KAMPALA, 27 déc (IPS) – La classe de 90 élèves de Beatrice Namuzibira n’est même pas considérée comme ayant un grand effectif, comparée aux classes d’autres écoles. L’éducation primaire pour tous a rempli les salles de classe, au-delà de leur capacité, à travers l’Ouganda; ce qui harasse les enseignants.
Namuzibira admet qu’elle a trouvé les débuts de sa carrière d’enseignante extrêmement stressants, partagée entre les cours, la correction des copies et la préparation des leçons du jour suivant.
“Depuis la classe, je commençais aussitôt à noter les cahiers; après, à la maison, je préparais les fiches pour le lendemain; je n’avais pas de temps pour ma famille”.
Sous la pression, Namuzibira a aussitôt abandonné la préparation de nouvelles fiches pédagogiques, un aspect capital de son travail. Au cours des années, elle en est arrivée à se fier simplement à la répétition des mêmes leçons plusieurs fois.
Mais son enseignement et sa vie familiale ont reçu une nouvelle inspiration, grâce à des modules novateurs en ligne pour les enseignants, offerts par le projet Formation des enseignants en Afrique subsaharienne (TESSA), un réseau d’appui à l’efficacité de l’enseignement dans tous les domaines.
Richard Mutiibwa, directeur du collège 'Parents’ School' de Masajja Kibira, à la périphérie de Kampala, déclare que les modules ont rendu l’enseignement à nouveau amusant. Il a déclaré à IPS qu’avec les modules, l’enseignement est comme un jeu. On amène souvent les élèves à apprendre à travers des puzzles à résoudre.
“Dans l’un des modules, on attribue également des lettres différentes aux nombres au verso. Lorsque les élèves mettent ensemble les nombres, ils découvrent qu’ils ont aussi formé un mot, tel que POT”, déclare Mutiibwa. Doris Kaije, enseignante à l’université de Kyambogo et coordonnatrice du programme TESSA en Ouganda, déclare que ce que Namuzibira faisait était mauvais.
“Un enseignant doit être dynamique parce que le monde change. Vous ne pouvez pas continuer de répéter le même exemple que celui que vous utilisiez l’année dernière. Cela ne pourra simplement pas marcher parce que vous aurez l’air de ne plus être à la page.
Une classe idéale, déclare Kaije, doit comprendre 40 élèves au plus, mais maintenant que les classes débordent, la créativité des enseignants est étouffée.
Namuzibira doit toujours faire face à des classes à grand effectif mais les modules du programme TESSA lui font gagner un temps précieux et lui permettent de venir travailler chaque jour avec un plan plein d’imagination et de nouveaux exemples à utiliser. Chaque fiche pédagogique offerte par le programme TESSA est un effort conjugué de différents enseignants membres du réseau.
Les modules aident aussi à surmonter la difficulté du manque de livres et d’autres supports pédagogiques dans l’école de Namuzibira, l’école primaire de l’Eglise de Buyala en Ouganda.
“Mon école n’achèterait jamais autant de livres, mais à travers l’internet, vous pouvez obtenir plusieurs modules faciles à lire et il vous revient de choisir ce qu’il faut utiliser”, déclare Namuzibira.
Le projet que Kaije est en train de coordonner rend les modules disponibles gratuitement sur internet. Kaije imprime certains modules à distribuer aux enseignants et aux écoles participantes car la plupart n’ont pas encore accès à un ordinateur ou à l’internet.
Le projet TESSA a été démarré par l’Université Ouverte au Royaume-Uni et il est soutenu par le 'Commonwealth of Learning'. Il aide les enseignants de plusieurs pays africains à partager des modules d’enseignement et des expériences en ligne.
Kaije est convaincue que le projet est en train de rendre meilleure la profession enseignante. “Nous avons commencé avec une coordination de cinq établissements de formation d’enseignants du primaire et à travers ces derniers, le projet a été étendu à d’autres écoles où on donne aux enseignants le matériel pédagogique imprimé, bien que ceux qui sont dans les écoles [ayant l’accès à l’ordinateur] puissent facilement l’obtenir en ligne”.
Elle déclare que le projet a été adopté par les enseignants mais qu’en raison des ressources limitées, il ne peut pas atteindre la plupart de ceux qui souhaiteraient y participer. “Si seulement les écoles pouvaient avoir des ordinateurs et la connexion internet, cela nous rendrait la vie plus facile”.
L’Université Ouverte donne à Kaije 20.000 dollars US chaque année pour l’impression du matériel et l’organisation d’ateliers avec les enseignants mais elle aimerait faire beaucoup plus.
Le consultant en éducation Fagil Monday craint que les modules puissent détruire la propre créativité des enseignants s’ils peuvent obtenir tout ce qu’ils veulent dans une base de données virtuelle. Mais Doris Kaije déclare que cette crainte n’est pas fondée.
Elle déclare que les modules en ligne ne sont pas rigides et que les enseignants sont libres d’ajouter leurs propres réflexions et idées, ce qui signifie que leur propre créativité peut être aussi partagée avec d’autres.
“Ce sur quoi nous travaillons est de réussir à avoir un éditeur qui assure un suivi de qualité du contenu qui arrive sur le site.
Les modules du programme TESSA sont en train de répondre aux défis rencontrés par la plupart des enseignants en Afrique subsaharienne.
Pour les enseignants comme Beatrice Namuzibira, se débattant seuls jusqu’à présent avec le grand effectif dans des classes en milieu rural, le programme TESSA les met en relation avec des ressources et une communauté de soutien de collègues à travers le continent.

