KAMPALA, 19 juin (IPS) – La préoccupation selon laquelle les femmes continuent d'être plus exposées que les hommes à l'infection du VIH a reçu une grande attention lors de la rencontre des ministres des Affaires féminines en provenance des pays du Commonwealth à Kampala, la capitale de l'Ouganda.
Des 53 Etats membres du Commonwealth, 38 sont représentés à la '8ème Réunion triennale des ministres des Affaires féminines du Commonwealth' (8WAMM), se tenant sous le thème 'Financer l'égalité de genre pour le développement et la démocratie'. La rencontre de quatre jours a pris fin le 14 juin. Les statistiques des Nations Unies indiquent que les femmes et les filles dans les pays du Commonwealth font le tiers de toutes les infections du VIH. De plus, les femmes âgées de 15 à 24 ans en Afrique subsaharienne — la région la plus représentée dans le Commonwealth — sont deux fois et demie probablement plus exposées à l'infection que les hommes du même âge. L'Afrique subsaharienne est également la région la plus affectée par le VIH/SIDA sur le plan mondial. Bien que cette partie du monde représente environ 10 pour cent de la population mondiale, elle abrite au moins 60 pour cent de toutes les personnes vivant avec le VIH/SIDA.
Les délégués à la rencontre de Kampala déclarent que le pouvoir limité des femmes de négocier des rapports sexuels protégés constitue l'un des obstacles à la réduction de leur vulnérabilité au VIH/SIDA. "L'impuissance de la femme pour dire 'non' aux rapports sexuels avec son mari, même si elle sait que ce dernier est infecté, est une cause principale de préoccupation. Les hommes — même infectés — obligent leurs femmes à avoir des rapports sexuels", a déclaré Sayifa Muhammad, secrétaire permanente et ministre par intérim des Affaires féminines au Nigeria.
"A moins que nous abordions ce problème, le VIH/SIDA continuera de porter le visage d'une femme". L'expérience de la Malaisie illustre comment la situation pourrait être réglée. Ce membre asiatique du Commonwealth permet d'inculper les hommes qui contraignent leurs femmes à avoir des rapports sexuels. "Cette disposition évite aux femmes d'être infectées par leurs maris", a indiqué Datin Paduka Chew Mei Fun, parlementaire attachée du ministère des Femmes, de la Famille et du Développement de la Communauté. Le manque général de méthodes de prévention du VIH/SIDA, qui peuvent être contrôlées par les femmes, constitue un autre problème.
Pendant que les préservatifs féminins existent, ils sont considérés comme trop chers par beaucoup de femmes — et leur disponibilité dans certaines régions est limitée. En outre, le préservatif féminin ne peut souvent pas être utilisé à l’insu du partenaire, ce qui met en doute la valeur de cet instrument dans des relations où les hommes n'acceptent pas que les femmes se protègent au cours des rapports sexuels. Janet Museveni, épouse du président ougandais Yoweri Museveni — et largement impliquée dans des projets du VIH/SIDA — estime qu'un vaccin est nécessaire.
"Un vaccin efficace contre le SIDA offrirait aux femmes la possibilité d'une méthode à long terme qui puisse être utilisée à l’insu ou sans la coopération de leurs partenaires", a-t-elle souligné. Mais, "Si un vaccin contre le SIDA doit devenir une réalité dans un proche avenir, il est nécessaire d'étendre de façon significative le niveau du soutien politique à l'échelle mondiale. Là où il y a une volonté politique significative, il y a d'habitude un appui financier significatif". L'Ouganda est en voie de développer un vaccin contre le SIDA, avec la coopération de l'Initiative internationale sur le vaccin du SIDA, un projet mondial commencé en 1996, associant les secteurs public et privé. Les gouvernements devraient augmenter leurs allocations budgétaires pour aborder le problème du VIH/SIDA, s'assurant que la prestation de services prenne en compte la plus grande vulnérabilité des femmes à la pandémie, a déclaré Anit Mukherjee — un chercheur à la Commission sur le SIDA en Asie.
Des efforts pour réduire le plus grand risque d'infection des femmes au VIH/SIDA doivent inclure également les hommes.
"Pour que la guerre contre le VIH/SIDA puisse être gagnée, les hommes doivent être emmenés à bord. Eux-aussi doivent être informés sur les méthodes de prévention et sur les rapports sexuels protégés", a observé Mukherjee.
La rencontre de Kampala devait élaborer des recommandations pour la réalisation du thème de la conférence et un calendrier pour leur mise en œuvre. "Le thème de la 8WAMM, intitulé 'Financer l'égalité de genre pour le développement et la démocratie' reflète la prise de conscience croissante sur le fait que les droits des femmes et l'égalité de genre sont négligés dans les processus de développement et de démocratisation", souligne Don McKinnon, secrétaire général du Commonwealth, dans une note postée sur le site Internet du secrétariat du Commonwealth. "Au sein du Commonwealth, l'impact de cette négligence s'observe de plusieurs manières : les niveaux différents entre les femmes et les hommes, les filles et les garçons pour accéder aux services et aux ressources; la féminisation de la pauvreté; la mortalité maternelle élevée; le refus d'éducation aux filles; la prévalence très répandue du VIH/SIDA dans le rang des femmes et des filles; le bas pourcentage des femmes parlementaires". L'Ouganda abritera également la Réunion semestrielle des chefs de gouvernement du Commonwealth, en novembre.
Le Commonwealth regroupe des pays à travers le monde, principalement les anciennes colonies de la Grande-Bretagne; ses activités comportent la promotion de la bonne gouvernance et du développement économique.

