ANTANANARIVO, 10 sept. (IPS) – Alors qu'il est noté un engouement
de plus en
plus spectaculaire pour le concept de la mondialisation, certains
leaders
politiques et économiques africains ne cachent plus leur
préférence pour les
échanges interrégionaux, au détriment d'une concurrence mondiale
au sein de
laquelle les plus riches dominent forcement les plus pauvres.
Le président malgache, Didier Ratsiraka, a vivement critiqué ce
concept de
développement qui préconise un monde sans barrières commerciales.
" La mondialisation n'est pas une panacée universelle. C'est une
idéologie
totalitaire", a indiqué l'Amiral Didier Ratsiraka, au cours du
Sommet du
Mouvement des Non alignés tenu à Durban, en Afrique du Sud le 3
septembre
dernier.
” Nous sommes contre la mondialisation telle qu'elle est en cours
d'élaboration ", a ajouté Ratsiraka.
Ratsiraka a fustigé les pratiques financières des institutions de
Bretton
Woods, telles la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire
International, ainsi
que l'Organisation mondiale du Commerce, principales forces qui
défendent
le langage mondialiste.
A la place de la mondialisation Ratsiraka et d'autres
observateurs
politiques et économiques africains préconisent l'établissement de
solides
liens commerciaux régionaux, avant de vouloir concurrencer le
reste du Monde.
Des économistes du Congo Brazzaville, soutiennent cette idée.
" On ne peut pas parler du défi de la mondialisation sans qu'au
niveau
local, régional ou sous régional, le libre échange ne soit
garanti. Bien
que les discours officiels en parlent, la régionalisation n'existe
pas",
affirme Jean Baptiste Ondaye, Directeur général de la
réglementation
économique au ministère du Plan.
" Comment parler de la mondialisation pour un continent de
simples
consommateurs ? Avons-nous seulement, au plan local, une
industrie qui
couvre les besoins des nationaux ? Non", ajoute Ondaye qui pense
qu'il est
mieux que les pays développent des échanges interafricains au
lieu de
vouloir à tout prix explorer les marchés des autres continents.
Selon certains observateurs, plusieurs pays ne tiendraient pas
dans le
courant de la mondialisation.
"Pour exporter, encore faut-il produire", affirme Martin Gatsié,
fonctionnaire au Centre congolais du commerce extérieur.
Or, dans le cas du Congo, la production de la Banane, du Café et
du Cacao a
été délaissée en faveur du pétrole, une ressource non renouvelable
et dont
le pays ne contrôle pas les prix fixés par le marché
international.
L'intégration économique régionale n'est pas une nouvelle théorie
en
Afrique. Le Passage de la théorie à la pratique se fait très
lentement. Bien
que quelques régions possèdent des cadres de coopération
économique, le
commerce interrégional ne représente que 2 pour cent du commerce
africain.
Ces cadres régionaux incluent le marché Commun de l'Afrique de
l'Est et
australe (COMESA) qui compte 22 pays membres, la Communauté de
développement
de l'Afrique australe (SADC) avec ses 14 membres, la Communauté
Economique
Des Etats De l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), 16 membres, et la
Communauté
Economique et 9taire de l'Afrique Centrale (CEMAC), 12 membres.
" L'intégration régionale procure plusieurs avantages. Mais
seulement, elle
se prépare. Plusieurs conditions doivent être remplies", explique
Prosper
Palé, économiste congolais.
Selon lui, ces conditions incluent l'élimination des disparités au
niveau
des indicateurs économiques pour une harmonisation de la politique
économique, la stabilité politique, l'Etat de droit et la bonne
gouvernance.
L'une des raisons pour lesquelles les africains critiquent la
mondialisation
est le fait que, avec la chute des barrières commerciales, les
marchés
africains sont inondés de produits étrangers qui occultent les
produits locaux.
En Afrique de l'ouest, les économistes dénoncent déjà les effets
du dumping
effectué sur les produits importés qui envahissent les marchés
locaux.
“Depuis plusieurs années, l'élevage ouest- africain par exemple,
se heurte
à un problème coriace, celui de la concurrence européenne. La
viande
européenne a envahi les étals africains.", indique Michel Amona,
sociologue
spécialisé dans des questions de développement rural.
" A Lomé, on trouve la viande abdominale désossée européenne à
700 francs
le kilo, tandis que la viande locale se vend à 1300 francs le
kilo",
affirme Amona qui pense que cette situation prive les éleveurs
locaux de
débouchés et menace à terme leur activité".
Pour Amona, l'ouverture totale des barrières commerciales détruira
complètement l'effort d'exportation du bétail sur pied des pays du
Sahel
vers les pays côtiers.
Mais, comme un aimant en face du métal, la mondialisation semble
inévitable
pour les pays africains, indiquent certains observateurs.
“La mondialisation était relationnelle. Elle tend à devenir
structurelle.
Voilà le grand changement. Et cela signifie que personne ne peut
plus lui
échapper. Nous sommes sous l'influence du monde", commente Tanko
Diasso,
professeur d'économie à la Faculté des sciences économiques et de
gestion
(FASEG) à l'Université nationale de Lomé.
Loin d'être une malédiction comme l'indique le FMI dans un de ses
rapports,
la mondialisation permettrait aux pays de saisir des opportunités,
quel que
soit leur stade de développement. Certains des aspects positifs
incluent la
diffusion des technologies et le rattrapage accéléré de nombreux
pays en
développement.
" Nous devrions donc militer pour la suppression de toutes les
barrières
commerciales mondiales”, soutient Nathalie Eklu-Natey, économiste
togolaise.
Cependant, nombreux sont ceux qui pensent que l'Afrique part
perdante dans
le défi de la mondialisation.
“Que pèse en effet une Afrique endettée, aux prises avec les plans
d'ajustement du Fonds monétaire international avec ses baisses de
salaires,
réduction des dépenses sociales, et fermeture des entreprises
déficitaires,
face au marché homogène des 800 millions de consommateurs des pays
industriels unis par des habitudes de consommation, des niveaux
de revenus
et d'éducation très proches ?", se demande Douato Soadjede,
enseignant à la
FASEG de Lomé.
“L'Afrique, divisée et politiquement soumise, ne présente aucun
intérêt.
Sauf pour ses matières premières et sa main d'uvre moins chère
qui attirent
les multinationales", déclare un étudiant béninois.

