RD CONGO: La population de Kikwit n’a pas accès à l’eau potable

KIKWIT, RD Congo, 21 déc (IPS) – Un barrage toujours attendu fait que 800.000 personnes, sur environ un million d’habitants, peinent à s’approvisionner en eau potable à Kikwit, la principale ville de la province du Bandundu, dans le sud-ouest de la République démocratique du Congo (RDC).

Les 200.000 autres ont accès à l’eau potable grâce à 25 bornes fontaines publiques placées par la Régideso, la société d’Etat qui s’occupe du traitement et de la distribution d’eau en RDC. Actuellement, c'est le système des bornes fontaines qui est utilisé à Kikwit. Le réseau global de canalisation d'eau potable – avec abonnement – n'existe plus depuis 1992, car selon la Régideso, les foyers ne payaient pas leurs factures d'eau. Ce réseau avait fonctionné seulement de 1985 à 1992 avant de disparaître. Actuellement, l’Etat congolais ne fait encore rien pour réduire les souffrances de la population, malgré les promesses. Les autorités affirment compter sur le projet du barrage hydroélectrique de Kakobola à construire sur la rivière Lufuku, à 200 kilomètres de Kikwit. Mais les travaux n’ont pas encore démarré.

Ainsi, chaque jour dès 5 heures du matin, plusieurs dizaines de femmes, jeunes, et d’enfants, bidons en mains, sillonnent des avenues de Kikwit, ou descendent vers des sources naturelles (ruisseaux), parfois non entretenues, à plus de deux kilomètres de leurs domiciles, pour s’approvisionner en eau. Parfois, certains vont à la rivière Kwilu, tandis que d’autres achètent l’eau de puits non traitée avec tous les risques d’attraper des maladies hydriques, ou d’être mordus par des serpents.

«Quand est-ce que cette punition prendra fin? J’ai fait plus de deux heures et demie rien que pour chercher l’eau, pourtant mon mari doit aller au service», déplore à IPS, Chantal Nsanga, un bidon de 25 litres en main, rencontrée vers l’aéroport de Nzinda, en provenance de la source du même nom, accompagnée d’une nièce de huit ans, avec une gourde de cinq litres.

«Nous avons perdu en 2008 trois enfants de moins de 15 ans qui sont morts asphyxiés sous l’éboulement de la terre lorsqu’ils se précipitaient à puiser de l’eau à une source située au fond d’un ravin dans la commune de Lukemi. A cela, s’ajoutent plusieurs cas de noyade toujours des enfants dans la rivière Kwilu, surtout pendant la saison sèche», témoigne Rigobert Angwete, un habitant de Kikwit. Depuis des années, Kikwit connaît de sérieux problèmes d’eau et d’électricité. Plusieurs personnes recourent même à l’eau de puits vendue par des particuliers. «On ne peut rien. Nous ne pouvons que nous contenter de cette eau, même si elle n’est pas traitée», indique Hélène Pongo de la commune de Kazamba.

Dr Paulin Kiyankay, médecin directeur de l’hôpital général de Kikwit 2, a indiqué à IPS que la vile a déjà enregistré deux fois une épidémie de fièvre typhoïde et une fois une épidémie de cholera. «Chaque jour, nos dispensaires et hôpitaux reçoivent près de 30 pour cent de cas de maladies hydriques».

«Nous avons plusieurs fois parlé de cette situation d’eau et d’électricité aux autorités compétentes. Plusieurs réunions ont eu lieu à ce sujet. Nous espérons qu’un jour, le problème sera résolu», souligne Raymond Kitako, un des responsables du Réseau des organisations non gouvernementales de défense des droits de l’Homme à Kikwit.

En juin 2001, lors de la première visite, à Kikwit, du président congolais Joseph Kabila, la population de la ville, lors du passage du cortège présidentiel, réclamait l’eau potable à haute voix en lingala. En réponse, le chef de l’Etat avait promis de résoudre le problème. Mais jusqu’à présent, rien n’est encore fait, et les politiciens sont déjà préoccupés par les préparatifs des élections de 2011. «Il reste encore beaucoup à faire», a reconnu le président Kabila dans son récent discours à la nation le 8 décembre.

Depuis 2008, grâce à un financement de la Coopération technique belge à travers son programme d’appui aux initiatives de développement communautaire, la Régideso avait placé les 25 bornes fontaines publiques dans six quartiers sur les 17 que compte la ville. Mais, les quelque 200.000 personnes qui y recourent, ne sont pas régulièrement servies.

«La société connaît des problèmes techniques pour ce travail. Souvent, nous butons contre des difficultés financières, des difficultés en gasoil pour faire tourner des machines. Si on avait du courant en permanence, la société serait en mesure de fournir de l’eau 24 heures sur24», explique Dieudonné Fundaboy, chef du centre thermique de la Régideso à Kikwit.

L’Etat congolais compte sur le projet du barrage hydroélectrique de Kakobola qui pourra aider techniquement la Régideso à fournir de l’eau en permanence. «Si tout va bien, les travaux de ce barrage pourront commencer le 15 janvier 2011», affirme à IPS, Cyrille Kiyungu, maire de Kikwit. Le barrage et une centrale électrique de 9,3 MW sont financés par la 'Import-Export Bank' de l'Inde, la dernière d'une série de prêts montrant l'implication croissante du géant économique d'Asie du sud en Afrique. L'Inde s'est engagée à apporter plus de 250 millions de dollars d'appui financier à la RDC en 2009, et la ligne de crédit de 42 millions de dollars pour Kakobola suit les premiers prêts de 33,5 millions de dollars pour l'achat de bus et une cimenterie, et 25 millions de dollars pour des pompes à eau. Des informations d’agences de presse indiquent que ce prêt sera sans intérêt pendant cinq ans, avant de produire 1,75 pour cent d'intérêt au cours des 20 prochaines années. Les termes des prêts stipulent qu'une société indienne construira le barrage, et que 75 pour cent des matériaux et services devront provenir de l'Inde. Les travaux devraient prendre fin en 2013. Outre le projet de Kakobola, le maire évoque un autre qui pourrait aider également la Régideso. Il s’agit du mini-barrage de Lwano, dans la commune de Lukemi. «Il faut 200.000 dollars pour le réaliser», indique-t-il, ajoutant que près de 50.000 dollars ont déjà été réunis par des personnes de bonne volonté originaires de Kikwit et d’autres partenaires.