L’Impatience comme Vertu

NEW YORK, 14 juil. 2023 (IPS) – Nous savons tous que la patience est une vertu. Elle l’est en effet. À une exception près.

Face à la souffrance d’un enfant, l’impatience est la plus grande des vertus. Ou comme nous le disons dans l’esprit d’Éducation Sans Délai : “Nous devons faire preuve d’une impatience sans faille” dans notre objectif collectif d’offrir une éducation de qualité à 224 millions d’enfants et d’adolescents touchés par la crise.

Au cours des derniers mois, nous avons rencontré des enfants réfugiés, des enseignants, des parents, des dirigeants communautaires, des partenaires de mise en œuvre, des donateurs stratégiques et des responsables gouvernementaux en Colombie, au Sud-Soudan et au Tchad. À maintes reprises, nous avons vu de nos propres yeux comment le changement climatique, les conflits armés et les déplacements forcés perturbent gravement les vies, détruisent l’espoir et entravent considérablement les progrès vers notre promesse mondiale d’une éducation inclusive de qualité pour tous.

Comme l’a souligné la coordinatrice résidente et humanitaire des Nations-Unies au Tchad, Violet Kenyana Kakyomya, lors de l’entretien de haut niveau d’ÉSD de ce mois-ci : “Les Réfugiés ont été exposés à des traumatismes dus à la violence dont ils ont été témoins et qu’ils ont subie, ce qui, pour les enfants, peut avoir des effets négatifs à court et à long terme sur leur développement physique, mental, cognitif et émotionnel. Dans ce contexte, l’accès à l’éducation est une mesure de protection cruciale.

Si nous n’agissons pas maintenant en tant que communauté mondiale, nous perdrons une génération entière d’enfants et, avec eux, les générations futures. Nous laisserons derrière nous un héritage de promesses non tenues, de refus d’opportunités et de perte d’espoir. Le moyen le plus efficace de lutter contre cela est de donner à la génération d’aujourd’hui les moyens d’acquérir les connaissances scolaires, l’apprentissage socio-affectif, la santé mentale, la confiance en soi, les compétences et les outils nécessaires pour inverser et atténuer l’avalanche de désespoir et de destruction, et pour reconstruire en mieux.

Par-dessus tout, nous devons #EmpowerHer (L’autonomisation de la femme) – à savoir les millions de filles touchées par la crise qui sont parmi les plus laissées pour compte et qui ont pourtant tant à apporter pour changer le monde en mieux.

L’éducation est le moyen le plus puissant pour briser les cycles de violence – commis à la fois sur les êtres humains et sur la nature. L’éducation est le meilleur moyen de mettre fin aux conflits et aux catastrophes climatiques. Parce que le monde a besoin de personnes profondément éduquées qui peuvent à la fois penser et ressentir, et qui savent comment mettre cette vision en action. Rien de tout cela ne peut attendre.

La tâche est immense, urgente et nécessite une action immédiate. Notre récente étude sur les estimations mondiales donne une image plus claire que jamais des défis croissants. Au total, les nouvelles estimations indiquent que 224 millions d’enfants touchés par la crise ont un besoin urgent d’une éducation de qualité.

Alors que nous réfléchissons à nos progrès avant le Sommet des Nations Unies sur les Objectifs de Développement Durable, l’Assemblée Générale des Nations Unies, les Négociations sur le Climat (COP28) et le Forum Mondial sur les Réfugiés de cette année, nous devons nous unir avec un sentiment d’urgence, d’impatience et d’action concrète pour faire en sorte que l’initiative “Éducation Sans Délai ” et nos partenaires stratégiques mondiaux reçoivent le financement nécessaire pour fournir une éducation de qualité inclusive et continue. Notre objectif commun est de réaliser plus de 222 millions de rêves.

Avec plus de financement, nous pouvons agir plus vite et plus loin, ensemble.

En juin, nous avons lancé de nouveaux investissements au Sud-Soudan, en République Centrafricaine et en Somalie. Notre stratégie axée sur les résultats a fait ses preuves. La volonté politique est là. Les systèmes et les processus de coordination de la programmation conjointe sont en place. Le chaînon manquant est le financement. Nous avons besoin de programmes conjoints entièrement financés en Afrique subsaharienne, en Amérique latine, au Moyen-Orient et en Asie.

C’est possible : ensemble, nous poursuivons nos efforts de plaidoyer au niveau mondial afin de mobiliser d’urgence plus de 1,5 milliard de dollars américains pour atteindre l’objectif d’ÉSD, qui est de toucher 20 millions d’enfants et d’adolescents au cours des quatre prochaines années de notre plan stratégique.

Il ne s’agit pas seulement d’un objectif très réaliste et logique. Il s’agit d’un impératif existentiel qui exige d’agir maintenant – sans attendre de meilleures perspectives financières ou jusqu’à ce que le monde devienne meilleur

Comme l’avait dit le défunt Secrétaire Général des Nations Unies, Dag Hammarskjold : “C’est lorsque nous jouons tous la sécurité que nous créons un monde de grande insécurité”.

Nous ne pouvons pas jouer la carte de la sécurité. S’il y a une vertu dont nous avons tous besoin aujourd’hui, c’est d’être impatient sans complexe.

Yasmine Sherif est Directrice de l’organisation ‘’Éducation Sans Délai’’.