NAIROBI, 28 déc (IPS) – Des recherches ont montré que les femmes représentent plus de la moitié de la population dans tous les pays. Cela se reflète dans les résultats du recensement de 2010 où il y a légèrement plus de femmes que d’hommes au Kenya.
Cependant, cette grande population de femmes est invisible dans les principaux processus de prise de décision, notamment dans la gouvernance – à la fois au niveau local et national.
Même si la tendance est en train de changer lentement au Kenya et qu’il y a maintenant plus de femmes qu’il n’y en a jamais eu au parlement actuel, il est toujours nécessaire d’avoir plus de femmes dans le leadership politique.
Des 222 membres du parlement, seuls 22 sont des femmes – avec seulement 16 qui ont été élues et six qui ont été nommées. Depuis 2003, lorsque le nombre des femmes était à 18, il y a eu un changement positif notable dans la façon dont les différents ministères dirigent les affaires. On ne peut pas surestimer l’importance de la nécessité d’un processus sexospécifique dû au fait que les hommes et les femmes leaders sont reconnus pour avoir des intérêts politiques divergents et, partant, différents besoins stratégiques et pratiques.
“Au niveau politique, nous avons connu diverses lois qui répondent bien à la question du genre, telles que la loi sur les infractions sexuelles de 2006 introduite au parlement par une femme député, Hon Njoki Ndung’u. Il y a aussi la loi sur l’enfance de 2002, la loi sur l’emploi de 2007, la loi sur les partis politiques de 2007. Ces textes de loi ont une signification importante concernant la recherche de l’égalité entre les sexes et celle de l’équité”, explique Kakuvi Njoka, un avocat du comté de Tharaka-Nithi, à l’est du Kenya.
La loi sur l’emploi ainsi que celle sur les partis politiques prennent en considération les questions importantes liées à l’égalité de représentation entre les sexes dans l’arène socioéconomique et politique. Elles visent à promouvoir l’égale participation des hommes et des femmes à la fois et à décourager les pratiques discriminatoires.
“Les deux lois prévoient un plancher pour le nombre de femmes, puisque ces dernières sont le sexe marginalisé dont on doit tenir compte au niveau de l’emploi et au niveau des partis politiques à la fois. Elles s’adressent donc au décret présidentiel qui stipule qu’il doit y avoir au moins 30 pour cent de femmes dans toutes les fonctions publiques”, explique Jane Malika, une activiste du genre à Nairobi.
“Avec l’introduction du Fonds pour la promotion des femmes, une cagnotte destinée à la micro-finance, davantage de femmes peuvent maintenant accéder à des crédits du gouvernement, mais après avoir pris par divers niveaux de renforcement des capacités”, explique Dan Maingi, un comptable du comté de Kiambu, au centre du Kenya.
L’introduction de la transmission en direct des sessions parlementaires a aussi montré un changement de paradigme dans la direction prise par les débats au parlement et dans d’autres politiques inspirées de ces débats, telles que le document parlementaire N°2 de 2006 portant sur l’égalité de genre et le développement, la politique foncière nationale, la politique nationale sur la reproduction et la santé, la politique sur le genre dans l’éducation de 2007 et la politique nationale relative à l’abandon des mutilations génitales féminines.
A travers l’insistance des femmes parlementaires, le gouvernement s’est engagé en 2007 à mettre de côté près de 125.000 dollars pour aborder un problème fondamental. Les élèves filles et les étudiantes, a-ton remarqué, surtout celles qui sont en milieu rural où la population est plus affligée par la pauvreté, étaient absentes à l’école pendant cinq jours dans un mois en raison du manque de serviettes hygiéniques. Cela revient à deux mois d’absence en une année académique.
Une étude récente conduite par le Centre de recherche sur la population et la santé en Afrique (APHRC) et la division de la santé de la reproduction au ministère de la Santé publique et de l’Assainissement, montre que les serviettes hygiéniques ne sont toujours pas disponibles et que les filles des quartiers pauvres en souffrent le plus.
Ce débat public concernant un sujet qui était tabou auparavant en raison de la nature conservatrice de la société, a amené des bienfaiteurs à faire des dons afin que les filles ne s’absentent pas de l’école par manque de serviettes hygiéniques.
Il est aussi important de noter le processus de révision constitutionnelle qui a récemment connu la promulgation d’une nouvelle constitution par le Kenya. “En 2008, la ministre de la Justice et des Affaires constitutionnelles d’alors, Hon Martha Karua, a commencé à faire pression sans arrêt pour l’établissement d’un calendrier qui guiderait la révision de la constitution. Ensemble avec d’autres femmes parlementaires, elle a aussi assuré que le processus de révision tienne compte du genre”, explique Jennifer Massis, politicienne et ancienne candidate au parlement.
Cela peut se refléter dans l’organisation de la commission d’experts ayant reçu le mandat de rédiger la constitution, ainsi que dans certaines clauses contenues dans le document qui inclut la clause sur la discrimination positive; cette dernière stipule qu’au moins un tiers de chaque sexe doit être représenté dans les différents postes électifs.
Bien que le fait d’avoir plus de femmes dans les postes de direction ne se traduise pas nécessairement en égalité de genre, la participation active des femmes dans le processus de décision est essentielle.

