Kigali, sept 25 2018 (IPS) – Quand Telesphore Ruzigamanzi, un petit agriculteur de bananes d’un village lointain dans l’Est du Rwanda a découvert une teinte jaunâtre sur sa récolte avant que cela ne commence à sécher, il n’y a pas prêté l’attention qu’il aurait dû y prêter.

Ruzigamanzi, qui habite à Rwimishinya, un village lointain dans le district de KAYONZA dans L’Est du Rwanda raconte à IPS. : « Je pensais que c’était le temps sec inhabituel qui avait causé ces dommages. » Mais en fait c’était une maladie bactérienne.

La récolte de Ruzigamanzi était infectée avec Banana Xanthomonas Wilt (BXW), une maladie bactérienne qui touche tous les types de bananes et est connue localement sous le nom de Kirabiranya.

Ici dans cette nation de l’Afrique de l’Est, BXW est néfaste pour une culture et entraîne des conséquences importantes non seulement pour les agriculteurs mais pour la nourriture et pour la sécurité nutritionnelle des familles et de ceux qui dépendent de la récolte comme source d’alimentation.

La banane est une culture importante en Afrique Centrale et de l’Est avec plusieurs pays dans la région qui sont mondialement parmi le top-10 des producteurs selon la Base de Données de la Société de Statistique pour l’Organisation de la Nourriture et de l’Agriculture.

Selon une enquête des ménages du district de Tanzanie, Burundi et Rwanda, la banane occupe près de 50 pour cent de l’alimentation dans un tiers des familles du Rwanda.

Mais selon l’enquête, le facteur le plus important qui a touché la production dans les trois pays était BXW.

Des chercheurs ont montré que BXW peut entraîner une perte de 100 pour cent des bananiers si la maladie n’est pas bien contrôlée.

Suffisance et manque d’information contribuent à la propagation de la maladie.

La maladie de BXW n’est pas inconnue dans le pays. Elle était rapportée pour la première fois en 2002. Depuis lors il y a eu plusieurs campagnes strictement éducatives par des autorités agricoles et d’autres intervenants comme des organisations gouvernementales.

Des agriculteurs dans la région de Ruzigamanzi ont été formés dans la connaissance du BXW par une équipe de chercheurs du Comité de l’Agriculture du Rwanda et par des agronomes locaux . Mais Ruzigamanzi, un père de six enfants, était parmi ces fermiers qui ont raté la campagne de sensibilisation et pour cela n’avait pas le savoir pour diagnostiquer la maladie.

S’il avait connu la maladie et selon son état de progression dans la plante, Ruzigamanzi aurait dû couper la plante immédiatement au niveau du sol après la constatation des symptômes. Si l’infection est incontrôlée pendant longtemps, il faudra déraciner la plante.

Et c’est ce qu’il a dû faire finalement, deux semaines plus tard, quand un agronome local est venu contrôler la plante. A ce moment-là, cependant, il était déjà trop tard pour sauver les bananiers et Ruzigamanzi a dû déraciner toutes les plantes infectées, le rhizome et toutes ses branches , la plante mère et toutes les pousses inclus.

L’histoire de Ruzigamanzi n’est pas unique. En fait, un grand nombre de petits fermiers dans des villages éloignés sont ignorants et ne connaissent pas les symptômes de cette infection bactérienne. Ceci a augmenté le risque de propagation de la maladie vers d’autres régions et de résurgence dans des endroits où la maladie était déjà sous contrôle. Plusieurs districts dans le Rwanda de l’Est ont été touchés par la maladie ces dernières années.

L’usage de technologie pour renforcer les agriculteurs ruraux et contrôler la propagation de BXW

Début 2018 l’Institut International d’Agriculture Tropicale (IITA), en partenariat avec Biodiversité Internationale, l’Institut Leibniz du Développement Agricole dans des Economies de Transition et le Conseil d’Agriculture du Rwanda ont unis leurs forces pour lutter contre la maladie en utilisant la technologie digitale. Des chercheurs de l’IITA explorent des routes alternatives pour engager les agriculteurs à surveiller et à collecter des données sur la maladie. L’Institut est connu pour avoir transformé l’agriculture africaine par la science et par des innovations, et il a été proclamé récemment comme le Gagnant du Prix Alimentaire de l’Année 2018 pour l’Afrique.

Un nouveau projet pour trois années ( nommé TIC4BXW ) qui a été lancé avec un investissement total de 1.2 millions d’euros par le Ministère Fédéral Allemand pour le Développement et la Coopération Economique cherche à explorer l’utilisation des téléphones portables comme instrument pour engendrer et échanger la connaissance actuelle et de l’information sur BXW.

Le projet est basé sur une accessibilité croissante de téléphones portables au Rwanda. Selon les données de l’Autorité de Régulation Utilitaire du Rwanda, l’usage du portable est estimé à 79 pour cent dans un pays d’environ 12 millions de personnes dont la grande majorité de la population rurale possède un portable.

Notre effort en cours pour développer, tester et déployer des applications pour portables smart et normaux signifie un pas critique en avant vers une surveillance économique et un contrôle de la propagation du mal dit Julius Adewopo, qui dirige le projet BXW à IITA. Puis il expliquait que « les agriculteurs de bananes du Rwanda pourraient être aidés avec des innovations basées sur l’infrastructure IT existante et la croissance rapide de l’accessibilité du portable dans le pays. »

L’approche de science citoyenne est au centre du projet, ce qui signifie que les intervenants locaux, comme les agriculteurs de bananes et les promoteurs d’agriculteurs jouent un rôle important en accumulant et envoyant des données sur la présence, la gravité et la transmission de BXW. En plus, les intervenants participeront au développement de l’application mobile et du programme, par lequel des données et de l’information seront échangées.

Environ 70 promoteurs de l’agriculteur de huit districts différents dans les provinces du Nord, de l’Ouest, du Sud et de l’Est seront entraînés pour utiliser le téléphone portable. Ils participeront à collecter et soumettre des données pour le projet- concernant l’incidence et la gravité du BXW dans leur village – via le programme. Le projet s’attend à atteindre jusqu’à 5.000 agriculteurs par l’engagement avec des promoteurs de l’agriculteur et les téléphones portables.

Davantage de données issues du projet se traduiront en information pour les chercheurs, ONGs et décideurs politiques pour développer des systèmes de support effectifs et efficaces. De même, des données générées engendreront un système d’avertissement précoce qui informera les agriculteurs sur des flambées de la maladie et sur les meilleures options de gestion disponibles.

Un système de déclaration à temps réel de la maladie

Pendant que le Programme National de Recherche sur les Bananes existant au Rwanda a longtemps mis l’accent sur cinq domaines clé d’interventions avec des stratégies utilisées dans le contrôle ou la gestion de maladies de plantes, la solution mobile est décrite comme un outil innovant, facilement extensible et flexible pour l’application ou l’intégration avec d’autres plates-formes de technologies d’information et de communication (TIC) ou interfaces d’applications.

« Nous observons des limitations dans la disponibilité de données fiables et actuelles et d’information sur des modes de transmission de la maladie, la gravité ou des flambées, et l’effet des mesures de contrôle, » Mariette Mc Campbell, chargée de recherche, qui étudie l’ innovation TIC – activée et mise à l’échelle sur le projet TIC4BXW, dit IPS. « Nous manquons aussi de bonnes données socio-économiques et socioculturelles qui pourraient mener à des outils décisionnels pour les agriculteurs et un système d’alerte précoce.

Le nouveau système d’information a l’intention d’évoluer vers un système d’alerte précoce qui permettra au gouvernement Rwandais de cibler les efforts pour limiter la propagation de BXW, il veut aussi servir de catalyseur de partenariats entre parties prenantes pour renforcer les systèmes de production de bananes dans le pays.

« Cette (TIC) innovation devrait permettre une évaluation (presque) en temps réel de la gravité du mal et assister aux interventions pour contrôle ciblé, » explique Adewopo.

L’équipe du projet travaille dur pour développer ensemble la plate-forme TIC, avec des consultants et des promoteurs de l’agriculteur.

Au deuxième trimestre de 2019, des tests avec une version – pilote de la plate-forme commenceront dans les huit districts où le projet est actif.

L’équipe du projet a déjà identifié une variété de possibilités pour monter une plate-forme réussie. » Les problèmes avec Banana Xanthomonas Wilt ne sont pas limités au Rwanda, et ce n’est pas la seule maladie des cultures qui pose des problèmes aux agriculteurs. Pour cela, notre objectif à long terme est d’adapter la plate-forme de manière à ce qu’elle peut monter et être utilisée dans d’autres pays pour d’autres maladies ou pour d’autres récoltes. » explique Mc Campbell.

Selon Adewopo, « la vision pour la réussite est de développer ensemble et de déployer un outil et une plate-forme entièrement fonctionnels, en alignement avec les besoins des utilisateurs cibles et avec un accent aigu sur le renforcement des institutions compétentes comme le Conseil Agricole du Rwanda, d’allouer efficacement les ressources pour le contrôle et la prévention de BXW par une extension, ciblage et livraison démocratisés et basés sur la TIC »

Il y a un besoin croissant pour une gestion plus intelligente et plus rapide des risques qui ont limité la production dans des systèmes agricoles.

En reconnaissance de la menace terminale du BXW pour la culture des bananes il n’y a pas de doute que l’utilisation des outils TIC apportent un nouvel espoir pour les agriculteurs de bananes et ils peuvent les habiliter de manière équitable par une meilleure extension de l’accès consultatif, indépendamment du sexe, âge, ou statut social, tant qu’ils ont accès à un téléphone portable.