ordre d'idée, d'autres observateurs ne manquent pas de
faire
remarquer qu'au moment où les députés s'activent à Strasbourg
pour la
concrétisation
de ce sommet mondial sur les biotechnologies, la Commission
Européenne à
Bruxelles en Belgique, prévoit de financer 152 projets liés au
développement des
biotechnologies pour une enveloppe globale de 206 milliards
d'écus.
Cette dotation est appelée à augmenter dans la perspective de
l'application
de son programme cadre de recherche 1999-2002.

