SANTE-CONGO: La nouvelle vie des ex-fistuleuses

BRAZZAVILLE, 18 déc (IPS) – Au Congo Brazzaville, des femmes incontinentes, qui souffraient de fistule obstétricale et ont été opérées gratuitement, retrouvent dignité, joie de vivre et activité professionnelle.

Les autorités sanitaires, les organisations non gouvernementales (ONG) et les institutions travaillent également en direction des familles pour qu'elles soutiennent ces femmes plutôt que de les rejeter.

“Je ne contrôlais plus mes urines. Toute ma famille m’avait abandonnée”, se souvient Pauline qui mène aujourd'hui une vie normale. Elle souffrait de fistule, cette fissure qui se forme entre le vagin et la vessie ou le rectum à la suite d'accouchements difficiles, fréquents sans assistance médicale. Et la femme souffre ensuite d'incontinence chronique (pertes d’urines et de selles), ce qui fait qu’elle est rejetée par son entourage. Comme Pauline, après bien des souffrances, Félie a retrouvé aussi sa joie de vivre et tient un petit commerce. Dans le cadre de l'amélioration de la santé maternelle, le cinquième objectif du millénaire pour le développement, le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP) a lancé en 2003 une campagne mondiale de lutte contre les fistules obstétricales dans près de 40 pays. En juin dernier, le gouvernement du Congo Brazzaville, avec l’appui du FNUAP, a démarré une deuxième campagne. Selon Jeannette Bikoussi, médecin chargé de la santé de la reproduction au FNUAP, 30 femmes ont été opérées gratuitement en 2009, et sont aujourd'hui guéries. Parmi elles, une vingtaine ont bénéficié d'une aide pour retrouver une activité : “Nous espérons qu’avec cette deuxième campagne, nous pourrons atteindre un plus grand nombre”, dit-elle.

Après l’opération, les femmes sont soutenues psychologiquement et financièrement. “Nous en avons réinséré plusieurs dans des commerces. Elles sont suivies par nos agents”, déclare Rock Mabiala, coordonnateur chargé de la réintégration socio-économique des fistuleuses au ministère congolais des Affaires sociales. De son côté, le Rotary Club a lancé en 2009 une mission médicale humanitaire au cours de laquelle 19 fistuleuses ont été opérées. Jérémie Mouyokani, secrétaire de cette ONG, espère que cette mission s'inscrira dans la durée. L'affection des proches parents Au Congo, le coût de l'opération de la fistule varie entre 500.000 et 900.000 francs CFA (entre 760 et 1.370 euros). Une intervention bien trop chère pour la plupart des femmes obligées de vivre avec cette anomalie et de subir, en plus, le rejet de leur entourage. “Elles sont souvent repoussées par leurs familles et leurs maris. Elles se sentent humiliées et doivent être prises en charge”, souligne Anani Odzébé, un médecin urologue au Centre hospitalier universitaire de Brazzaville, la capitale congolaise. “Parfois, quand tu te lèves devant des gens, ton habit est souillé derrière; ça fait honte”, dit Pauline. “Mon mari m’injuriait tout le temps. Il me disait que je sentais et m’évitait. Il a fini par trouver une autre femme”, se souvient douloureusement Claude, une autre ancienne fistuleuse. Rose, une autre qui en souffre encore, témoigne: “Jusqu’à aujourd’hui, j’ai des écoulements. Tout le monde me fuit, sauf ma famille. Je souffre beaucoup”. Cornélie Adou Ngapi, directrice générale de la promotion et de l'intégration de la femme au développement, invite les familles à soutenir les victimes. “Lorsqu’un cas de fistule est signalé au niveau des hôpitaux, nous nous rapprochons de la famille pour essayer d’en parler avec elle. Les fistuleuses ont besoin de l'affection de leurs proches”, explique-t-elle.

Ces dernières années, une enquête du FNUAP a enregistré près de 150 cas de fistules obstétricales au Congo. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), chaque année dans le monde, 50.000 à 100.000 nouvelles femmes présentent une fistule obstétricale. En Asie et en Afrique subsaharienne, plus de deux millions de femmes vivent avec ces anomalies non traitées. Les fistules peuvent pourtant être évités, souligne l'OMS, qui préconise de “repousser l’âge de la première grossesse, de mettre fin aux pratiques traditionnelles préjudiciables et d'avoir accès, en temps voulu, à des soins obstétricaux”. Les mariages précoces et les mutilations génitales féminines sont souvent à l’origine des fistules. *(El-Staël Enkari est journaliste pour Syfia, une agence de presse basée à Montpellier. Cet article est publié en vertu d'un accord de coopération entre l’agence de presse InfoSud et IPS).