AFRIQUE-ETATS UNIS: Aucun miracle attendu dans le commerce et les investissements.

HARARE/JOHANNESBUR, 13 avril (IPS) – Les observateurs du commerce
africain
ne s'attendent a aucun miracle du projet americain expressement
concu
pour
promouvoir le commerce et les investissements en Afrique.

La loi relative E0 la croissance et aux opportunites d'affaires en
Afrique
(AGOA), votee a la mi-mars par la chambre des representants, a ete
vulgarisee par le president Bill Clinton au cours de sa visite (du
23
mars
au 2 avril) en Afrique. Certains observateurs pensent, cependant,
que
cela
ne profitera pas beaucoup au Continent.
L'AGOA vise la creation d'une zone de libre echange entre
l'Afrique et
les
Etats-Unis d'ici l'an 2000, et propose la creation d'un fonds de
150
millions de dollars, constitue de capitaux prives, ainsi qu'un
fonds de
500
millions de dollars pour les infrastructures, sous le controle de
la
societe americaine chargee des investissements prives a
l'etranger,
Private
Investment Corporation.
La loi, que le senat americain n'a pas encore approuve, cherche
aussi a
renforcer le secteur prive africain, a promouvoir le commerce et
les
investissements entre les Etats Unis et l'Afrique, a reduire les
barrieres
tarifaires et non tarifaires et autres obstacles au commerce.
Elle prevoit egalement "l'elargissement de l'aide americaine
aux
efforts
d'integration regionale de l'Afrique subsaharienne". A cette fin,
un
fonds
de 25 millions de dollars, provenant de l'agence americaine pour
le
developpement international (USAID), sera mis de cote pour
l'Afrique
australe.
Le ministre zimbabween du Commerce et des Finances, Nathan
Shamuyarira,
a
declare lors d'un atelier, tenu du 29 mars au 4 avril a Harare,
la
capitale zimbabweenne, que "les mesures commerciales contenues
dans le
nouvel acte (L'AGOA) aideront les economies africaines reconnues
dignes
pour cette cooperation".
Il a cependant ajoute que "la seule partie de l'acte que
plusieurs
Etats
africains n'accepteront pas est la condition qui leur est faite
d'entreprendre des reformes economiques et un programme
d'ajustement
structurel".
Le ministre Shamuyarira faisait allusion a une section du projet
qui
stipule
qu'une nation africaine ne peut beneficier de l'AGOA que
"seulement
si le
president americain reconnait que cette nation a cree ou fait
constamment
des efforts pour creer, une economie de marche.
Les intellectuels et les membres des organisations non gouverns
membres des organisations non gouvernementales
(ONG) presents a l'atelier du Zimbabwe, parraine par l'Initiative
du
commerce, de l'information et des negociations de l'Afrique
australe et
de
l'Est (SEATINI), n'ont pas ete enthousiasmes par l'AGOA.
"Il n'appartient pas aux Etats-Unis de nous dicter des politiques
et
des
reformes economiques", a dit a IPS Dot Keet, chercheur a
l'universite
sud-africaine de Western Cape. "Nous pouvons appliquer ces
choses,
tout
comme nous pouvons ne pas les appliquer, mais je pense qu'elles
doivent
partir… des processus internes a nos pays".
Elle a ajoute que de toute facon, "ils proposeront a tout le
monde
dans les
dix prochaines annees, dans le cadre des accords de l'organisation
mondiale du commerce), le soi-disant acces au marche americain
qu'ils
nous
proposent. Mais, ils nous offrent tres peu de choses et en
obtiennent
beaucoup, en contrepartie".
Les conditions en vigueur pour l'adhesion aux programmes, projets,
activites
ou aide de l'AGOA, incluent des reformes allant dans le sens de la
reduction
des taxes exorbitantes sur les importations et les societes, et
"les
questions relatives aux investissements prives, telles que l'offre
de
conditions similaires aux investisseurs nationaux et
etrangers…",
revele
le projet de loi.
"Il s'agit moins de la croissance africaine, que des opportunites
pour
l'Amerique", a declare Keet.
Selon Tetteh Hormeku, specialiste du commerce au bureau africain
du
reseau
des organisations non gouvernementales du Tiers Monde (TWN-
AFRICA),
"l'initiative americaine offre a court terme quelques avantages
aux
pays
africains en echange des grandes reformes paralleles qui entament
leur
capacite de developpement endogene".
"Nous devrions dire aux Americains que la strategie de
developpement
de
nos economies ne les concernent pas", a-t-il dit a IPS. La
strategie
de
developpement de nos economies, si cela vous interesse, nous
oblige a
choisir plus d'options dans l'OMC pour arranger les choses".
Il a donne l'exemple d'un accord sur les textiles (MFA), un accord
au
nom
duquel les USA et les autres nations industrialisees ont fixe des
quotas
limitant leur importation des textiles du Tiers monde, alors que
l'OMC,
l'organe regulateur du commerce international, est contre
l'imposition
des
quotas.
"S'ils honorent leur engagement vis-a-vis de l'OMC, l'Afrique
n'aura a
esperer aucun traitement preferentiel d'eux", a-t-il affirme.
Malgre tout, le commerce entre les USA et l'Afrique subsaharienne
est
prospere : il a connu une croissance de 18% en 1996, un taux
superieur
au
taux de croissance du commerce americain dans le monde. Cependant,
pres
de
85% des echanges commerciaux entre l'Afrique et les Etats-Unis se
font
avec
quatre pays dont trois – l'Angola, le Gabon et le Nigeria – sont
des
producteurs de petrole.
Le quatrieme pays est l'Afrique du sud, l'un des pays consideres
comme
un
promoteur de profondes politiques economiques et recoit de la part
des
Etats-Unis des recompenses sous forme d'aide au developpement :
cette
annee-ci, elle doit en principe recevoir une aide financiere de 70
millions
de la part de l'USAID.
Depuis les premieres elections multiraciales tenues en 1994, pres
de
quarante millions de dollars ont ete investis par des firmes
americaines en
Afrique du sud. En fait, les " M " jaunes de la chaine des
restaurants
Macdonald, visibles dans plusieurs centres commerciaux en Afrique
du
sud,
sont la preuve de la croissance des investissements americains en
Afrique du
sud, mais c'est la que reside le probleme.
La plupart, sinon tout l'argent que les Americains investissent en
Afrique
du sud est oriente vers le secteur des services et non vers le
secteur
manufacturier, affirme Mike Macdonald, economiste a la federation
sud-africaine des industries de l'acier.
Keet fait observer que lorsque des capitaux americains sont
effectivement
investis dans les industries africaines, ils sont concentres sur
des
industries d'extraction telles que les raffineries de petrole, les
mines et
les industries de transformation du bois.
"Un autre secteur qui suscite l'interet des investisseurs est le
secteur
des telecommunications qui, pour nous, est un secteur
strategique",
ajoute
Keet. Les investissements americains dans ce secteur, signale- t –
elle, ne
pourraient ni creer des emplois en Afrique ni promouvoir le
transfert
de
technologie.