KIKWIT, RD Congo, 28 juil (IPS) – Avec une stratégie de relance 2011–2015, le gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC) multiplie des actions pour encourager la reprise de la culture du café qui a enregistré une perte d’environ 93 pour cent en 2010.
Les huit territoires de la province du Sud-Kivu dans l’est de la RDC s’activent pour la caféiculture. Des dizaines de pépinières et de plates-bandes émergent, que des paysans impliqués arrosent et surveillent régulièrement.
«De juin à juillet 2011, nous avons confié 414 kilogrammes de semences du type arabica à ces huit territoires pour cultiver. Ces semences ont été achetées auprès du Service national des semences à un coût de 1.656 dollars», déclare à IPS, Nkamizama Bola, chef secteur de l’Office national du café (ONC) – une institution publique – à Bukavu, la capitale provinciale du Sud-Kivu.
Bola précise également que de janvier à juin 2011, l’ONC a produit 252.149 plantules dont 171.144 ont été distribuées à une centaine de planteurs pour couvrir 580 hectares dans les huit territoires.
Dans la province Orientale, toujours dans l’est de la RDC, les acteurs impliqués cultivent le type robusta, a constaté IPS. Tout se fait avec la collaboration du Comité provincial de pilotage (CPP), une structure technique créée par le ministère de l’Agriculture, pour faire le suivi de la relance dans les provinces concernées par la culture du café.
«Près de 700 hectares doivent être exploités dans la province du Bandundu (sud-ouest de la RDC) pour le café arabica. Pour le moment, nous encadrons depuis juin des planteurs par des formations. Nous vulgarisons déjà de nouvelles pratiques culturales», explique Marc Tunieka, ingénieur et président du CPP/Bandundu.
«Le coût de relance de la caféiculture congolaise est de l’ordre de 100 millions de dollars. Près de 50 pour cent viendront du gouvernement à partir du budget 2012», déclare Thomas Kembola, président du Comité national de suivi de la filière café au ministère de l’Agriculture. Jean Cyrile Bozeme, responsable de l’ONC à Kinshasa, la capitale de la RDC, a confirmé cette information, indiquant que le reste du montant sera supporté, entre autres, par l’ONC et le Fonds commun des produits de base.
Le Document de stratégie de la relance de la filière café 2011-2015, parvenu à IPS, souligne que le pays tient à atteindre en 2015 une production de 120.000 tonnes sur une superficie de plus de 50 millions d’hectares.
Techniquement, indique le document, le gouvernement veut relancer les activités de la filière sur toute sa chaîne de valeur comprenant la recherche, la production, l’usinage, la commercialisation ainsi que la transformation et la consommation locale.
Selon les spécialistes, la RDC est passée d’un volume d’exportation d’environ 119.320 tonnes de café en 1989 à 897 tonnes en 2009 et à moins de 6.000 tonnes en 2010 suite à plusieurs facteurs dont les guerres de 1997 et de 1998.
Mais, d’autres facteurs entrent aussi en ligne de compte: des plantations et usines de traitement abandonnées ou non entretenues; le matériel végétal et les plantations non renouvelés; des vergers de caféiers abandonnés, les grands acheteurs disparus…
«La crainte que nous avons, c’est surtout celle liée au changement climatique. La sécheresse risque d’avoir des retombées négatives sur la production malgré de nouvelles méthodes mises sur pied», s’inquiète Joseph Katenga, expert en caféiculture, recommandant au gouvernement d’apporter des matériels performants et de haut rendement aux six provinces concernées par la culture.
Bonzeme affirme à IPS que le café torréfié sera vendu sur les marchés internationaux à un prix rémunérateur de 4.400 dollars la tonne. Chaque région productrice de café aura un comptoir pour acheter le café brut aux producteurs à environ 380 dollars la tonne. Le café sera récolté en avril et mai. «Si le gouvernement n’a pas relancé la filière café pendant le quinquennat, va-t-il vraiment faire du bon travail à quelques mois des élections? Je ne crois pas. Qu’on cesse de nous distraire», s’insurge Leonard Lumeya Dhu Malegi, député national de l’opposition.
«Le pays a été dans un grand trou lorsque nous sommes arrivés au pouvoir. Le gouvernement s’efforce de relancer petit à petit plusieurs activités pour redynamiser l’économie nationale. Il n’y a pas de distraction à faire, tout le monde au travail», a déclaré Adolphe Muzito, le Premier ministre, congolais à Kikwit, la capitale provinciale du Bandundu, le 18 juillet.
«L’idée de relancer la filière café est bonne. Mais il faut que le gouvernement puisse investir considérablement et faire des suivis s’il veut avoir de bons résultats», suggère Arsène Ngondo, vice-président de la société civile du Bandundu.

