POLITIQUE RDC.: Un Dirigeant Congolais Jure De Donner Une Leçon Au Rwanda

KIGAL, 7 août (IPS) – Etant donné que les forces rebelles gagnent
du terrain en République démocratique du Congo, le gouvernement
congolais a déclaré jeudi qu'il était effectivement en guerre avec
le Rwanda.

Lors d'une interview accordée à une station radio européenne jeudi
dernier, le ministre congolais de la justice, Mwenze Kongolo, a
déclaré : "Nous irons au Rwanda pour finir la guerre là-bas", le
Congo a été "agressé par le Rwanda".
Cependant, le gouvernement rwandais s'est déclaré peu préoccupé
par ces menaces. Face aux remarques de Kongolo, le porte-parole de
l'armée rwandaise, Emmanuel Ndahiro a affirmé : "un ministre de
la justice ne déclare pas la guerre, n'est-ce pas ? Les Congolais
mettent la charrue avant les boeufs. Ils feraient mieux de finir
la guerre avec les rebelles avant d'affronter le Rwanda".
Ndahiro a réitéré le non-engagement du gouvernement rwandais, mais
il a signalé que les choses pourraient changer compte tenu de
l'évolution de la situation sur le terrain. Il a fortement indiqué
que le Rwanda pourrait déjà avoir un prétexte pour intervenir,
tout en accusant le président Laurent Kabila d'aider les milices
Interahamwe et les soldats des anciennes forces armées rwandaises
(FAR) qui effectuent constamment des raids en territoire rwandais
et posent de graves problèmes de sécurité dans les régions de
Gisenyi et de Ruhengeri, au nord-ouest.
Les FAR et les Interahamwe (appelés ceux qui luttent ensemble dans
la langue Kinyarwanda) ont été accusés d'avoir massacré environ un
million de gens, notamment des Tutsis et des Hutus modérés, au
Rwanda en 1994.
"Nous avons reçu des informations relatives aux problèmes de
sécurité prévalant à la frontière depuis un moment. Nous essayons
de les vérifier. Mais, il n'y a aucun doute maintenant", a
souligné Ndahiro. Il a été jusqu'à accuser les autorités
congolaises de prendre les ressortissants rwandais en otage. Il a,
en outre, ajouté que certains Rwandais auraient été tués.
Ndahiro a nié que la révolte a été orchestrée à partir de
l'extérieur. "Il n'y a aucun miracle dans la situation
actuelle", a-t-il déclaré avant d'ajouter que l'héritage de la
mauvaise gestion et du népotisme suffit amplement pour déclencher
une rébellion.
Les déclarations rwandaises selon lesquelles le pays n'est pas
impliqué dans la rébellion ont été confirmées par l'ancien
ministre des Affaires étrangères de Kabila, Bizima Karaha. Depuis
Uvira, Karaha a souligné : "nous n'avons besoin de personne". Il
a également nié les rumeurs selon lesquelles la rébellion est un
phénomène dirigé par les Banyamulenge, tout en accusant le
gouvernement de Kabila de réduire à une seule tribu une révolte
générale.
Ce sont les Banyamulenge (de l'ethnie Tutsi) qui ont déclenché la
rébellion qui avait renversé le président Mobutu Sese Seko et
amené Kabila au pouvoir en mai 1997.
De vigoureux slogans anti Tutsi et anti Rwandais ont été scandés
lors d'une manifestation pro-Kabila à Kinshasa, jeudi dernier.
Toutefois, les communiqués émanant des environs du Congo, ont
signalé que les rebelles continuent de gagner du terrain. Etant
donné que le gouvernement en place à Kinshasa a apparemment
concédé la perte de Bukavu et de Goma, et compte tenu du fait que
les forces rebelles sont fermement établies à Uvira, l'attention
semble se déplacer vers l'extrême ouest du pays, où la ville
pétrolière de Muenda (au bord de l'océan atlantique) est
clairement visée par les rebelles.
Un porte-parole de l'ambassade des USA a rejeté jeudi les
allégations selon lesquelles des troupes américaines sont entrées
dans la région secouée de Kivu à partir du territoire rwandais.
"Une mission a été dépêchée sur place pour évaluer la situation
interne ; elle n'est jamais allée au Congo", a-t-il juré.
Ses remarques ont été faites après que Washington a mis en garde
les voisins de la République démocratique du Congo contre toute
implication dans la rébellion anti Kabila.