TUNISIE: Des migrants fuient vers de nouveaux pièges

RAS AJDIR, Tunisie, 27 juil (IPS) – Pendant que l’Union africaine et les dirigeants de l'OTAN font pression pour une solution politique à la crise libyenne, nombre des milliers de réfugiés et de migrants bloqués à la frontière Libye-Tunisie affirment que leur situation désespérée continue de tomber dans des oreilles de sourd.

Assise devant sa tente de fortune avec sa fille et son petit-fils, Hawiyeh Awal, 63 ans, une réfugiée somalienne, essaie de trouver un peu d'abri pour se protéger de l’ardent soleil dans le désert tunisien.

“J'ai tellement peur que je vais mourir dans ce chaud désert”, déclare-t-elle. “Je souffre de diabète et j'ai perdu plus de huit kilos depuis [notre] arrivée ici à cause du climat chaut”.

Avant d'arriver en Tunisie en bus, il y a plusieurs mois, Hawiyeh a travaillé pendant 18 ans comme employée domestique pour des familles en Libye. L’instabilité dans son pays déchiré par la guerre l’a obligée à se lancer dans un voyage périlleux à travers le désert avec sa fille. Les violences qui ont coûté la vie à plusieurs membres de sa famille, ont causé de graves blessures sur ses deux mains.

“Mes deux mains ont été touchées au cours d'une fusillade, et ils [les médecins] n’ont pas pu sauver mon petit doigt de ma main gauche. Ma main droite a souffert de nombreuses fractures. Une opération chirurgicale que j'ai subie en Libye s'est avérée être un gâchis parce qu'ils ont oublié de retirer le coton placé à l'intérieur, et après 20 jours, elle est devenue infectée”.

“Ma fille et moi ne pouvons plus supporter la situation dans ce camp parce que tout ce que nous faisons, c’est de nous asseoir et attendre. Nous espérons simplement d'être réinstallées dans un endroit sûr où je peux trouver un traitement médical parce qu’ici, nous devons d'abord obtenir l'approbation de l'armée tunisienne afin d'accéder à n’importe quel type de soins”.

Situé le long de l’autoroute côtière principale libyenne menant à Tripoli, juste à l'est de Ras Ajdir, une ville dans le sud de la Tunisie, le camp de Shousha, géré par le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), abrite environ 3.500 réfugiés et migrants.

Tous les jours, la vie ici devient difficile à cause de l'exposition à des températures extrêmes, des tempêtes de sable fréquentes, de l'insuffisance de l’accès aux installations sanitaires, et la surpopulation.

“C'est le plus grand enfer. Il n'y a pas d'écoles, pas d'électricité, pas de travail, et avec le ramadan qui approche, nous n'avons même pas accès aux douches appropriées pour nous laver”, a confié à IPS, Jamal, originaire du Darfour, dans l’ouest du Soudan.

“Chaque jour, tout ce que nous mangeons, c’est du riz et de macaroni. Personne ne nous aide. Je préfère retourner en Libye, car que je sois ici ou là-bas, je vais mourir”.

Selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), plus de 600.000 sur près d'un million de civils, qui ont fui le conflit en Libye, sont des migrants.

Venant du Soudan, de la Somalie, de l’Erythrée, de l’Ethiopie, de l’Irak, du Nigeria et de quelque 20 autres pays, bon nombre de ces gens, qui cherchent refuge pour éviter le conflit en Libye, fuyaient déjà la guerre et la pauvreté dans leur pays d'origine.

Doumbia, 27 ans, originaire de Côte d'Ivoire, a fui son pays pour le Burkina Faso voisin après que l’agitation politique a coûté la vie à tous les membres de sa famille, sauf deux. Incapable de trouver un bon travail, il a décidé de payer 2.000 dollars à un passeur afin d’entrer en Libye illégalement.

Pendant plusieurs années, Doumbia jonglait avec divers petits boulots pour joindre les deux bouts jusqu'à ce qu'il ait pu obtenir un emploi stable en tant que directeur d'une entreprise de construction. Juste au moment où il a commencé à reconstruire sa vie, la guerre a éclaté.

“Je ne peux pas retourner au pays en raison de la situation politique et je n'ai plus de parents là-bas”, déclare Doumbia à IPS.

“Quand la guerre a éclaté, j'ai essayé de m'échapper, mais les soldats pro-Kadhafi ont pris mon passeport, mon argent, mon téléphone, et m’ont détenu parce que je n'étais pas légal dans le pays. Après un mois, ils nous ont déposés rudement à la frontière tunisienne”.

Sans le sou, affamés et sans aucun Etat membre de l'OTAN (Organisation du traité Atlantique Nord) ni aucun dirigeant africain prêt à intervenir, des centaines de migrants et de réfugiés risquent le voyage périlleux à travers la mer Méditerranée pour l'Europe, bien qu’il y ait une chance sur dix qu’ils périssent à cause de la faim, se noient ou qu’ils soient incapables de naviguer eux-mêmes.

“Pendant combien de temps devons-nous continuer à souffrir comme ça? Je suis ici depuis deux mois et je dois attendre jusqu'à la fin de novembre pour une interview avec le HCR en vue d’une éventuelle réinstallation”, a confié à IPS, Nasih, un demandeur d'asile érythréen.