KIGALI, 26 juil (IPS) – Lorsque Callixte Munyabikari, un producteur de pommes de terre originaire de Gakenke, dans le nord du Rwanda, a été amené d’urgence dans un hôpital régional après un début de diarrhée, il pensait que c'était juste un mauvais cas d'intoxication alimentaire.
“Je n'ai jamais imaginé que c'était une maladie intestinale que j'ai contractée après avoir bu l'eau d’une rivière proche. Oui, la rivière était contaminée. Elle est utilisée tous les jours par les habitants locaux pour la cuisine et d’autres activités, telles que le lavage des vêtements le long des rives”, a-t-il indiqué.
Depuis 2007, la question de l'hygiène et de l'assainissement en milieu rural est une préoccupation majeure puisque le gouvernement rwandais a réduit les dépenses sur les soins médicaux pour les malades atteints de maladies dues à la mauvaise qualité de l’hygiène et de l’assainissement à travers le pays.
“Il est important d'éradiquer les comportements persistants parmi les communautés rurales. Un certain nombre de ménages accédaient uniquement aux latrines communes”, a expliqué la ministre rwandaise des Infrastructures, Colette Ruhamya, tout en soulignant le rôle d'un assainissement et d'une hygiène adéquats comme la principale composante d’un développement durable.
“Tout le monde peut creuser, et les latrines (ainsi que) la toiture sont des matériels de moindre coût”, a-t-elle affirmé. L'objectif du gouvernement est que chaque ménage, partout où cela est possible, devrait avoir accès à ses propres installations d'assainissement. Le Rwanda cherche à être un modèle d'hygiène et d'assainissement pour les autres pays africains.
En effet, il est l'un des quatre pays seulement en Afrique qui semblent être disposés à atteindre le septième Objectif du millénaire pour le développement (OMD) d’assurer la durabilité environnementale, qui comprend la réduction de moitié de la proportion de la population qui n’a pas un accès durable à l'eau potable et à l'assainissement de base. Les trois autres pays sont le Mozambique, le Ghana et la Sierra Leone.
Les délégués à la Conférence africaine sur l'assainissement et l'hygiène (AfricaSan 3), qui s’est tenue du 19 au 21 juillet à Kigali, la capitale du Rwanda, étaient divisés sur la question de savoir si la pauvreté était la cause principale des mauvaises installations d’assainissement et des maladies d’origine hydrique affectant actuellement des millions de personnes à travers le continent.
“Il y a un besoin urgent pour les pays africains de s'attaquer au problème d'assainissement et d'hygiène sans compter sur l'aide des donateurs”, a déclaré le président rwandais, Paul Kagame.
Selon lui, la seule solution inclusive pour promouvoir des mesures visant à prévenir les maladies d'origine hydrique, provient des initiatives locales, sans devoir compter sur l'aide étrangère.
Les commentaires de Kagame sont venus à un moment où des experts, en provenance de plusieurs pays d'Afrique, ont loué les initiatives prises pour promouvoir l'hygiène à travers cette nation d’Afrique centrale.
Depuis 2001, le Rwanda entreprend des mesures fortes visant à éliminer les pratiques anti-hygiéniques, tout en sensibilisant les communautés locales dans les zones urbaines et rurales sur le changement de comportement et des mauvaises habitudes liées à une mauvaise pratique d'hygiène.
D'autres initiatives prises pour prévenir les maladies d’origine hydrique comprennent l'installation de toilettes pour tous les ménages à travers le pays, tout en assurant des systèmes d'approvisionnement en eau potable dans plusieurs régions reculées du pays. Les statistiques officielles indiquent que 61 pour cent de la population rurale du Rwanda ont accès à des sources améliorées d'eau potable, tandis que 20 pour cent accèdent à un assainissement amélioré.
Toutefois, certains participants ont été pessimistes, affirmant qu'il y a encore du chemin à faire puisque seulement quatre pays à travers le continent sont sur la bonne voie en termes de fourniture d’un accès à l'eau potable, par rapport au reste de leurs homologues.
“C'est mieux d'être réaliste sur les engagements pris (par les gouvernements) vers des solutions durables, mais cela implique qu’il faut les accompagner par des actions proposées, en s'assurant que la majorité des communautés rurales bénéficient (d’une) infrastructure adéquate d'approvisionnement en eau potable et d'assainissement”, a déclaré le ministre zimbabwéen du Développement et de la Gestion des Ressources en Eau, Samuel Sipepa Nkomo.
“Il est encore incroyable que seulement quatre pays africains soient sur la bonne voie vers la réalisation (de) l’OMD sur l'assainissement”, a déploré Nkomo. Il a condamné les politiques inadéquates pour mobiliser des ressources financières dans certaines nations africaines, comme une raison.
S'exprimant en marge du sommet conjointement organisé par les Nations Unies et le Conseil des ministres africains de l'Eau, Nkomo a exhorté les gouvernements dans les pays encore à la traîne dans la réalisation de l’OMD, pour des actions concrètes, tout en identifiant que la priorité était nécessaire au niveau local.
Toutefois, la société civile est toujours optimiste que l'Afrique pourrait enfin marquer un point dans la crise de l'assainissement; des responsables estiment que le grand défi concerne plus l'adoption de politiques appropriées dans ce domaine pour freiner les conséquences des maladies d'origine hydrique.
Selon Lydia Zigomo, la directrice de 'WaterAid', une organisation non gouvernementale environnementale, le défi (dans la prise de décisions politiques) demeure redoutable.
“Un total de 584 millions de personnes en Afrique n'ont pas un assainissement amélioré, et les plus pauvres sont 18 fois plus susceptibles de déféquer en plein air”, a déclaré Zigomo. Elle affirme que la question de l'hygiène a toujours été la plus négligée des OMD et exclue de la bonne voie, avec peu de financement, de ressources ou de volonté politique pour résoudre la crise.
Mais certains représentants de gouvernements africains déclarent que les ressources nécessaires sont disponibles, et que ce qu’il fallait le plus n'était pas l'argent, mais la sensibilisation des communautés sur comment elles peuvent changer les mauvaises habitudes liées à l'hygiène et à l'assainissement.

