JOHANNESBUR, 14 juill. (IPS) – La récente nomination du ministre
du
Travail sud-africain, Tito Mboweni, au poste de Gouverneur de la
Reserve
Bank, a déjà commencé à secouer les marchés financiers.
Tandis que certains analystes financiers estiment que les
secousses du
marché sont dues au fait que Mboweni sera le premier gouverneur
noir après
Chris Stals, d'autres pensent que c'est son inexpérience qui a
causé la peur.
"Que Mboweni soit noir ou blanc, cela ne gêne pas les marchés,
c'est son
expérience et les relations politiques qu'il représente qui ne
conviendront
pas aux marchés", déclare un agent de change à la bourse de
Johannesburg.
Mboweni a assumé les fonctions de ministre du Travail depuis 1994.
Economiste de formation, il est membre du conseil exécutif du
parti au
pouvoir, le Congrès national africain (ANC), et a eu à livrer des
batailles
à l'industrie à cause des réformes du travail qu'il a proposées.
En général, les industriels n'ont pas apprécié sa nomination, et
le Parti
national (NP) parti d'opposition, l'a traitée de nomination
"imprévisible".
"Cette nomination est un pas extrêmement imprévoyant pour lequel
le pays
paiera cher", affirme Dirk Bakker du NP. "C'est une nomination
politique
qui ne peut être justifiée d'aucune façon par le mérite".
Les 'Nats' (membres du parti national) sont les anciens dirigeants
de
l'Afrique du sud et les architectes de l'apartheid. Stals était
largement
perçu comme un gouverneur indépendant, mais un gouverneur de
l'ancien ordre,
tandis que (la nomination de ) Mboweni est considéré comme faisant
partie
des mesures prises par l'ANC pour consolider son pouvoir.
L'adjoint de
Stals, James Cross, était perçu par le secteur privé et le NP
comme le
meilleur candidat pour le poste.
"En tant que ministre, Mboweni ne peut pas se vanter d'avoir un
palmarès
susceptible de créer la confiance des investisseurs", souligne
Bakker.
"Ses actions et ses lois étaient caractérisées par des
considérations
amicales pour le congrès des syndicats sud-africains et le parti
communiste
sud-africain.
Le rand, la monnaie sud-africaine, a atteint son plus bas niveau,
suite à la
fureur créée autour de la nomination de Mboweni au début du mois
de juillet.
A ce niveau le plus bas, 6,78 rands s'échangeaient contre un
dollar américain.
Au cours des six dernières semaines, le rand a perdu 22,5 pour
cent de sa
valeur. Cette perte est supérieure à ce qu'il avait perdu au cours
de la
dépression historique de 1996. Le principal taux de prêt est aussi
passé à
24 pour cent, un record sans précédent depuis 1985.
La nomination de Mboweni et l'instabilité actuelle, se produisent
à un
moment où le gouvernement se bat pour établir l'équilibre entre
ses
collègues de gauche, tels que les syndicats et les communistes, et
les
défenseurs du libre-échange qui continuent de contrôler et de
tenir les
rênes de l'économie.
Le gouvernement sud-africain dirigé par l'ANC, soutient que la
stratégie de
croissance, d'emploi et de redistribution (GEAR) qui met l'accent
sur la
réduction budgétaire, est son meilleur pari pour accroître la
confiance des
investisseurs et relancer la croissance économique.
Les industriels veulent que la GEAR soit suivie à la lettre, mais
les
puissants syndicats pensent que ce programme d'ajustement
structurel déguisé
continuera à vider la poche des pauvres.
"Toute opposition à la nomination de Mboweni est raciste et la
raison
donnée pour justifier une telle opposition – la présumée nervosité
des
marchés – est réellement l'expression de l'aversion que les
racistes ont
pour l'idée de confier ce poste à un Noir", observe le
commentateur Jon
Qwelane.
"Sachant qu'elle ne peut plus imposer sa volonté raciste par des
moyens
constitutionnels, la minorité essaie d'imposer sa volonté en se
servant de
ses partis politiques racistes et des médias pour tromper les
étrangers à
propos de l'incompétence des Noirs", a écrit Qwelane dans la
colonne d'un
journal de week-end.
Les chefs d'entreprises blancs soutiennent que Stals est un homme
fort à
suivre. Contrairement à Mboweni, il a des années d'expérience et
est très
connu dans les marchés financiers mondiaux.
'Financial Mail', un influent journal sud-africain, trouve,
cependant, que
la nomination est stratégique, malgré la pression immédiate qu'il
y aura sur
le rand.
Selon 'Financial Mail', un gouverneur blanc à la tête de la
Reserve Bank,
n'aurait pas pu créer le consensus nécessaire à une politique
monétaire
saine dans la nouvelle Afrique du sud.

