SYDNEY, Australie, 14 juillet 2020 (IPS) – Enceinte de son deuxième enfant, Ndiabou Niang, 30 ans, souffrait de douleurs pelviennes, mais ne pouvait pas se permettre d’accéder aux soins prénatals à Diabe Salla, un village à la périphérie de la petite ville de Thilogne au nord-est du Sénégal. Son mari était au chômage et ses revenus inférieurs à 10 000 FCFA (17 USD) provenant de la vente de fruits de saison sur le marché local étaient insuffisants pour joindre les deux bouts.

Lors de sa dernière visite prénatale, on lui a prescrit des tests, une échographie et des médicaments qui coûteraient 39 000 FCFA (67 USD). Un montant astronomique pour ses maigres revenus. Elle n’a donc pas suivi le traitement, choisissant plutôt de souffrir en silence.

De nombreuses femmes enceintes en milieu rural, vivant en dessous du seuil de pauvreté, n’honorent pas leurs ordonnances et retardent leurs visites prénatales jusqu’au troisième trimestre, ce qui les expose à un risque accru de complications liées à la grossesse.

Le Sénégal a intégré les Objectifs de Développement Durable (ODD) des Nations Unies dans ses politiques et plans nationaux, mais les normes et attitudes socio-économiques, culturelles et religieuses entravent l’accès des femmes et des filles aux prestations et droits de santé sexuelle et génésique, en particulier dans les régions éloignées et zones rurales. Les défis comprennent le mariage précoce, les besoins contraceptifs non satisfaits, les grossesses précoces, les avortements à risque et les mutilations génitales féminines.

La version nationale de la couverture maladie universelle, la CMU, repose sur des mutuelles de santé qui fournissent une assurance maladie dans laquelle chaque personne paie des frais d’inscription annuels qui sont équilibrés par le gouvernement. La cotisation annuelle des membres à la mutuelle est de 3 500 FCFA (6 USD).

Les habitants des zones reculées et rurales choisissent de ne pas adhérer à la mutuelle car les postes de santé, établissements locaux qui parsèment le pays, disposent de médicaments et d’options de traitement limités. Les consultations à ces postes coûtent 1 000 FCFA (1,70 USD), mais elles ne sont pas équipées pour fournir des soins obstétricaux avancés – comme des césariennes ou des transfusions sanguines. Ainsi, les distances entre les postes de santé locaux et un hôpital de district ou régional, la mauvaise infrastructure routière et le coût et la pénurie d’ambulances sont quelques-uns des autres défis auxquels les femmes rurales doivent faire face pour accéder aux soins de santé.

Conscient de cela, le Réseau Siggil Jigéen (RSJ), une ONG qui vise à promouvoir et protéger les droits des femmes au Sénégal, à travers le projet Neema dirigé par IntraHealth International, un consortium de sept organisations de santé qui travaillent à étendre les services de santé sexuelle et génésique aux bénéficiaires reculés, a commencé un plaidoyer approfondi pour mobiliser la communauté et les autorités locales pour promouvoir l’adhésion aux Mutuelles de Santé.

Après plusieurs réunions de plaidoyer soutenues, le maire de Thilogne a décidé de financer l’adhésion à des Mutuelles de Santé de près de 300 femmes et enfants. Niang en faisait partie.

«Cela m’a aidé à obtenir des radiographies, des médicaments sur ordonnance et une césarienne au Centre hospitalier régional d’Ourossogui. Le coût était de 75 000 FCFA (129 USD), mais en tant que membre de la Mutuelle de Santé, je n’avais qu’à payer 15 000 FCFA (25 USD). Je me suis maintenant engagée à tout faire pour ma propre santé et celle de mes enfants, qui ont 3 mois et 18 mois », a-t-elle déclaré au membre local du RSJ. Elle informe également sa famille et ses amis des avantages et les exhorte à rejoindre la mutuelle.

Le RSJ et IntraHealth International travaillent ensemble depuis une décennie pour repositionner la planification familiale au Sénégal et dans la sous-région.

«Ensemble, nous avons lancé la lutte contre la violence sexiste et les grossesses précoces dans les écoles, et nous aidons les agents de santé à améliorer les soins dans leurs communautés. Maintenant, nous plaidons auprès des gouvernements locaux pour mobiliser davantage de ressources nationales, ce qui rend les services de santé génésique accessibles aux femmes enceintes et aux adolescentes qui, autrement, ne pourraient pas se les offrir », a déclaré à IPS, Dr Babacar Gueye, directeur national d’IntraHealth International au Sénégal.

Plusieurs autres maires ont également emboîté le pas et pris des engagements financiers pour réduire la mortalité maternelle et infantile dans leurs communautés.

Au Sénégal, un pays le moins développé avec 16,7 millions d’habitants et un taux de fécondité de 4,5 par femme (2020):

«Le Sénégal ne peut s’engager sur la voie du développement que lorsque les jeunes et les femmes sont en bonne santé, éduqués, bien formés et équipés pour saisir les opportunités de développement. Créer ces conditions est une nécessité sociale, économique et politique », a déclaré à IPS, le représentant adjoint du FNUAP au Sénégal, Moussa Faye.

Quinze ans après l’adoption par le Sénégal de la loi de 2005 sur la santé génésique, les décrets d’application ne sont toujours pas ratifiés. L’objectif de plaidoyer de la campagne «Deliver for Good Senegal» pour 2020 est de faire adopter le décret sur la planification familiale. Il fait partie d’une campagne mondiale plus vaste menée par Women Deliver, une organisation de plaidoyer mondiale qui défend l’égalité des sexes et la santé et les droits des filles et des femmes.

Le comité de pilotage de la campagne Deliver for Good Senegal, convoqué par le RSJ et Energy 4 Impact, travaille avec d’autres organisations de la société civile et des ministres pour mettre en place une feuille de route pour pousser l’autorité compétente à signer le décret.

«La campagne plaide au niveau national et local pour réduire les taux de mortalité maternelle et infantile et mobiliser des ressources financières pour renforcer l’accès des femmes et des jeunes aux services de planification familiale et à l’information, quels que soient leur pouvoir d’achat et leur situation géographique. Le décret d’application sur la planification familiale renforcerait qualitativement la santé des mères et des enfants et aiderait le Sénégal à atteindre les ODD liés à la santé et aux droits des femmes », Fatou Ndiaye Turpin, directrice exécutive du RSJ et co-leader de la campagne Deliver for Good Senegal, a déclaré à IPS.

Un décret d’application est également nécessaire pour décrire le mode opératoire permettant aux travailleurs non médicaux de fournir une large gamme de services de planification familiale aux ruraux vulnérables, aux citadins défavorisés, aux pauvres et aux jeunes, en particulier par le biais de la distribution communautaire.

Pour garantir aux femmes des zones défavorisées l’accès aux services de planification familiale, l’accent est de plus en plus mis sur les soins de santé primaires. Par exemple, le programme communautaire d’agents de santé, l’Initiative Bajenu Gox (qui signifie tante paternelle ou marraine en wolof) pour former les femmes à devenir des leaders en matière de santé reproductive. Des bajenu gox locales sont enrôlées par le gouvernement pour fournir un soutien aux femmes pendant les périodes prénatales, d’accouchement et post-partum, ainsi que des conseils sur la prise en charge des enfants de moins de cinq ans dans les zones où aucun professionnel médical qualifié n’est disponible.

Alors que les politiques de planification familiale ont été progressives, la Directrice de l’Unité de Coordination du Partenariat de Ouagadougou, Marie Ba a déclaré à IPS: «Il faut équilibrer ces progrès avec les barrières socioculturelles prévalentes, les idées fausses et les informations erronées sur la contraception, les droits reproductifs et la santé, les besoins contraceptifs non satisfaits relativement élevés , les inégalités en termes de genre et de normes sociales, en particulier dans les zones rurales. Par exemple, seulement 20% des femmes mariées âgées de 15 à 19 ans déclarent prendre des décisions seules ou conjointement avec leur mari concernant leurs propres soins de santé. »

De nombreuses femmes doivent encore obtenir l’autorisation de leur mari ou de leur belle-mère pour utiliser un contraceptif et de nombreuses jeunes filles ne savent pas si elles sont autorisées à utiliser des contraceptifs avant l’âge de 18 ans. Selon le FNUAP, le taux de prévalence contraceptive pour toutes les femmes âgées entre 15 et 49 utilisant n’importe quelle méthode de contrôle des naissances était de 22 pour cent (2020); et 16% de toutes les femmes âgées de 15 à 49 ans n’avaient pas satisfait leur besoin de planification familiale (2020).

Les options de planification familiale – pilules contraceptives, implants, dispositifs intra-utérins, contraception auto-injectable facile à utiliser – sont désormais plus facilement disponibles dans les postes de santé régionaux.

«Cependant, trois défis demeurent. Ruptures de stock aux niveaux national et régional – le taux de rupture de stock pour les injectables varie entre 25 et 45 pour cent dans les villes clés; il en va de même pour les implants, où les ruptures de stock peuvent atteindre 80% dans le secteur public. Deuxièmement, des problèmes d’approvisionnement de produits aux points de prestation de services. Troisièmement, le contrôle de la qualité des produits qui reste variable et insuffisant », a déclaré Turpin à IPS.

Le mariage des enfants est toujours répandu. Selon le FNUAP, 29% des filles étaient mariées à l’âge de 18 ans. Il expose les filles à des conséquences néfastes – abus et violence sexuels et psychologiques; grossesse précoce, qui présente des risques de complications médicales et même de décès.

L’avortement est illégal au Sénégal, sauf lorsque trois médecins conviennent que la procédure est nécessaire pour sauver la vie d’une mère. Elle est également interdite en cas de viol ou d’inceste. Ces lois strictes sur l’avortement ont contraint de nombreuses jeunes femmes à recourir à des services d’avortement illégaux et dangereux, qui mettent souvent leur santé et leur vie en danger. Le taux de natalité des adolescentes pour les filles âgées de 15 à 19 ans était de 78 pour 1 000 naissances, selon le FNUAP.

«L’avortement est la cinquième cause de mortalité maternelle au Sénégal. Elle influe fortement sur la mortalité maternelle, avec 8% des décès maternels liés à des avortements non médicalisés et 50% des raisons de l’admission d’urgence aux maternités de référence », a déclaré Turpin à IPS.

Les restrictions liées au COVID-19 ont conduit à la fermeture de nombreux services de santé génésique et de planification familiale, à une perturbation des chaînes d’approvisionnement en contraceptifs, qui posent un risque important pour la santé des femmes et des filles.