NATIONS UNIE, 22 juin (IPS) – La communauté internationale est à
deux
doigts d'approuver l'interdiction de l'une des armes les plus
meurtrières du
monde : la mine terrestre antipersonnel.
Jeudi dernier, 19 gouvernements, contre seulement trois en
janvier, ont
ratifié la convention relative à l'interdiction des mines
terrestres, au
siège des Nations Unies. Le traité doit être ratifié par un total
40 pays
pour pouvoir entrer en vigueur.
"Actuellement, nous avons atteint près de 50 pour cent des
ratifications
nécessaires, et nous gardons l'espoir que les gouvernements
achèveront la
ratification aussi vite que possible", a déclaré Carol Bellamy,
directrice
du Fonds des Nations Unies pour les enfants (UNICEF).
Des milliers d'enfants ont été tués ou mutilés par les mines
terrestres, et
l'UNICEF a entrepris de faire pression sur les gouvernements pour
les amener
à ratifier la convention. Bellamy est certaine que les 40
ratifications
nécessaires peuvent être effectuées avant la fin de l'année.
"La communauté internationale doit faire en sorte que le traité
sur les
mines terrestres entre en vigueur aussi vite que possible pour
qu'un jour,
ces armes ne deviennent qu'un mauvais souvenir du passé", a-t-
elle affirmé.
Bellamy et le secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan,
ont félicité
jeudi dernier les gouvernements ayant ratifié le traité, en disant
que leur
action donnerait une nouvelle impulsion au processus devant
entraîner
l'entrée en vigueur de l'accord cette année-ci. Les 19 pays ayant
ratifié le
traité incluent le Honduras britannique, la Bolivie, le Canada, la
Croatie,
le Danemark, le Djibouti, les îles Fiji, le Saint Siège, la
Hongrie,
l'Irlande, le Mali, l'île Maurice, le Mexique, Niue, le Pérou, San
Marino,
la Suisse, Trinité et Tobago et le Turkménistan.
"La ratification sera un grand pas vers le déminage du monde", a
souligné
Annan. "Tout retard n'augmentera que le nombre de pertes en vies
humaines
et accroîtra les dépenses à effectuer pour déterrer ces tueurs
silencieux".
Actuellement, 126 gouvernements en tout ont entrepris la démarche
préliminaire de signer le traité qui a été finalisé lors de la
conférence
d'Ottawa (Canada) en décembre dernier.
Annan a exhorté tous les pays signataires du traité à vite le
ratifier. Il
espère que les gouvernements qui ne l'ont pas fait le signeront
désormais.
Certains des grands pays qui ont refusé de signer le traité
comprennent les
Etats-Unis, la Corée du sud, la Corée du nord, la Turquie, la
Grèce, l'Inde,
le Pakistan et l'Israël.
Le traité a été suivi par une série d'actions appelées le
"processus
d'Ottawa". Il interdit l'utilisation, la production, le
développement,
l'acquisition, la vente, l'accumulation et le transfert des mines
terrestres
antipersonnel. Selon l'UNICEF, cette arme meurtrière a tué ou
mutilé
annuellement près de 26.000 civils dont près de la moitié est
composée de
femmes et d'enfants.
Bellamy a fait remarquer que bien que la convention relative à
l'abolition
de ces "armes horribles" est sur le point d'être ratifiée avec
une
"rapidité et une résolution remarquables", la menace des mines
terrestres
persiste toujours. Elle a indiqué que non seulement des dizaines
de millions
de mines ont été posées dans environ 70 pays, mais elles
continuent d'être
posées, "même à l'heure actuelle".
D'après l'UNICEF, les rapports provenant des pays tels que
l'Angola, le
Burundi et la Sierra Leone, indiquent que les mines terrestres
sont toujours
posées au cours des conflits sévissant dans ces pays. En Angola,
par
exemple, les mines terrestres sont réapparues dans les zones déjà
déminées.
"Partout où les mines sont posées, il y une tendance malheureuse
à faire
des enfants et des femmes les principales cibles de la violence
des
conflits", a déclaré Bellamy.
L'Organisation de l'unité africaine (OUA) est, avec ses 53
membres, l'une
des organisations régionales profondément impliquées dans le
mouvement
d'interdiction des mines terrestres. En février, le secrétaire
général de
l'OUA, Salim Ahmed Salim, et Bellamy ont publié un communiqué
conjoint pour
accélérer la ratification du traité en Afrique et pour faire du
continent
une zone complètement déminée.
L'UNICEF est l'agence des Nations Unies qui s'occupe le plus de la
sensibilisation sur les mines terrestres et des programmes d'aide
aux victimes.
L'agence a travaillé étroitement avec d'autres organisations des
Nations
Unies et certaines organisations non gouvernementales, plus
précisément avec
la Campagne Internationale Contre les Mines Terrestres qui, en
1997, a reçu
le prix Nobel de la paix. L'UNICEF soutient ou coopère avec des
programmes
différents dans des pays comme l'Afghanistan, l'Angola, la
Bosnie-Herzégovine, le Cambodge, la Croatie, le Salvador, le
Guatemala,
l'Iraq, le Mozambique, le Rwanda, le Liberia, la Somalie, le Sri
Lanka, le
Soudan et le Yémen.
L'UNICEF utilise une approche à trois dimensions pour lutter
contre les
mines terrestres : IL y a le plaidoyer, la prise de conscience et
la
sensibilisation sur les mines ainsi que l'appui des services de
réhabilitation. L'agence donne des informations sur les mines aux
enseignants, aux assistants sociaux et aux agents de santé
publique.
En Bosnie-Herzégovine, l'UNICEF a distribué une édition spéciale
des livres
comiques de Superman et des posters dans le cadre de la campagne
de
sensibilisation des enfants sur les mines terrestres.
En Angola, l'UNICEF, a formé, conjointement avec l'assistance
norvégienne,
180 instructeurs qui ont donné des informations sur les mines
terrestres à
plus de 300.000 personnes.
En Afghanistan, le pays le plus miné au monde, l'UNICEF a soutenu
une grande
campagne de sensibilisation sur les mines dans 12 districts de
Kabul. La
campagne a été menée dans les écoles, les mosquées et à la radio.

