BANJUL, 20 déc (IPS) – L’ancien chef de la défense gambienne est en train de lancer en décembre un appel contre sa condamnation à mort pour trahison. Un amendement aux lois du pays contre le trafic humain et des drogues pourrait signifier que beaucoup plus de cas de peine capitale passeraient devant les tribunaux.
En abolissant la peine de mort en 1981, ce pays d’Afrique de l’ouest faisait partie des premiers gouvernements africains à le faire. Le président Yahya Jammeh a rétabli la peine de mort en 1995 comme une punition contre le meurtre et la trahison.
Deux douzaines de personnes ont été condamnées à mort en Gambie depuis lors. Aucun n’a été exécuté pendant la période, mais personne non plus n’a été gracié ni vu sa peine réduite.
Baboucarr Ceesay, rédacteur en chef du journal 'The Daily News', déclare que la peine de mort n’a pas contribué à réduire le nombre des meurtres.
“En fait, avant 1995, nous avons rarement entendu parler du meurtre de quelqu’un”, affirme-t-il, “mais cela a fréquemment fait la une des journaux au cours de ces quelques dernières années”.
Concernant la trahison, Ceesay ne se souvient pas d’une tentative de coup d’Etat pendant la période où la peine capitale a été abolie. Par contre, depuis 1995, année de la réintroduction de cette peine, la Gambie a connu au moins quatre tentatives de coup d’Etat.
Mais en octobre, la peine capitale a été étendue davantage à la punition des infractions relatives au trafic de drogue.
Musa Touray, un fonctionnaire à la retraite, estime que l’application de la peine de mort aux infractions liées à la drogue ne sera pas suffisante pour réduire le taux croissant du trafic de drogue.
“La peine de mort n’est pas nécessaire”, déclare-t-il, ajoutant : “C’est trop lourd, la peine. Ce que le gouvernement doit faire, c’est de renforcer ses mécanismes de contrôle”.
L’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime a fait remarquer que l’Afrique de l’ouest est devenue de plus en plus un point de transit pour les drogues, avec des trafiquants profitant de la pauvreté et de l’insuffisance de contrôle pour faire passer les drogues de l’Amérique du sud vers l’Europe.
En juin, un record de deux tonnes de cocaïne a été retrouvé en Gambie, avec une valeur marchande estimée à un peu moins d’un milliard de dollars en Europe, selon des informations de presse.
La loi gambienne modifiée stipule que toute personne surprise avec plus de 250 grammes de cocaïne est passible de la peine de mort si elle est reconnue coupable. Ceux qui seront reconnus coupables de trafic humain seront également passibles d’une condamnation à mort.
“La menace du trafic de drogue et celle des activités des principaux barons de la drogue ont commencé à faire leur apparition devant cette juridiction ces derniers temps”, a déclaré, aux parlementaires, Edward Anthony, procureur général et ministre de la Justice.
“Donc ce projet de loi cherche à étouffer dans l’œuf cette évolution négative en prévoyant des sentences qui serviront d’armes de dissuasion contre toute personne désireuse d’utiliser ce pays soit comme un point de transit soit comme un point de destination pour les drogues dures”.
La décision a immédiatement attiré des critiques.
L’avocat Assan Martins a déclaré que les législateurs avaient outrepassé leurs pouvoirs, puisque les principes de la constitution gambienne excluent la peine de mort pour les infractions qui n’ont pas entraîné la mort d’une autre personne.
Les droits fondamentaux et la liberté de chacun doivent être respectés en tant que partie intégrante de la constitution qui est la loi suprême du pays”, a-t-il dit.
Le député de l’opposition, Babanding Daffeh du Parti démocratique uni, a contesté les reportages des medias selon lesquels l’Assemblée nationale avait voté à l’unanimité le projet de loi.
“Le parti au pouvoir forme la majorité à la Chambre; donc, même lorsque nous avons dit non, notre vote n’a pas compté”, a-t-il déclaré. “Mais, j’étais contre la peine de mort. A mon avis, dans la mesure où nous voulons réprimer le trafic humain et de la drogue, nous ne devons pas imposer la peine de mort, mais nous devons plutôt mettre l’accent sur la prévention et sur la réinsertion des criminels dans la société”.
Le président gambien Jammeh a émis plusieurs avertissements sévères sur son intention de lutter contre le trafic de drogue. Lorsqu’il célébrait le 16ème anniversaire de sa présidence en juillet – Jammeh est arrivé pour la première fois au pouvoir par un coup d’Etat en 1994 – il avait promis de sévir contre les trafiquants de drogue.
“Je préfèrerais mourir que d’autoriser certains éléments malavisés à utiliser la Gambie comme une zone de drogue”, avait déclaré Jammeh à la presse. Il a soutenu sa déclaration par un financement et un équipement supplémentaires pour l’Agence nationale de lutte contre la drogue.
Les énormes quantités d’argent engagées font de l’arrêt du trafic une affaire compliquée. Parmi ceux qui sont accusés de trafic de drogue, figurent l’ancien chef de l’agence antidrogue et quatre personnes membres de son personnel. Un ancien chef de la police et deux officiers supérieurs de l’armée sont également sous le coup des accusations de trafic de drogue; ils sont en outre accusés d’avoir tenté d’impliquer le président lui-même, en déclarant qu’il leur avait donné des drogues à vendre.
L’expérience des pays comme la Thaïlande ne soutient pas l’argument selon lequel la peine de mort exerce un effet dissuasif contre les trafiquants de drogue. La Thaïlande continue d’enregistrer un important trafic des drogues; ce pays asiatique envisage maintenant d’abandonner la peine de mort conformément aux obligations des droits humains.
Martins et Badinding partagent la préoccupation selon laquelle des personnes innocentes pourraient être exécutées pour des crimes qu’elles n’ont pas commis.
“Nous devons réinsérer nos criminels”, indique Daffesh. “Si quelqu’un a été condamné, mais reconnu innocent plus tard après qu’une peine de mort a été exécutée, ce sera un grand coup”.
Martins est d’accord: “La crainte est qu’une personne innocente peut également souffrir ou peut finir par être une victime. Nous ne soutenons rien de la punition collective de l’innocent et du coupable à la fois”.

