NAIROB, 10 juill. (IPS) – Les leaders de l'opposition kenyane ont
critiqué
la décision tardive du Président Daniel Arap Moï de créer une
commission
d'enquête sur la violence ethnique qui secoue certaines régions du
pays
depuis 1992.
Le député Oloo Aringo a déclaré cette semaine que la société
civile du Kenya
avait exigé une commission au cours de ces 6 dernières années, et
a
prétendu que Moï a décidé de créer cette commission pour anticiper
sur la
Convention sur la Paix et la Sécurité organisée la semaine
dernière par les
chefs religieux à Limuru, à environ 35 kilomètres à l'Ouest de
Nairobi la
capitale kenyane.
Nancy Baraza, présidente de la fédération internationale des
femmes juristes
(FIDA), section du Kenya, a qualifié la commission de stratagème
inventé par
Moï pour échapper aux investigations relatives aux causes des
conflits dont
son gouvernement est l'auteur.
La commission constituée de trois membres et présidée par Akilano
Akiwumi un
éminent juge kenyan, est composée des juristes Elkana Bosire et
Sarah Odeyo.
C'est la quatrième commission créée par Moï depuis son accession
au pouvoir
en 1978. La première, mise en place en 1983, a enquêté sur la
gestion du
ministre des affaires constitutionnelles d'alors, Charles Njonjo.
La
seconde, créée en 1987, a enquêté sur la corruption, et la
troisième a été
la célèbre commission Ouko de 1990 qui était mandatée pour
enquêter sur la
disparition et la mort du ministre des affaires étrangères et des
relations
internationales d'alors, Robert Ouko.
Tôt cette année, Aringo a pu déposer une motion au parlement pour
créer un
modèle de la commission de vérité et de réconciliation de
l'Afrique du sud.
"Moï s'est rendu compte que les leaders religieux avaient devancé
son
gouvernement en convoquant une conférence qui donne l'impression
que les
leaders religieux sont plus préoccupés par la question de la paix
que son
gouvernement ne l'est", a déclaré Aringo.
Il a laissé entendre que la plupart des auteurs des conflits
ethniques sont
connus. Leurs noms ont été évoqués lors du témoignage fait par des
victimes,
témoignage qui a été publié dans les journaux. Une commission
parlementaire
constituée des députés de l'union nationale africaine du Kenya
(KANU), parti
au pouvoir qui avait enquêté sur les conflits ethniques de 1992, a
également
élaboré un rapport qui compromet les grands politiciens, mais
aucune lumière
n'a été faite sur cette affaire.
La violence a éclaté en 1991, mais les émeutes qui ont eu lieu à
la veille
des élections générales de décembre dernier ont fait plus 1.000
morts, des
milliers de sans abris et affecté l'industrie touristique du
Kenya.
Les députés de l'opposition étaient furieux lorsque Moï a qualifié
la
conférence de Limuru, co-présidée par les archevêques catholiques
et
anglicans Ndingi Mwana wa Nzeki et David Gitari, d'exercice
futile. Le
président kenyan a indiqué que la tenue d'une conférence de paix
n'est pas
nécessaire, étant donné le pays n'a pas connu de guerre civile.
Les intervenants à la conférence ont soutenu que le Kenya était
confronté à
une vague exceptionnelle de conflits ethniques. "Le président a
fait la
sourde oreille. Il a nommé une commission d'enquête pour faire
avorter
cette convention", a laissé entendre Onyango Midi, un ancien
ministre d'Etat.
Jalong'o Okumu, le secrétaire de la conférence, partage ce point
de vue. Il
a indiqué que la commission était trop partiale pour répondre aux
aspirations des kenyans. "Seul l'avenir nous dira si la
démocratie va
réussir au Kenya", a-t-il déclaré.
Des députés tels que Maoka Maore ont indiqué qu'ils croient
fermement que
seule une équipe autre que celle du gouvernement peut découvrir
la vérité
sur les troubles "attisés" par l'administration de Moï.
Le président de l'association des juristes du Kenya (LSK), Nzamba
Kitonga, a
salué l'initiative, mais a déclaré que les Kenyans devraient
exiger la
création d'un tribunal onusien pour enquêter sur les allégations.
"Dès lors que le gouvernement a accepté qu'une enquête soit
faite, nous
avons accepté l'initiative, il devrait aller plus loin en
autorisant un
tribunal onusien indépendant, de mener l'enquête", a-t-il indiqué
dans un
communiqué de presse.
Avant les premières élections multipartites en novembre 1991, la
violence
ethnique a éclaté dans la province agitée de la vallée du rift et
s'est
intensifiée le long de la province de Nyanza, à la frontière avec
la
Tanzanie. Des centaines de personnes ont été tuées car la violence
politique
s'est étendue à l'Est du Kenya et au centre de la vallée du rift.
La violence s'est poursuivie jusqu'en fin 1992 lorsque le Kenya a
tenu ses
premières élections multipartites. Des milliers d'enfants ont été
déscolarisés et des centaines de personnes déplacées doivent être
réinstallées. En août dernier, la violence s'est étendue de
nouveau sur la
côte kenyane, plongeant dans le chaos une économie déjà
défaillante.
Plus de 70 personnes ont été tuées, des milliers de personnes se
sont
retrouvés sans abris et des centaines de personnes sans emploi,
comme
l'industrie touristique s'est effondrée.

