OUAGADOUGOU, 29 juil (IPS) – Une fronde jamais égalée des producteurs de coton du Burkina Faso menace sérieusement la filière qui a jusque-là résisté aux aléas du marché mondial et qui est perçue comme un modèle de réussite dans la sous-région ouest-africaine.
Depuis mars 2011, les producteurs de coton exigent la baisse des prix des intrants et un meilleur prix d’achat du kilogramme de coton graine, menaçant de ne pas en produire cette année malgré un prix record de 245 francs CFA (environ 55 cents US) le kilogramme.
Et pour la première fois au Burkina, des milliers de producteurs de coton sont descendus en mars à Bobo-Dioulasso, la deuxième ville du pays, dans le sud-ouest, pour exiger un relèvement du prix au producteur à 500 FCFA (environ 1,12 dollar) le kilogramme et la baisse du prix des intrants. Les producteurs s’appuient sur le prix record du coton fibre sur le marché international qui est de 1.600 FCFA (3,5 dollars) le kilogramme. Le gouvernement burkinabè a ensuite baissé de 1.000 FCFA (environ 2,24 dollars) le prix de l’urée qui coûte désormais 18.000 FCFA (40 dollars) le sac de 100 kg, mais refusant de toucher au prix d’achat du kilogramme de coton graine.
Ces dernières semaines, la fronde a pris une tournure violente avec la destruction des champs de cotonniers par ceux qui maintiennent le boycottage du coton malgré les négociations avec les autorités.
“Le calme et la sérénité reviennent et on va continuer les échanges pour sécuriser les champs de cotonniers car ils (les frondeurs) peuvent mettre le feu aux cotonniers dès l’apparition des capsules”, affirme à IPS, Abdoulaye Komaré, le président de l’Union des producteurs de coton dans la région du Mouhoun (ouest du Burkina).
Des forces de l’ordre sont toujours présentes dans plusieurs localités de l’ouest du pays pour éviter de nouveaux affrontements entre producteurs.
Le gouvernement maintient la fermeté devant les “actes de vandalisme”, précisant que les auteurs des destructions, dont une trentaine ont été arrêtés, seront traduits en justice.
“Le gouvernement a été clair cette année: celui qui ne veut pas faire de coton avait le loisir de ne pas en faire. Il n’est pas compréhensible que celui qui ne veut pas faire le coton aille détruire le coton de celui qui veut produire”, a martelé le ministre d’Etat Arsène Bognessan Yé. Il a fait cette mise en garde à une rencontre avec les producteurs, le 24 juillet, à Boromo, dans l’ouest, où des affrontements entre producteurs ont fait un mort et plusieurs blessés.
“Nous avons souhaité que le gouvernement ne passe pas le temps à les rencontrer car il y a une limite à tout”, a menacé le ministre qui a déjà rencontré six fois les producteurs.
Komaré attendait 130.000 hectares pour le coton cette saison dans cette région qui fournit à elle seule 40 pour cent de la production cotonnière du pays. Mais seulement 70.000 hectares ont été emblavés à cause de la fronde d’une partie des producteurs.
A Dédougou, la capitale de la région du Mouhoun, 1.170 hectares de coton ont été détruits par les anti-cotons dont plusieurs dizaines sont écroués actuellement à Bobo-Dioulasso. Selon des responsables de la Société des fibres et textiles du Burkina (Sofitex), la société publique qui supervise la production du coton dans le pays, plusieurs milliers de cotonniers ont été détruits dans la partie ouest du Burkina, en attendant une évaluation exhaustive.
“La filière a sérieusement des problèmes, mais nous voulons lancer un appel pour que nous puissions aller à la production. Nous allons discuter autour de tous les problèmes de la filière coton à la fin de la campagne. Comme par exemple, pourquoi au Mali ils ont les intrants à 12.500 FCFA (28 dollars) et au Burkina à 18.000 FCFA (40 dollars)?”, a déclaré le ministre du Commerce, Arthur Kafando.
“Nous devons trouver une réponse afin que le Burkina ne perde pas le leadership à cause de cette fronde qui pourrait affecter l’objectif des 600.000 tonnes prévues cette saison”, souligne Kafando.
Le gouvernement soutient avoir accordé à la filière une subvention de trois milliards FCFA (environ 6,7 millions de dollars) pour les intrants, et assuré l’apurement de la dette intérieure des producteurs d’un montant de 4,355 milliards FCFA (environ 9,7 millions de dollars). Selon François Tani, producteur de coton dans la province de Tuy (ouest du pays), la crise est exacerbée par l’attitude qu’il juge ambiguë de l’Union des producteurs de coton (UNPCB).
“Les frondeurs accusent la Sofitex et l’UNPCB de diviser les cotonculteurs, car ils ne comprennent pas pourquoi l’UNPCB, qui a soutenu les revendications, se retourne pour inciter d’autres à reprendre la culture du coton avec des sommes d’argent (pour corrompre les producteurs)”, explique Tani à IPS.
Tani admet avoir décidé de ne pas produire de coton cette saison, mais avoir changé d’avis après les promesses du ministre de l’Agriculture d’organiser un forum sur la filière à la fin de la saison. Il dit avoir emblavé 25 hectares.
Au Burkina Faso, le coton représente environ 60 pour cent des recettes d'exportation et contribue – avec les activités d'égrenage, de transport – pour plus de 25 pour cent à la formation du produit intérieur brut. La filière cotonnière procure des revenus et fait vivre près de 20 pour cent de la population burkinabè.

