AFRIQUE-POLITIQUE: Le Sahara Occidental Encore à la Une du Sommet de l'OUA.

OUAGADOUGO, 08 juin (IPS) – La présence du ministre des affaires
étrangères
de la République Arabe Sarahoui Démocratique (RASD) au sommet de
l'Organisation de l'Unité Africaine suscite encore des polémiques
au sujet
de la reconnaissance par les états africains de ce petit Etat de
l'Afrique
du Nord en quête d'une autonomie vis-à-vis du Maroc depuis près de
deux
décennies.

Bien que son drapeau flotte aux cotés de ceux d'autres états
membres de
l'OUA dans la vaste cour de la salle internationale des
Conférences de Ouaga
2000, au contraire de celui du Maroc, la RASD, connue aussi sous
l'appellation du Sahara occidental (ou Sahara espagnol), n'a pas
été
invitée par le Burkina Faso, pays hôte. Le pays ne figure pas
dans la
brochure dédiée à ce 34è sommet de l'OUA qui se tient à
Ouagadougou du 8 au
10 juin.
Pourtant, la RASD a été admise le 25 février 1982 comme membre à
part
entière de l'Organisation, grâce à la reconnaissance de 26 pays
sur 50 que
comptait alors l'OUA. Cette adhésion a entraîné le 12 novembre
1985 le
départ du Maroc de l'OUA et repoussé aux calendes grecques la
cohésion tant
recherchée entre les Etats du continent.
Il a fallu à Mohamed Salem Ould Saleck, ministre des affaires
étrangères du
RASD une invitation du secrétariat de l'OUA à Addis-Abeba, pour
qu'il fasse
déplacement de Ouagadougou.
“En tant qu'Etat membre de notre organisation, il était de notre
devoir
d'inviter la RASD,” indique Salim Ahmed Salim, secrétaire général
de l'OUA.
Pour lui, il n'y a que la Conférence des chefs d'Etat qui est
habilitée à
remettre en cause cette participation de la RASD aux activités de
l'OUA.
Cette attitude du Burkina Faso résume la division qui règne entre
les Etats
membres de l'OUA au sujet de la question de la reconnaissance de
la RASD en
tant qu'Etat indépendant.
Créée le 16 octobre 1982, cette république dirigée par le
président Mohamed
Abdelaziz a été reconnue par 72 Etats de par le monde jusqu'en
1992. Ce
petit territoire situé au sud du Maroc réclame en vain son
autonomie depuis
des dizaines d'années. Le Maroc le convoite pour son sous-sol
riche
notamment en (phosphates). La RASD abrite quelque 220.000
habitants auxquels
on ajoute plus 120 000 militaires marocains. Depuis 1981, un Mur
d'environ
400 km a été érigé par le Maroc pour protéger le Nord du Sahara
occidental
des incursions “meurtrières” du Front polisario, le bras armé du
gouvernement en exil de la RASD.
Bien que la Cour internationale de la Haye ait donné en 1975 son
feu vert
pour un referendum d'autodétermination du peuple sahraoui sous
l'égide des
Nations unies, les négociations butent sur l'intransigeance de
l'une ou
l'autre partie.
Si le Burkina, comme d'autres pays qui ne reconnaissent pas la
RASD
pensent qu'il faut “éjecter” la RASD de l'OUA, d'autres estiment
qu'elle
mérite amplement sa place.
“La présence de la RASD au sein de l'OUA pose un problème de
crédibilité de
notre organisation,” s'insurge Ablasse Ouedrago, le ministre
burkinabé des
Affaires étrangères.
Pour lui, son admission n'est ni plus ni moins une grosse erreur
qu'il va
falloir corrigejour ou l'autre.
“L'article 4 de la Charte stipule que pour être membre, un Etat
doit être
indépendant et souverain. Or la RASD est toujours dans un
processus
d'autodétermination, ce qui signifie clairement qu'elle n'est pas
indépendante, qu'elle n'existe pas,” souligne le chef de la
diplomatie
burkinabé.
“Il s'agira peut-être au cours de ce Sommet de corriger
cette
erreur. D'ailleurs, au plan international, cet Etat n'est reconnu
ni par les
Nations unies ni par la Ligue arabe,” ajoute Ablasse Ouedraogo qui
a été élu
président de la 68e session ordinaire du Conseil des ministres de
l'OUA. Le
Conseil, s'est réuni du 4 au – juin, en prélude au sommet des
chefs d'Etat
du 8 au 10 juin.
En plus de ces arguments, Ouedraogo affirme que plusieurs pays ont
retiré
leur reconnaissance à la RASD, “entraînant ainsi une nouvelle
donne qu'il
faut prendre en compte”.
Cependant, de l'avis de certains délégués, aucun article de la
Charte ne
permet d'exclure la RASD.
“Il est vrai qu'il y a un vide juridique sur cette question, car
même si la
RASD n'est pas indépendante, elle est quand même reconnue par 27
Etats
africains sur les 54 que compte aujourd'hui l'OUA,” affirme un
délégué du
siège de l'Organisation à Addis-Abeba qui a requis l'anonymat.
“C'est parce que cette question est d'une sensibilité extrême que
le
secrétariat général recommande la prudence afin de ne pas jeter
l'huile sur
le feu, car cela pourrait davantage diviser les Etats
participants,”
ajoute-t-il.
Mais cette prudence n'est pas nouvelle. En 1985, lorsque le
Togolais Edem
Kodjo quittait le secrétariat général, il existait une vive
tension au sein
de l'OUA du fait du problème Sahraoui, explique Ide Oumarou,
ancien
secrétaire général de l'OUA.
“Lorsque j'ai succédé en 1985 à Edem Kodjo, l'admission de la RASD
avait
semé un trouble indescriptible au sein de la grande famille
africaine,”
affirme-t-il. “Il y avait non seulement ce problème qui a entraîné
le départ
du Maroc mais aussi l'apartheid, la Namibie et bien d'autres
conflits,”
ajoute Ide Oumarou.
“Même les fonctionnaires étaient touchés par cette crise qui a
empêché à
deux reprises l'élection du secrétaire général après le départ de
Edem
Kodjo. Ils ne travaillaient plus correctement et il a fallu
travailler
d'arrache pied, en laissant de cote la question RASD afin
d'apaiser les
tensions.”
Le roi Hassan II du Maroc a récemment exprimé le désir de son
pays de
siéger à nouveau dans l'OUA, à condition que tout le monde se
montre sage.
En terme clair, le royaume chérifien souhaiterait l'exclusion pure
et simple
de La RASD que ses troupes occupent officiellement depuis le 28
novembre 1976.
Certains observateurs pensent que le retour du Maroc dans les
prochaines
années pourrait provoquer le départ de la RASD. Mais le ministre
des
affaires étrangères de ce pays n'est pas de cet avis.
" C'est une propagande malsaine qui ne sert pas l'unité
africaine. Je
crois que le Maroc viendra. Qu'il soit le bienvenu et qu'il
revienne sans
conditions", a affirmé Mohamed Salem Ould Saleck au cours d'une
interview
accordée à la presse burkinabé.
Dans ce duel que se livrent adversaires et amis de la RASD, l'OUA
ne sait
plus où se placer. Mais force est de reconnaître que les grandes
causes dont
la question palestinienne sont en perte de vitesse sur le
continent. Si densidérations de plusieurs natures y sont à l'
origine, les enjeux
économiques y occupent une place de choix. Ainsi, plusieurs Etats
ont retiré
leur reconnaissance à la RASD, tandis que d'autres ont repris leur
coopération avec Israël.
Les observateurs pensent que l'OUA devrait réviser sa Charte de
1963 au
cours du présent sommet, afin qu'elle puisse jouer pleinement son
rôle.
“Nombre d'organisations ont des Chartes ou textes constitutifs qui
sont
plus que trentenaires et toujours valides dans leur conception
comme dans
leurs principes et leurs modes d'action,” explique Ouedraogo. “En
Afrique
cependant, le contexte qui a présidé à la création de l'OUA a
changé.”