BLANTYRE, Malawi, 29 déc (IPS) – Hermes Chimombo, un soudeur de 50 ans, est un homme vénéré dans le village pauvre de Naotcha au Malawi. Avec des outils rudimentaires et une passion à soulager la souffrance des gens, il a exploité une source située dans la montagne, au-dessus du township, pour fournir de l’eau de robinet aux 25.000 habitants.

En 1998, toutes les nuits, on pouvait voir des groupes de femmes s’aventurer dans l’obscurité pour éviter les longues queues pendant la journée.

Ces femmes se frayaient leur chemin avec précaution le long d’un sentier vers la montagne Soche, des seaux d’eau sur la tête, les cheveux hérissés par la crainte d’être agressées par les bandits cachés dans la montagne et par les hyènes qui, selon les gens, seraient en train de se retirer de Chikwawa, un district rural limitrophe.

“C’était notre cauchemar”, déclare Sphiwe Adams, une habitante du township depuis plus de 20 ans. La seule source d’eau fiable de Naotcha, qu’on peut boire, utiliser pour faire la cuisine et autres tâches domestiques, était une source située en haut sur les pentes de la montagne Soche, à 600 mètres du point de rencontre entre le township et la forêt.

Eluby Mkwanda, une propriétaire de maison à Naotcha, se rappelle la réponse que servent les nouveaux locataires des trois maisons qu’elle possède près de cette frontière.

“Quand on emmenait les femmes sur la montagne le premier jour, on voyait la colère sur leur visage. Elles ne vous adressaient pas la parole et elles criaient sur leurs maris pour les avoir amenées là. Ainsi, plusieurs maisons à louer restaient-t-elles inoccupées”. Naotcha est à 20 kilomètres environ du réservoir le plus proche de l’Office public de l’eau de Blantyre. Le réservoir a été construit en 1964 pour desservir Kanjedza et Zingwangwa, des établissements planifiés environnants.

Mais la population de la ville de Blantyre, la capitale économique du pays, est passée de 113.000 habitants environ en 1996 à 502.000 habitants en 1998; elle est présentement estimée à 670.000 habitants. On estime que la vague de migration urbaine qui a commencé au début des années 1990 provient des quartiers pauvres en pleine expansion dans la ville.

En 40 ans, l’office n’a fait aucun investissement important pour étendre son réseau et assurer une fourniture permanente de l’eau, a déclaré son porte-parole à IPS.

En 1998, Chimombo était le président du comité de développement de la communauté. Les difficultés en eau de la région sont vite devenues sa plus grande préoccupation.

En 1999, il s’est approché du 'Malawi Social Action Fund' (MASAF – Fonds d’action sociale du Malawi), un programme financé, en guise de soutien, par la Banque mondiale. Le MASAF a déclaré qu’il examinerait la proposition, mais seulement sept ans plus tard, pendant sa prochaine session d’étude des projets.

“J’ai senti la responsabilité de sauver la situation qui reposait carrément sur mes épaules”, déclare Chibombo. “J’avais amené les gens à croire que nous aurions de l’eau. Maintenant, je ne veux pas qu’ils continuent de souffrir pendant sept années encore”.

Cette même semaine, avec l’argent provenant de sa petite entreprise de soudure, il a acheté un tube vertical, un tonneau en fer vide de 100 litres, un paquet de ciment et du fil électrique à usage domestique. En une journée de travail, il a planté le tonneau sur la montagne et il a installé un conduit pour tirer l’eau de la source vers le tonneau. Ensuite il a raccordé des tuyaux de 20 mm depuis le fond du tonneau et a posé un canal de 700 mètres jusqu’au niveau d’une clairière à l’entrée du township.

Et l’eau a coulé. “Il y a eu la fête ce jour-là. Un miracle s’est produit. Nous ne l’avons pas cru après le refus du MASAF, mais il a continué en se servant des garçons de son entreprise”, se souvient Mkwanda.

Mais ce point d’eau était toujours loin de la plupart des habitants du township tentaculaire. Chimombo a prolongé la principale ligne de distribution sur 1,5 kilomètre encore, vers un second kiosque de deux robinets.

Il fournissait l’eau gratuitement. Mais son entreprise en pâtissait puisqu’il continuait d’y puiser de l’argent pour gérer le projet. En 2000, les habitants ont décidé de commencer à payer, “comme une façon de le remercier”. Ils achètent 20 litres d’eau à 4 cents, un cent plus élevé que celui payé aux kiosques de l’office. Le projet de Chimombo a été élargi à l’approvisionnement de 20 kiosques à partir de trois fontaines situées sur la montagne.

Ces dernières fournissent l’eau 24 heures par jour. Leurs trois 'réservoirs', qui sont maintenant remplacés par des citernes en béton, sont nettoyés à l’intérieur une fois chaque mois, le moment où l’eau est aussi traitée avec du chlore fourni par le conseil municipal de Blantyre. Refusant de s’approprier le projet, Chimombo a transmis la gestion de 16 kiosques à d’autres personnes.

Elles entretiennent le réseau et contrôlent les ventes de l’eau dans leurs zones. L’argent leur appartient. A partir des quatre kiosques à sa charge, Chimombo collecte environ 14 dollars par jour dans chaque kiosque.

Une ONG (Organisation non gouvernementale) locale, 'Sustainable Rural Growth and Development Initiative' (Initiative pour la croissance et le développement durable en milieu rural), a mis le groupe en contact avec le conseil municipal concernant l’accès à la formation en gestion. Elle appuie aussi l’équipe dans la réhabilitation de la forêt dégradée et dans l’expansion du réseau vers un endroit proche, à faible densité.

Le directeur exécutif de l’organisation, Maynard Nyirenda, déclare que l’invention de Chimombo illustre la manière dont le Malawi peut exploiter ses vastes ressources en eau pour éliminer les problèmes d’approvisionnement.

Ironiquement, l’innovation de ce dernier n’a pas encore atteint sa propre maison délabrée. Sa femme marche pendant 20 minutes environ pour aller chercher de l’eau dans l’un des kiosques. Parfois, ils peuvent accéder à l’eau à partir du robinet mis en place dans leur cour par l’office de l’eau.

Mais des jours pareils sont rares, déclare Chimonbo. “Je suis satisfait que ce que nous avions petitement commencé ait profité à des milliers de gens. Il y a encore des habitants qui obtiennent de l’eau à partir des cours d’eau sales mais je pense que cela changera au fur et à mesure que le projet se développe”.

Pour Sphiwe Adams, aucun habitant ne pourra jamais remercier Chimombo assez. “Seul Dieu sait la meilleure façon de le remercier”, déclare-t-elle en soulevant son seau au niveau d’un kiosque.