SENEGAL- ECONOMIE: Le secteur de la peche essaie de braver les aleas du marche.

DAKA, 01 mai (IPS) – Le secteur de la peche au Senegal est l'un
des
plus prosperes de l'Afrique de l'ouest. Cependant les armateurs et
les
industriels sont obliges de developper d'autres strategies pour
s?accrocher sur un marche de plus en plus aleatoire.

Chaque annee, pres de 107.000 tonnes de poissons sont exportees
par les
pecheries senegalaises, a destination des marches europeen,
africain,
asiatique ou americain. Ce pays de l'Afrique de l'ouest a ainsi
realisr ainsi chiffre d'affaire de pres de 160 milliards F CFA
en
1997, dans le domaine de la peche.
Les produits halieutiques exportes sont pour l'essentiel des
poissons
soles, thons, sardinelles, espadons, des fruits de mer et autres.
Soixante-quinze pour cent des captures quittent le territoire
national
des leur sortie de l?ocean. L'Europe reste incontestablement le
premier
client de choix du Senegal. En 1997, sur un tonnage global de
112.000
tonnes destinees a l'exportation, plus de 59.000 tonnes etaient
exportees vers le vieux contient, contre 43.400 tonnes a
destination de
l'Afrique, le deuxieme client et 8600 tonnes pour l'Asie et 59
tonnes
pour l'Amerique.
Selon une etude realisee par l'Universite d'Aix en Provence sur
les
potentialites de l'economie senegalaise dans le cadre de l'Union
Economique et Monetaire de l'Afrique de l'Ouest (UEMOA), "le
secteur
de la peche souffre encore d'une insuffisante valorisation des
prises en
depit de sa tres forte presence a l'exportation. Mais ce secteur
est le
plus performant en Afrique de l'Ouest".
Cette etude recense 17 entreprises officiant dans le sous secteur
et qui
ont realise chacune un chiffre d'affaires depassant les 100
millions de
F CFA en 1995, un chiffre d'affaires que l'etude considere comme
en
progression avec plus de 88 milliards de F.CFA en 97 contre 85
milliards
l'annee precedente.
La moyenne de 100 millions de F CFA cache en fait d'enormes
disparites
puisque certaines societes comme Ikagel, la Societe Nationale des
Conserveries du Senegal (SNCDS) ou Senegal Peche depassent les 10
milliards de CA par an, la SNCDS parvenant meme a atteindre les 18
milliards par an.
Mais les industriels senegalais ne sont pas pour autant
satisfaits des
benefices enormes recoltes sur l'exportation des produits frais.
Ils
semblent tous converger desormais vers la transformation de leur
produits frais pour beneficier d'une plus value non negligeable,
mais
aussi pour faire face aux exigences du marche qui est de plus en
plus
aleatoire.
L'exemple de la societe Ikagle est assez significatif. Elle est
une des
plus grandes societes de peches senegalaises, bien que n'existant
que
depuis 7 ans. Son volume d'affaires de 15 milliards de F CFA par
an
est exclusivement realise a l'exportation.
Le Presidentalise a l'exportation.
Le President Directeur General de Ikagale, Christian Langlois n'y
va
pas par quatre chemins.
"Mon objectif est de limiter au minimum possible la part du
frais dans
notre activite", dit-il.
Christian Langlois explique son option pour la transformation des
produits par son souci de preserver sa societe contre le
caractere
fortement speculatif du marche frais.
Depuis qu'il a adopte cette option, son investissement au Senegal
a
double, et il a cree une nouvelle filiale en France, dans la
region de
Marseille, dont il est a 100% proprietaire.
Pour mieux satisfaire la demande africaine en poissons pelagiques,
Ikagel a aussi implante une filiale au Cameroun qui se defend avec
8
mids de chiffre d'affaires par an, selon Christian Langlois. Les
activites de son usine de Marseille tournent autour du frais, du
surgele
et de la transformation en filets de rougets ou de soles entre
autres,
en utilisant des tehniques de conditionnement tres perfectionnees.
De
meme, les crevettes decortiquees dans son usine a Mbour, dans le
sud du
Senegal, sont retravaillees dans la filiale marseillaise qui les
transforme en crevettes cuites en saumure.
Cheick A.T. Diop, le Directeur General de DA-BEL, une Petite et
Moyenne
Entreprise de peche, croit egalement que la transformation est
beaucoup
plus rentable.Il donne l'exemple d'un produit comme l'espadon qui,
lorsqu'il est transforme, peut rapporter 10.000 F CFA le kilo
contre
seulement le quart lorsqu'il est frais. " On a une richesse
extaordinaire dans la transformation qui comporte moins de
risques, il
suffit de developper le savoir faire", dit-il.
Le choix de la transformation s'explique du fait des aleas du
marche du
frais, en Afrique comme en Europe. Car, si l'activite de la peche
est
apparemment rentable, elle ne manque en effet pas de difficultes
pour
les exportateurs.
Les plus exposes sont ceux qui vendent du poisson frais ou son
assimile,
le congele. Il constitue 64% de la quantite exportee l'annee
derniere,
contre 11% pour le frais entier.
"On peut banalement faire 50 millions de chiffres d'affaires la
semaine, mais on peut aussi perdre autant en une journee avec les
produits frais", explique Cheick A.T. Diop.
Cheick A.T.Diop qui exporte vers le marche europeen des produits
halieutiques indexe le fret comme le premier obstacle de taille a
surmonter par les operateurs senegalais.
"Une fois, explique-t-il, la compagnie aerienne aupres de
laquelle
j'avais reserve 3 tonnes de fret a destination d'Athenes, m'a fait
savoir, au dernier moment, qu'elle n'aurait de la place que pour
une
tonne alors que le poisson etait deja sorti des congelateurs et
conditionnes pour le voyage", dit-il.
Une autre fois, c'est une grande societe de peche de la place
qui,
depitee par le comportement d'une compagnie aerienne, a prefere
lui
laisser moisir entre ses mains 7 tonnes que la compagnie declarait
ne
pouvoir transporter au dernier moment.
Parfois, ce sont les jours de depart qui sont carrement decales
de 48
voire meme 72 heures pour des produits hautement perissables et
que
certains marches ne sont demandeurs qu'a des jours determines.
Pour ceux qui arrivent a regler la question du fret, les services
veterinaires europeens attendent.
"Il suffit qu'il y ait une seule erreur sur le controle
documentaire,
sur le certificat d'origine et de salubrite pour que, souvent a
Bruxelles (Belgique), on nous retienne nos produits, alors que
parfois
il s'agit d'un simple transit vers d'autres pays, et que
theoriquement
deux controles doivent etre effectues separement", fulmine M.
Diop. Il
fait remarquer que dans pareille situation, aucun recours n'existe
contre ces services veterinaires europeens.
Cheick A.T.Diop explique que parfois, lorsque le client est en
difficulte de paiement, il arrive qu'il pretexte que les produits
envoyes sont de mauvaise qualite et vous propose de vous faire un
avoir
qui consiste a payer un prix largement en dessous du prix reel "a
prendre ou a laisser".
"Parfois un client qui n'arrive pas a vendre les 5 tonnes
commandees
une semaine auparavant, va trouver un subterfuge en renoncant a la
commande en cours",
L'absence de mecanismes de garanties adequats est de nature a
renforcer
cette vulnerabilits assureurs de la place ne prennent pas en
compte
la specificite de la peche, souligne Diop. Les industriels
denoncent
egalement l'absence de lignes de credits destinees a la peche.
Les industries de transformation sont des poles autour desquels
gravite
tout un ensemble d'activites annexes. Pour les conserveries par
exemple,
la transformation genere la fourniture d'huile, d'emballage et
autres
intrants tous profitables aux industries locales.
Carnaud Senegal, la premiere societe local de fabrication
d'emballages
trouve ses plu gros clients parmi les industries de transformation
de
produits halieutiques. Mais les societes de peche de la place
specialisees dans la transformation ont de plus en plus de mal a
trouver
le poisson a mettre dans la boite.
Le secteur de la peche au Senegal connait en effet quelques
difficultes consecutives a la rarefaction des prises. Les
approvisionnements locaux sont de loin insuffisants, surtout pour
les
industries thoniers comme la SNCDS, confrontees a une demande en
forte
croissance suite aux deboires du marche europeen de la viande,
avec la
maladie de la vache folle.
Rien que pour l'annee derniere, le gap enregistre par ces
industries du
thon atteignait 18000 tonnes, selon les estimations de la
direction des
peches avec des consequences immediates sur le volume du travail.
Les arrets de production sont devenus coutumiers dans les societes
industrielles de pecherie. Le recours a l'approvisionnement
etranger
avec les cargos ne permet de resoudre le probleme qu'en partie a
cause
de la cherte de leurs couts d'achats.