AFRIQUE DE L'OUEST-ENERGIE: La crise s'accentue faute de solution durable.

COTONOU/LOM, 13 avril (IPS) – La nuit tombee, certains
habitants de
Cotonou desertent leurs maisons pour s'allonger au bord de la rue
ou
le
vent nocturne rafraichissant les berce jusqu'au petit matin,
remplacant
ainsi les climatiseurs et les ventilateurs qui ne peuvent plus
fonctionner,
faute d'electricite.

" On etouffe partout. Les bureaux sont invivables, a la maison on
suffoque
et on tatonne dans le noir. On n'arrive plus a dormir", s'est
plein
Marie
Constance, dactylographe au ministere de l'Education nationale.
Cette situation est identique au Togo qui est alimente, comme le
Benin,
par
le barrage hydroelectrique d'Akossombo au Ghana, dont les eaux en
decrue ne
peuvent plus produire assez d'electricite pour les trois pays.
La situation est imputable non seulement a la mauvaise
pluviometrie de
cette
annee, mais aussi a l'evolution presque exponentielle de la
consommation
d'energie dans les differents pays alimentes par le Barrage
d'Akossombo
que gere la Volta River Autority (VRA), la societe ghaneenne
d'electricite.
En 1997, les quantites d'eau recues dans la sous – region ont
accuse un
deficit par rapport a la moyenne annuelle.
Au Ghana, une croissance economique de 5% entraine une hausse de
12 a
15 %
de la consommation en energie. En trois ans, les besoins en
energie
electrique ont augmente de 60%.
Au Benin, la consommation est passee de 20 megawatts en 1984 a 45
megawatts
en 1995, pour atteindre 61 megawatts en 1998.
Cette crise energetique qui dure depuis pres de deux mois a
conduit au
rationnement de la consommation dans les trois pays. Mais faute de
solution
immediate, la situation va de mal en pis. De huit heures par jour,
le
delestage est passe a douze heures, voire 16 heures a
Cotonou(Benin)
et
Lome (Togo) et dans certaines villes du pays dans le sud. Au
Ghana,
les
consommateurs recoivent l'electricite pendant 12 heures, suivi de
24
heures
de delestage.
En dehors des desagrements qu'elle cause sur le plan social,
cette
crise
entame de facon serieuse l'equilibre des economies des trois
pays
impliques.
Selon un haut fonctionnaire du ministere des Finances du Benin,
elle
se
ressent globalement a deux niveaux dans ce pays. Il s'agit de
l'administration et de la fiscalite.
Dans l'administration, le temps de travail est considerablement
reduit
du
fait non seulement des defaillances temporairn seulement des
defaillances temporaires du materiel de
travail,
alimente pour la plupart par le courant electrique, mais aussi des
mauvaises
conditions de travail.
" Les bureaux ne sont pas aeres. Sans les climatiseurs et les
brasseurs
ils sont comme des chaudieres. C'est pourquoi nous venons rester a
l'ombre
des arbres", a confie un cadre du ministere de l'Education
nationale.
Le
ministre lui-meme a donne le top en transferant son bureau sous
un
manguier.
" Cette situation ne peut qu'affaiblir davantage le rendement
d'une
administration qui brillait deja par sa lenteur et son
inefficacite",
a
fait remarquer M. Benjamen Godjo, operateur economique.
Les entreprises privees demeurent les affectees par la crise,
favorisant ainsi l'inflation. Les baguettes de pain, par exemple,
coutent
desormais 85 francs et 125 au lieu de 75 et 110. Certains
boulangers
ont
simplement ferme les portes.
" Les paralysies temporaires des moyens de communication bloquent
tout
contact avec nos fournisseurs etrangers et reduisent de ce fait
nos
opportunites d'affaires", s'est plaint Eric Sanou, responsable
du
departement alimentaire d'un supermarche.
Pour s'adapter a la crise, certaines unites de production ont mis
en
chomage technique une bonne partie de leur personnel. C'est le cas
de
la
societe des ciments du Benin (SCB) qui a ferme 31 de ses 38 points
de
vente.
La SBC tourne aujourd'hui avec moins de 25% de sa capacite
initiale.
De
1200 tonnes par jour, elle est passee a 300, puis 200 tonnes
actuellement.
Pour les memes causes, la societe beninoise de textile (Sobetex)
a
congedie
plus de la moitie de son personnel (140 employes).
Les grands moulins du Benin (GMB, societe de fabrication de la
farine),
est
dans la meme enseigne.
A la douane, les recettes ont egalement chute. De 300 millions,
elles
sont
passees a 80 millions par jour.
" Ces societes representent de gros cylindres en matiere de taxes
et
d'impots et le budget demeure essentiellement fiscal au Benin. La
plupart
des entreprises n'ayant tourne qu'au quart de leur capacite, les
taxes
sur
la production et la consommation se trouvent deja hypothequees…
L'economie
nationale trainera des sequelles sur plusieurs annees", a
indique
Edouard
Adjavon, directeur general des impots.
Au Ghana, avec la chute de 50% de la fourniture d'electricite,
les
industries sont entrees dans une periode sombre. Elles
fonctionnent en
deca
de leur capacite.
"Je ne pense pas que de nombreuses industries pouront faire des
benefices
cette annee", declare Andrew Quayson, industriel et ancien
president
de
l'association des industries ghaneennes.
Dans leur tentative de trouver une solution a cette crise, le
Ghana,
tout
comme le Togo et le Benin importent de l'energie de la Cote
d'Ivoire.
Mais
la quantite importee est tres en dessous des besoins reels des
pays. La
Cote
d'Ivoire n'est pas en mesure de fournir 20 megawatts dans la
journee et
70
megawatts durant la nuit.
Le Ghana va egalement entreprendre la construction de barges
electriques
flottantes qui seront realisees par un chantier naval americain,
dans
le
cadre d'un contrat cle en main signe avec les Americains. Ces
barges
seront
alimentees par du gaz naturel provenant des champs de Tano situes
a
l'Ouest
du Ghana.
Du cote des beninois, les autorites ont loue une vingtaine de
groupes
electrogenes qui alimentent partiellement certains quartiers et
les
stations
d'essence. Pour le directeur de l'energie du ministere des mines,
de
l'energie et de l'hydraulique, "nous devons ?uvrer au plus vite
a la
diversification des sources d'energie et a une autonomie
progressive".
Le Togo et le Benin couvent en commun le projet de construction
du
barrage
d'Adjaralla, d'une puissance de 100 megawatts.
Mais certains observateurs pensent que la gestion integree des
eaux
communes
aux Etats de l'Afrique de l'ouest pourrait resoudre la crise.
Le president ghaneen Jerry Rawlings attribut le deficit actuel des
eaux
de
la Volta, au barrage d'irrigation construit par le Burkina Faso
sur le
meme
fleuve. Les autorites de Ouagadougou, avec l'aide de la Caisse
francaise de
developpement(CFD), sont sur le point de construire deux autres
rrages
hydroelectriques sur la Volta.
Rawlings estime que le Burkina a deja construit un barrage
d'irrigation
sur l'un des affluents de la Volta et la construction de deux
barrages
hydroelectriques pourrait serieusement affecter l'arrivee des
eaux a
Akossombo.
" Le Ghana est au courant des regulations internationales sur
l'usage
des
fleuves et rivieres qui traversent plusieurs pays", a dit
Rawlings en
manifestant son mecontentement a l'annonce du soutien de la CFD au
Burkina
Faso pour la construction de ces barrages.
" Autant la construction de barrages agricoles est utile, autant
nous
avons
besoin de nous entendre pour les autres projets. Il aurait ete
moins
cher
au Burkina de profiter de notre energie plutot que de construire
son
propre
barrage", a ajoute le President Rawlings.
Le Burkina Faso poursuit, malgre tout, les travaux de construction
du
barrage de Ziga, d'une capacite de 200 millions de metre cube
d'eau.
Le
projet comprend egalement la construction d'une ligne de moyenne
tension.
Cette crise energetique est si cruciale que le Benin et le Togo
ont
envoye
des emissaires aupres des Nations unies pour expliquer la gravite
de la
situation dans la sous-region.